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Seulement un milliard de plus à la Santé

Isabelle Paré , Tommy Chouinard   31 mars 2004  Québec
archives le devoir
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Même si la santé semble être l'enfant chéri du budget Séguin, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, héritera de la moitié de ce qui était prévu pour «revamper» le système de santé et disposera d'à peine plus de 200 millions pour de nouveaux investissements dans les services.

Le ministre des Finances refile en effet à son collègue de la Santé un budget nettement en-deça de la promesse de 2,2 milliards pour 2004-05 faite par son gouvernement lors de la campagne électorale. Une promesse que le ministre Séguin se doit aujourd'hui d'étaler sur deux ans.
En accordant un milliard de plus à la santé en 2004-05, le budget de la santé se trouvera en fait majoré de 5,1 %, alors que la hausse avait atteint 7,2 % l'an dernier, avec une injonction de 1,3 milliard. Tous comptes faits, le budget atteindra 20,1 milliards de dollars en 2004-05.

«C'est un effort majeur. L'augmentation accordée cette année à la santé représente près des trois quarts de l'augmentation totale des dépenses de programme du gouvernement», a défendu hier le ministre des Finances, Yves Séguin.

Une analyse plus fine révèle en fait que, du milliard investi en santé, 323 millions iront à la Régie de l'assurance-maladie du Québec (RAMQ), notamment pour couvrir les hausses du programme d'assurance médicaments. Restent donc 620 millions pour financer les établissements de santé, dont plus du tiers (220 millions) doit servir à pallier la hausse des coûts de système. Québec se réserve aussi 100 millions pour éponger le déficit des hôpitaux et 33 millions pour financer des mesures récurrentes. Total: cela laisse donc 200 millions disponibles pour de réels investissements en santé et 56 millions pour financer de «nouvelles fonctions», dont on ignore encore la teneur.

Philippe Couillard devrait donner plus de détails ce matin sur la façon dont sera utilisée cette nouvelle enveloppe et les réelles incidences de ce budget sur les services. Côté immobilisations, environ 140 millions sont prévus pour divers projets de rénovation.

Dans son discours, le ministre Séguin a toutefois laissé entendre que le budget permettra d'accorder la priorité aux listes d'attente pour certaines chirurgies, aux urgences, à la lutte contre le cancer, à la création de 50 nouveaux GMF ou cliniques médicales associées. Selon le ministre, le budget aidera aussi à augmenter le nombre d'aînés recevant des services à domicile, à améliorer les services aux jeunes en difficulté, aux femmes victimes de violence et aux personnes souffrant de problèmes de santé mentale ou de déficience intellectuelle.

Mais, dès hier, ce qui avait des allures de bonne nouvelle pour le ministre Séguin se révélait en fait être un budget fort décevant aux yeux de plusieurs acteurs du réseau de la santé. «En clair, dans ce budget, il n'y a pas un sou pour une seule heure de soins de plus. Encore une fois, le ministre de la Santé impose une nouvelle réforme et aucun nouvel argent n'est prévu pour permettre ce changement. Compte tenu de ce dénuement en santé, il n'y a qu'un pas à faire pour conclure à une incitation à la privatisation!», a conclu hier la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

Pour la CSN, cet ajout d'un milliard ne suffira même pas à couvrir les coûts de système du réseau de la santé, attribuables à l'inflation, ainsi qu'à la hausse des salaires et des frais fixes. Aucune réserve ne semble par ailleurs prévue pour les salaires, alors que s'annonce un nouveau cycle de négociations dans le secteur public.

L'Association des CLSC et des CHSLD du Québec (ACCQ) voit aussi dans le budget Séguin un mirage, puisqu'il ne laissera entre les mains du ministre Couillard que 200 millions en réinvestissements disponibles pour procéder à sa réforme. «On trouve que le gouvernement laisse tomber son ministre qui a à livrer une réforme importante. Il n'aura en fait qu'une marge de manoeuvre très réduite pour accroître les services à la population», a déploré hier Marie-Claude Martel, directrice générale de l'ACCQ.

Dans ce contexte, les CLSC se demandent comment le gouvernement Charest pourra remplir sa promesse d'améliorer les soins à domicile et la qualité de vie des personnes âgées. Les centres jeunesse, envers lesquels le gouvernement libéral avait pris des engagements importants durant la campagne électorale, pourraient aussi rester sur leur faim, craint l'Association des centres jeunesse du Québec.

La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) anticipe aussi de mauvaises nouvelles pour l'année à venir, puisque le milliard annoncé sera nettement insuffisant pour combler les besoins actuels du système de santé. «C'est un constat d'échec, puisqu'il faudrait 7 % de plus pour couvrir la croissance du système. Il ne reste plus qu'à souhaiter une entente avec Ottawa dans le cours de l'année pour rattraper ce qui manque à ce budget», a fait valoir hier le Dr Yves Dugré, président de la FMSQ.

Jennie Skene, la présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), s'interroge quant à elle sur les incidences à venir de ce budget. «On verse un milliard à la santé et on maintient le déficit zéro, dit-elle. Cela annonce-t-il de nouvelles hausses de tarif, comme ce qu'on a vécu dans les garderies?»

Seule l'Association des hôpitaux du Québec (AHQ) s'est montrée favorable à ce budget, qui constitue à ses yeux un «effort important», compte tenu du contexte difficile créé par le budget fédéral. «La santé va quand même chercher 75 % de l'effort gouvernemental. Il faut maintenant s'assurer que cette augmentation ira en priorité à la première ligne et fera diminuer les délais d'attente pour certaines chirurgies et certains traitements», a indiqué Daniel Adam, vice-président exécutif.

Compte tenu du problème insoluble posé par la croissance exponentielle des coûts de la santé, plusieurs pensent que Québec doit maintenant trouver des solutions à long terme au sous-financement du réseau. La FMSQ juge que ce budget rappelle l'urgence de tenir un débat sur de nouveaux modes de financement. Dans son discours, le ministre Séguin y a fait clairement référence, fustigeant au passage le déséquilibre fiscal créé par l'attitude du gouvernement fédéral. Il a précisé que «le financement du régime de santé doit être remis en question».

Le ministre des Finances a aussi rappelé qu'il avait déjà été suggéré que la santé bénéficie d'un budget distinct et de sources de financement propres. «Parmi les formules les plus souvent évoquées, mentionnons un compte-santé ou une caisse-santé», a-t-il souligné, rappelant que ces questions devront être abordées dans un avenir rapproché.
 
 
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