Savez-vous qui est René Lévesque?

Comme bien des jeunes de moins de 30 ans, Laurie Moreau et Joëlle Moquin connaissent peu la vie et l’œuvre de René Lévesque. C’est tout à fait normal, estime l’historien Paul-André Linteau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Comme bien des jeunes de moins de 30 ans, Laurie Moreau et Joëlle Moquin connaissent peu la vie et l’œuvre de René Lévesque. C’est tout à fait normal, estime l’historien Paul-André Linteau.

Ils sont nés après la mort de René Lévesque. Ils en ont entendu parler dans les cours d’histoire au secondaire et au cégep. Pour ces moins de 30 ans, le fondateur du Parti québécois était « quelque chose comme un grand homme ». Mais aussi un lointain personnage de l’histoire du Québec, dont certains se souviennent plus ou moins vaguement.

« En pensant à René Lévesque, je pense à la liberté, à la révolution », dit Sarah Bélisle, serveuse au bistro Ginkgo, sur le campus de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). « Son héritage ? Il reste une idée. Un peut-être que… »

À 22 ans, elle souhaite retourner à ses études universitaires en enseignement, qu’elle a interrompues pour séjourner un an en Australie. Ils sont comme ça, les jeunes : « ouverts sur le monde ». Ils en voient, du pays.

Le « pays » du Québec, lui, ce vieux rêve de leurs parents, ils n’en voient pas la nécessité. Pas fermés à l’idée. Pas ouverts non plus.

« Il existe un clash entre notre idée d’ouverture sur le monde et le besoin de s’exprimer en tant que peuple, dit Sarah Bélisle. Mes parents sont vraiment pour l’indépendance, mais pour la nouvelle génération, c’est du passé. Moi, je me sens entre les deux. »

Jeunes et capables

« René Lévesque me fait penser à Xavier Dolan à Cannes : il est allé dire qu’on peut prendre notre place, que les Québécois sont capables », dit Sophie Tremblay, présidente de Force jeunesse, un groupe qui milite pour les 35 ans et moins sur le marché du travail et dans les politiques publiques.

« René Lévesque, plusieurs membres de son premier gouvernement et le premier ministre Robert Bourassa étaient dans la trentaine ou au début de la quarantaine. Pour des jeunes, c’est une inspiration », ajoute-t-elle.

En pensant à René Lévesque, je pense à la liberté, à la révolution

 

Au café Gingko, sur le campus de l’UQAM, la discussion autour de René Lévesque prend une autre tournure. Des serveuses racontent qu’elles connaissent plus ou moins le fondateur du Parti québécois. Elles suivent de près l’actualité du jour, elles voyagent, sont curieuses de tout, mais ignorent des pans de l’histoire récente.

« J’ai eu des cours d’histoire, mais je n’ai pas entendu parler souvent de René Lévesque », dit Joëlle Moquin, étudiante en éducation spécialisée au collégial. « La politique, c’est un sujet complexe. Ça m’intéresse, mais la carrière de René Lévesque ne m’est pas familière », ajoute Laurie Moreau, diplômée de l’UQAM en marketing.

Des noms de rue

Laurie et Joëlle sont un peu gênées de ne pas en savoir plus sur la vie et l’oeuvre de Lévesque, mais elles n’ont pas à avoir honte, estime Paul-André Linteau, vétéran professeur d’histoire à l’UQAM.

Les Québécois ne sont pas plus ignorants que les jeunes de leur âge ailleurs dans le monde, selon lui.

« Ils n’ont pas connu René Lévesque. Pour eux, Lévesque, Jean Lesage ou Henri Bourassa, ce sont des noms de rue ou de station de métro », dit-il.

« Mon expérience, c’est que 90 % de ce qui a été transmis à l’école s’évanouit au bout de trois mois. Êtes-vous capable de résoudre des problèmes d’algèbre ? Vous avez pourtant appris ça à l’école ! Les dates d’anniversaire ou les commémorations peuvent aider à garder vivante la mémoire de René Lévesque et d’autres. Mais il ne faut pas accuser l’enseignement de l’histoire : elle est enseignée, l’école fait sa job », dit Paul-André Linteau.

