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    Les leçons de politique de Valérie Plante

    Qu’inspirent aux stratèges des partis provinciaux les résultats du scrutin montréalais?

    11 novembre 2017 |Guillaume Bourgault-Côté | Québec
    La volonté de changement modifiera la donne aux prochaines élections ? Les paris sont ouverts, notamment dans certains fiefs des «vieux partis», comme Laurier-Dorion (PLQ) ou Rosemont (PQ) dans la métropole, réinvestis par les jeunes familles.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La volonté de changement modifiera la donne aux prochaines élections ? Les paris sont ouverts, notamment dans certains fiefs des «vieux partis», comme Laurier-Dorion (PLQ) ou Rosemont (PQ) dans la métropole, réinvestis par les jeunes familles.

    Le compte à rebours est lancé : il reste 324 jours avant les prochaines élections provinciales. C’est loin ? Non. La prochaine campagne électorale est déjà en préparation… et les stratèges des partis présents à Québec ont tous tiré des leçons des résultats des élections de dimanche dernier. Tour d’horizon.


    Il y a une chose qui fait consensus auprès des stratèges des partis de l’Assemblée nationale : si leur chef pouvait mener en 2018 la campagne que Valérie Plante a faite en 2017, tout irait bien. Mais ils savent aussi que ça n’arrivera pas — ou du moins pas exactement comme ça.

     

    « Elle a été absolument exemplaire, cette campagne, notait un conseiller libéral cette semaine. Vraiment un sans-faute. Mais personne ne peut copier-coller ça. »

     

    Comme trois collègues du Parti québécois (PQ), de la Coalition avenir Québec (CAQ) et de Québec solidaire (QS), ce stratège s’est entretenu avec Le Devoir sous le couvert de l’anonymat, question de parler plus librement. Et s’il dresse quelques constats à partir des résultats des élections de dimanche, l’idée qu’un vent de changement souffle sur le Québec entier n’en fait pas partie.

     

    « Je suis sceptique sur l’effet d’entraînement que l’élection de Valérie Plante peut avoir. À part à Sherbrooke, où il y a eu une grosse surprise avec la défaite de Bernard Sévigny, il n’y a pas eu tant de renversements ou de changements ailleurs au Québec. »

     

    Même écho auprès de la CAQ, le parti qui aurait remporté les élections provinciales si elles avaient eu lieu entre le 23 et le 25 octobre dernier — un sondage Léger accordait à la formation de François Legault cinq points d’avance sur les libéraux et 14 points sur le PQ. « Il y a plusieurs leçons à tirer des élections municipales, mais ça ne peut forcément pas être une leçon générale, dit un conseiller. On a des résultats différents liés à des campagnes différentes, et des indications parfois contradictoires. »

     

    Mais quand même : « Tous les partis devraient garder en tête que, peu importe le palier, il ne faut rien tenir pour acquis. Peu importent les sondages, les prédictions des analystes, peu importe même ce qui se dit dans les semaines précédant un vote, rien n’est joué avant le jour J. Les campagnes comptent. »

     

    Une relecture de ce qui s’est passé en 2011 (les appuis au NPD au Québec qui explosent à mi-campagne), en 2014 (la CAQ qui termine la campagne en pleine progression, après un début de campagne moribond) ou en 2015 (le NPD donné gagnant au pays, avant que Justin Trudeau ne renverse la vapeur) le rappelle. Montréal avait aussi goûté à une campagne étonnante en 2013, avec l’émergence-surprise de Mélanie Joly. « Mais on oublie vite en politique », souligne le stratège caquiste.

     

    En vrac et en mots-clés, on retient donc ceci :

     

    Authenticité. Spécialiste de la communication politique et professeur à l’Université Laval, Thierry Giasson situe la victoire de Valérie Plante « dans la continuité de l’élection de Justin Trudeau ». C’est la leçon à retenir, pense-t-il : une campagne où la personnalité d’un chef est mise en avant fonctionne… pour autant que l’authenticité soit au rendez-vous.

