Éducation à la sexualité: le ministre Proulx est jugé trop timide

Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx s’est engagé à accélérer l’implantation des apprentissages en éducation sexuelle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx s’est engagé à accélérer l’implantation des apprentissages en éducation sexuelle.

La vague de dénonciations d’inconduite sexuelle a rebondi jeudi à l’Assemblée nationale : le ministre Sébastien Proulx a dit « souhaiter » que la formation en éducation à la sexualité soit obligatoire l’an prochain dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec.

 

Le ministre de l’Éducation s’est engagé à accélérer l’implantation des apprentissages en éducation sexuelle, offerts cette année dans 200 écoles qui se sont portées volontaires. Cette formation enseigne aux enfants la notion de consentement, de harcèlement ou d’agression sexuelle, en plus d’aborder la contraception et les relations amoureuses.


Écoutez le ministre Sébastien Proulx en impromptu de presse
 

 

Les partis d’opposition, des experts et des groupes communautaires ont déploré la timidité du ministre Proulx, qui refuse de recourir à son pouvoir pour rendre obligatoire l’enseignement en éducation sexuelle. « Je l’ai déjà dit : si je le peux, dès l’an prochain, je souhaiterais que ce soit obligatoire. Je vais travailler en ce sens », a répondu le ministre à Jean-François Lisée, chef de l’opposition à l’Assemblée nationale.

Ça fait sept ans qu’on piétine, qu’on ne sait pas où on s’en va avec l’éducation à la sexualité

 

Le chef péquiste a pressé le ministre d’aller plus loin que les projets-pilotes en place depuis 2015 et de rendre obligatoire la formation en éducation à la sexualité. « Dans mon esprit à moi, il faut aller plus rapidement, a convenu Sébastien Proulx en rencontrant les journalistes. Les écoles, les commissions scolaires et les syndicats d’enseignement avaient la capacité de faire un peu plus. Je ne jette de blâme à personne ; ce que je dis, c’est que là, il va falloir embarquer dans le mouvement, faire en sorte que ces contenus, ces enseignements d’éducation à la sexualité soient de retour pour les élèves du Québec. »

 

De la volonté, SVP

 

Il s’agit là d’une bien faible démonstration de volonté politique, déplore Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE). Elle a elle-même enseigné l’éducation à la sexualité durant 11 ans, avant l’abolition de ces cours au tournant des années 2000.

 

« Ça fait sept ans qu’on piétine, qu’on ne sait pas où on s’en va avec l’éducation à la sexualité. On a besoin de savoir qui fera quoi, avec quel financement, on a besoin de savoir comment on va l’amener dans les écoles », dit-elle au Devoir.

 

La députée Manon Massé, de Québec solidaire, a souligné elle aussi l’improvisation qui règne dans l’implantation des projets-pilotes. Il s’agit d’une simple formation qui doit s’insérer dans les matières à enseigner comme le français, la géographie ou les mathématiques : « Pas de temps réservé pour ça, pas d’embauche spécifique pour faire ce type d’enseignement, pas d’uniformité à travers les écoles. »

 

Le bilan de la première année des projets-pilotes, publié au printemps, parlait d’un malaise chez les enseignants qui doivent aborder les questions d’agression sexuelle, d’identité de genre ou d’homosexualité, a rappelé Manon Massé.

 

« C’est important que les femmes dénoncent sur les réseaux sociaux, qu’elles brisent le silence, mais ça ne peut pas s’arrêter là. Il faut qu’il y ait une suite, et la suite est logique : c’est l’implantation de programmes rigoureux de prévention des agressions sexuelles dans les écoles », ajoute Stéphanie Tremblay, du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS).

 

Les parents aussi

 

L’organisme a mis sur pied un programme destiné aux élèves du secondaire, en collaboration avec le Département de sexologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Cette stratégie, appelée Empreinte, propose des ateliers d’éducation à la sexualité qui sont destinés aux élèves de deuxième, troisième et quatrième secondaires. Des capsules vidéo pour les parents et du matériel pour les enseignants sont aussi offerts.

 

« Les parents ne savent pas toujours comment aborder ce sujet délicat avec leurs adolescents », dit Laurie Fradette, sexologue à l’UQAM et coordonnatrice du projet Empreinte. Une vingtaine d’écoles offrent cette année le programme pour les élèves de troisième secondaire.

 

Elle et sa collègue Stéphanie Tremblay déplorent le manque de volonté politique autour de l’éducation à la sexualité : « C’est surprenant, parce qu’il y a un consensus social assez fort à ce sujet au Québec. On ne comprend pas pourquoi il faut encore faire des démarches pour démontrer l’importance de ces cours-là. »

3 commentaires
  • Donald Bordeleau - Abonné 20 octobre 2017 00 h 18

    Des actions

    La corruption n'est pas puni, mais l'agression sexuelle est criminel. Chercher l'erreur.