5 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 1 novembre 2017 08 h 56

    Est-ce que ce n'est pas normal?

    « Ils n’ont pas connu René Lévesque. Pour eux, Lévesque, Jean Lesage ou Henri Bourassa, ce sont des noms de rue ou de station de métro », (Linteau)

    Est-ce que ce n'est pas justement pour cela qu'on donne des noms de rue ou de stations de métro à des personnes qui méritent d'être connues pour ce qu'elles ont fait, en bien ou même en mal (je pense à Amherst ici).

    Il est compréhensible que pour bien des jeunes ce ne soit que des noms de rue ou de stations de métro mais c'est pour les inciter à aller chercher pourquoi ce sont eux et pas d'autres dont les noms ont été retenus.

    Mais ce que je déplore c'est qu' on donne des noms de sociétés commerciales à des lieux comme des stades qui sont très fréquentés comme par exemple le stade Saputo ou la salle de concert Bourgie ou le Centre Vidéotron.

    Est-ce que c'est vraiment important que les jeunes des prochaines générations sachent qui a financé ces lieux en tout ou en partie?

    Ne serait-il pas préférable que ce soit les noms de personnes qui se sont ilustrées dans les différents domaines concernés qui soient retenus? Pour que ça serve à quelque chose.

  • Claude Girard - Abonné 1 novembre 2017 09 h 09

    L’homme du peuple

    À la fin de mes études secondaires en 1957, j’avais obtenu un poste de commis à la « salle des nouvelles-radio » (différente de la salle des nouvelles-télévision) de Radio-Canada. À l’époque, René Lévesque animait l’émission Point de mire. Une émission hebdomadaire d’affaires publiques à la télévision. Il expliquait des choses simples comme : comment fonctionne l’Assemblée nationale du Québec ou l’importance d’un système de votation dans une société.

    À l’époque, les téléviseurs étaient en noir et blanc et on voyait cet homme parler devant un tableau noir avec une craie blanche dans une main et sa cigarette dans l’autre. Malgré ces conditions défavorables, son public était immense et fidèle. Je me souviens d’un de mes oncles qui se pressait de traire ses vaches pour ne pas manquer l’émission Point de mire.

    Il ne faut pas oublier aussi que la population du Québec était très peu scolarisée. J’ose dire que René Lévesque était de loin leur professeur préféré. Il est venu une fois à la salle de nouvelles-radio et je l’ai vu. Je l’ai écouté religieusement. Lorsque j’ai raconté cet événement dans ma famille, on m’a trouvé très chanceux d’avoir rencontré une personne aussi formidable à la maison de Radio-Canada (ancienne hôtel Ford), coin Guy et Dorchester à Montréal.

  • Louis-Dominic Bertrand - Abonné 1 novembre 2017 11 h 38

    Lévesque devant des jeunes... en 1968.

    Un complément des cours d'histoire. René Lévesque invité au Scarborough College après la publication d'Option Québec s'adresse, en anglais, à des étudiants. Un document remarquable accessible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=ga-T1WT7qmE.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 1 novembre 2017 16 h 45

    Très drôle :

    «... le fondateur du Parti québécois était « quelque chose comme un grand homme ».

  • Sébastien Giroux - Inscrit 2 novembre 2017 00 h 28

    ?

    « Mon expérience, c’est que 90 % de ce qui a été transmis à l’école s’évanouit au bout de trois mois. Êtes-vous capable de résoudre des problèmes d’algèbre ? Vous avez pourtant appris ça à l’école ! Les dates d’anniversaire ou les commémorations peuvent aider à garder vivante la mémoire de René Lévesque et d’autres. Mais il ne faut pas accuser l’enseignement de l’histoire : elle est enseignée, l’école fait sa job », dit Paul-André Linteau.

    L'histoire, ce n'est pas des dates....

    Mais bon, il fait sa job, il récolte son salaire. Ça sert à rien mais c'est pas grave, ça paye l'hypothèque...