     

    « On a compris chez Projet Montréal quelles étaient les forces de Mme Plante et les faiblesses de Denis Coderre, dit-il. Ensuite, on a joué sur les contrastes de leurs personnalités, en les accentuant : lui le colérique arrogant qui joue l’hypermasculinité avec son rôle de shérif, et elle la leader dynamique et animée qui offre de l’enthousiasme et un programme qui marque les esprits, très concret. Denis Coderre a pâti de toutes les comparaisons avec elle. »

     

    Cette notion d’authenticité et de contraste est aussi soulignée à la CAQ. « J’entendais Philippe Couillard dire qu’il va sourire, mais ce n’est pas ça, le point, indique le stratège interrogé. Ça a marché pour Valérie Plante parce que ce n’était pas forcé : c’est sa personnalité. Les gens le sentent. Ils veulent des chefs et des partis qui sont cohérents et qui restent eux-mêmes. »

     

    Il poursuit : « Quand Philippe Couillard est allé dire “tabarnouche” aux employés de Bombardier, tout le monde a noté que ce n’était pas lui et que ça ne marchait pas. » À ce titre, François Legault aurait une longueur d’avance sur ses deux principaux adversaires, fait-on valoir. « Les sondages montrent que les gens le trouvent fidèle à lui-même. » Ce qui n’empêche pas ses adversaires de le présenter comme étant bougonneux…

     

    Propositions. Au Parti québécois, on retient de la victoire de Valérie Plante qu’elle s’appuie sur « une campagne de propositions ». « C’est un peu notre approche avec “Un plan solide. Zéro slogan”, soutient-on. On veut parler sans langue de bois et sans filtre, mais avec des propositions claires. On retient qu’il y a une ouverture pour expliquer qui un chef est, et où il va. Il y a des similitudes dans nos situations, parce qu’on a le même défi avec Jean-François Lisée : les gens veulent qu’on définisse l’option du PQ et son chef. »

     

    Au Parti libéral, on reconnaît que « Valérie Plante a fait la promotion de ses idées, et ça a fonctionné. Oui, elle profitait d’un effet de nouveauté, mais elle avait surtout des propositions claires. »

     

    Le stratège de la CAQ pense que les prémisses du plan Plante peuvent servir partout au Québec. « Son programme, c’était beaucoup la ligne rose, mais aussi baisser les taxes pour les familles qui veulent s’établir à Montréal et une meilleure gestion des chantiers routiers, résume-t-il. On se retrouve très bien dans l’enjeu du fardeau fiscal et du trafic. La leçon, c’est l’importance de se rapprocher de la population, de parler d’enjeux qui touchent les gens. »

     

    Positif. Jack Layton en 2011, Justin Trudeau en 2015, Valérie Plante en 2017 : le ton positif d’une campagne paie, reconnaît-on à Québec. Ce qui serait une bonne nouvelle pour Philippe Couillard, affirme un des stratèges libéraux.

     

    « Pour ceux qui étaient allés à l’école de Charest où il fallait mordre tous les mollets, le ton de la campagne de Couillard en 2014 était déjà très différent : il voulait proposer des choses au lieu de tirer de la boue, faire une campagne d’idées. Le sourire de Valérie Plante, c’est d’abord le reflet d’une politique positive, et on voit que ça a été payant. »

     

    Enthousiasme. « C’est sûr que les enjeux sont différents d’une région à l’autre, dit un stratège solidaire. Mais pour nous, l’idée va être de reporter ailleurs l’enthousiasme lié au changement à Montréal. Pour la gauche, ça a donné quelque chose de plutôt rare dans les dernières années : le goût de la victoire. Quand tu es un militant de gauche à Rimouski, disons, tu perds plus souvent que tu gagnes tes élections. Là, ça permet de montrer qu’il est possible de gagner, et que le changement peut survenir ailleurs. »

     

    Le stratège libéral reconnaît qu’il y a là quelque chose d’intéressant pour QS. « Le parti est en train de se crédibiliser du côté social-démocrate, pense-t-il. Il profite de l’effondrement du PQ, et il y aura un effet Plante pour eux. »

     

    Et au PQ ? « Ça me paraît évident que les gens veulent du changement, dit le stratège du parti. Mais quel changement ? C’est la question. » En effet.

     

    De l’organisation. Pour Québec solidaire, dont les appuis sont d’abord montréalais, une des grandes leçons de l’élection dans la métropole concerne l’organisation sur le terrain. « Il y avait quelque chose comme 150 bénévoles dans Hochelaga dimanche. On est en train de développer ça nous aussi, et on le fait avec l’arrivée de plusieurs personnes qui ont été impliquées dans la grève étudiante de 2012 et qui développent des stratégies de mobilisation. » En 2018, QS tentera ainsi de « mettre l’accent sur la responsabilité des militants qui font du travail de terrain, en leur laissant une marge de manoeuvre » pour agir.

     

    La table est donc en train d’être dressée. Reste à voir jusqu’à quel point la campagne qui suivra respectera les intentions de propositions concrètes, de ton positif et d’authenticité permanente…













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