    Les journalistes d'enquêtes ont demandés à Jean-Marc Fournien s'il avait été informer en 2012 de la situation que Sklavounos avait les mains baladeuses.
    En fait les prédateurs sexuels sont en chasse continuel et insistant et utilise les moyens pour y parvenir avec l'alcool ou autres manigances, ils ne sont pas conscient des dommages que subissent leur victime.
    Le harcèlement et les agressions sexuelles en milieu de travail tuent des carrières comme à la CDPDJ, comme les exemples aussi qui soulèvent des attitudes rétrogrades de Barette, de Tétreault, de Paradis, de Sklavounos.

    De Marcel Aubut, de Salvail, de Rozon et Parent: bien sure des allégations comme tous les autres mais il y a peu de poursuite finalement pour ces personnes près du pouvoir.

    En fait dans toutes les situations de harcèlement et d'agressions sexuelles, les victimes subissent une expérience extrêmement traumatisante pouvant laisser de très importantes séquelles psychologiques par peur des représailles.

    Il faut un courage considérable à la victime pour surmonter ses sentiments de terreur, de culpabilité et de honte avant d'oser entamer une démarche de plainte. Certaines victimes n'osent pas parler en raison des conséquences pour leur travail ou famille.

    En fait une motion qui ne fera pas de changement.

    Chacun pourrait faire un petit stage dans un des Calacs, elle pourrait savoir que la culture du silence doit être placé au cœur du débat pour dévoiler les traumatises que les femmes, les enfants et les hommes subissent dans notre milieu.

  • Raymond Ayas - Abonné 20 octobre 2017 09 h 37

    Aucun rapport entre Rozon/Salvail et ce cours d'éducation sexuelle

    Est-ce que l'harcelement en milieu de travail est dû à un manque d'éducation? Peut-être que Harvey Weinstein n'était juste pas assez sensibilisé.
    Il me parait assez fourbe de la part des politiciens et sexologues d'utiliser la crise médiatique de Rozon/Salvail/Weinstein pour imposer un cours... qu'une majorité de professeurs refusent selon les dires du Ministre Proulx lui-même sur Arcand ce 20 octobre. Plusieurs parents n'acceptent tout simplement pas les contenus et objectifs de ce cours qu'ils estiment se rapporte plus à l'idéologie qu'à la science.
    J'ai personnellement étudié tous les matériaux mis à la disposition du public par le Ministère de l'éducation. Je connais ce cours et ses objectifs en profondeur, j'en ai donné des conférences cette année, dont une publiée sur Youtube. Je mets ma main à couper que ça n'arretera pas les agressions sexuelles. Jamais il ne parle d'abstinence (Salvail aurait pu éviter ses problèmes en se retenant un peu), mais il parle beaucoup de "diversité sexuelle" (c'est très à la mode aujourd'hui), d'avortement, de sodomie, de contraception. C'est presque exactement le même cours que celui mis en place par l'ex sous-ministre de l'éducation de l'Ontario, le pédophile condamné Benjamin Levin.

  • Hermel Cyr - Abonné 20 octobre 2017 11 h 48

    L’école utilitaire, l'école exutoire

    C’est remarquable ce réflexe de toujours revendiquer un « cours » pour supposément régler é la pièce les problèmes de la société.

    On perçoit un problème avec les communautés culturelles ou la laïcité, on propose un « cours de cultures et religions». On perçoit un problème d’endettement personnel et de consommation, on propose un « cours de finances familiales ». On identifie un problème de nutrition, on propose un « cours d’art ménager ». On suppose un problème avec le marché du travail, on propose un « cours de formation à l’emploi ». On a un problème de harcèlement à l’école, on propose un « cours de philosophie et d’éthique». Et aujourd’hui, on traverse un épisode de révélations d’abus sexuels, tout de suite, il urge de remettre le « cours d’éducation sexuelle » au programme.

    Je ne veux aucunement minimiser l’utilité de ces « formations » … mais ce que révèle ce réflexe, c’est la conception d’une école utilitaire qui devient l’exutoire à tous les problèmes qui traversent la société. Et après dix ou vingt ans on se retrouve avec des curriculums scolaires éclatés, faits de rapiéçages de cours utilitaires dont on finit par ne plus voir l’utilité. Et on recommence le cycle improvisateur …

    Dans la foulée, on a laissé tomber ou charcuté les cours de formation fondamentale, ceux qui contribuent à « éduquer » au sens large à la vie en société. Et en plus. On se décharge de nos responsabilités familiales ou sociales en mettant le fardeau sur les professeurs qu’à la limite on accuse de manquer à leur mission !

    Je ne veux aucunement minimiser l’utilité de ces « formations » … mais ce que révèle ce réflexe, c’est la conception d’une école utilitaire qui devient l’exutoire à tous les problèmes sociaux qui traversent la société. Et après dix ou vingt ans on se retrouve avec des curriculums scolaires éclatés, faits de rapiéçages de cours utilitaires dont on finit par ne plus voir l’utilité. Et on recommence le cycle improvisateur …