mardi 9 février 2010 Dernière mise à jour 08h40


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Brutus

Michel David   30 mars 2004  Québec
Huit ans après le fait, plusieurs souverainistes croient toujours qu'on a injustement condamné Jacques Parizeau pour avoir montré du doigt «l'argent et des votes ethniques», le soir du référendum de 1995.

Ils seront sans doute surpris d'apprendre que Bernard Landry a été le premier à accabler son chef, déjà très abattu par la défaite. «Si vous ne démissionnez pas, je demande votre démission.» Le coup de pied de l'âne, en quelque sorte.

À la lecture du troisième et dernier tome de la remarquable biographie que Pierre Duchesne a consacrée à l'ancien premier ministre, on n'a aucun mal à imaginer M. Landry, «le feu aux joues», engueuler M. Parizeau devant tous ses collègues du comité des priorités: «C'est terrible, le monde entier va nous regarder et dire que c'est un nationalisme ethnique. On ne sera plus montrables! Vous savez que l'on va traîner cela comme un boulet. Qu'avez-vous fait là?»

Pauline Marois, qui dit avoir trouvé cette intervention d'une «cruauté incroyable», est sortie de la pièce dégoûtée. M. Parizeau lui-même, qui n'en était pourtant pas à un coup de poignard près, a été profondément blessé. Son épouse, Lisette Lapointe, laisse même entendre que, sans cet ultimatum, il aurait pu envisager de demeurer en poste. Cela paraît douteux, mais dans la perspective d'un congrès où M. Landry devra solliciter la confiance de gens qui vénèrent toujours l'ancien premier ministre, ces révélations tombent plutôt mal.

Sur le fond, M. Landry avait pourtant raison. La malheureuse déclaration de M. Parizeau allait devenir un boulet. À preuve, elle est revenue hanter le chef du PQ et contribuer puissamment à sa défaite durant la dernière campagne électorale, comme s'il y avait une justice immanente.

Ce qui est désolant, pour ne pas dire franchement pathétique, c'est d'apprendre que, même après l'annonce de sa démission, M. Landry a vainement tenté de convaincre M. Parizeau de précipiter son départ «pour lui laisser réaliser le rêve de sa vie, qui est de devenir premier ministre, ne serait-ce que quelques mois», avant que Lucien Bouchard ne débarque. «C'est enfantin, c'est ridicule! Et ça, je ne le veux pas», a-t-il confié à son biographe.

***

Si les relations acrimonieuses entre Jacques Parizeau et Lucien Bouchard étaient déjà bien documentées, le livre de Pierre Duchesne révèle également l'existence de rapports souvent très tendus entre MM. Parizeau et Landry, qui n'aurait pas digéré de voir le ministère des Finances lui échapper après la victoire péquiste de 1994.

Tout le monde se souvient de la sortie que M. Landry avait faite, au printemps 1995, sur le thème de la Brigade légère qui avait été écrasée durant la guerre de Crimée. Ce qu'on ignorait, c'est qu'à la fin de septembre, à cinq semaines du 30 octobre, il essayait encore de convaincre son chef de le retarder, parce que les sondages laissaient prévoir une défaite aussi cuisante que celle du 20 mai 1980.

Aujourd'hui, M. Landry promet de tenir un référendum le plus rapidement possible après l'élection d'un gouvernement péquiste, pour peu que les circonstances soient «raisonnables». De toute évidence, en 1995, il estimait qu'elles ne l'étaient pas. La prochaine fois, se laissera-t-il encore guider par les sondages? D'un autre côté, comment demander à un homme responsable de conduire sciemment les siens à l'abattoir?

Il n'était d'ailleurs pas le seul à ne pas croire aux chances du Oui. À la fin de l'été, le propre chef de cabinet de M. Parizeau, Jean Royer, le fidèle d'entre les fidèles, ne croyait pas qu'il puisse faire mieux que 45 %. Sauf qu'il ne voyait pas comment l'opération pourrait être annulée sans provoquer la démission de son patron. Était-ce ce qu'envisageait déjà Bernard Landry?

***

À le lecture du livre de Pierre Duchesne, on ne peut qu'admirer la détermination — ou l'entêtement, c'est selon — de M. Parizeau à tenir son référendum envers et contre tous. Si seulement il avait accepté de lire le discours nettement plus serein que Jean-François Lisée lui avait préparé en catastrophe, le soir du 30 octobre, on lui aurait presque pardonné de l'avoir perdu.

Même Louis Bernard, à qui M. Parizeau avait confié le soin de préparer les négociations avec le reste du Canada, jugeait qu'une défaite honorable était préférable à une victoire serrée, qui n'aurait donné aucun rapport de force favorable au Québec.

À ce jour, le rapport de quelque 700 pages préparé par le Secrétariat temporaire pour l'examen des relations économiques après la souveraineté (STERES) est demeuré «top secret». Si Jean Charest voulait faire oeuvre de transparence utile, il devrait le rendre public en même temps que le plan O.

Pierre Duchesne, qui y a eu accès, fait cependant état d'un différend majeur entre MM. Parizeau et Bernard. Le rapport du STERES prévoyait bien que le Québec réclamerait un siège à l'ONU, mais pas à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), où le Québec et le Canada parleraient d'une seule voix.

M. Parizeau a trouvé qu'il y avait tellement de mise en commun avec le reste du Canada dans ce rapport que, à ses yeux, ce n'était plus de la souveraineté, mais du fédéralisme renouvelé. «Tablettez-moi ça. Débandez le comité, ce n'est pas ce que je veux!», a-t-il rugi.

Il n'est pas difficile d'imaginer les débats épiques qui l'auraient opposé à Lucien Bouchard, le jour où le négociateur en chef aurait pris connaissance du rapport du STERES. Au lendemain d'un Oui, qui aurait réellement été le patron?

mdavid@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Pierre Denault
    Inscrit
    mardi 30 mars 2004 08h07
    Pas seulement des séparatistes
    Je croyais encore en cette fédération huit années passées et je n'avais pas apprécié que l'on comdamne injustement Parizeau pour avoir dit LA VÉRITÉ!

  • raynald aubin
    Inscrit
    mardi 30 mars 2004 20h20
    Parizeau avait bien dit
    Jacques Parizeau avait bien dit une parie de la vérité, car la majorité francophone n'était toute brillante. Mais devait-il la dire en public, à la télé ce soir-là?

    Parizeau , selon moi, a toujours été connu pour son franc parler et respecté pour cela, même s'il craint par certains indépendentistes et fédéralistes de tout cran.

    La réaction négative est-elle venue plus forte de ses adversaires internes du parti que de la population en général.

    Sa frustration encaissée à cause de la défaite du oui ajoutée à celle provoquée la réaction de ses collègues du parti,en Particulier Bernard Landry, l'ont fait lancer ses commentaires sans nuancer sa pensée, si nuance il y avait.

  • Jean-Marie Desgagne
    Abonné
    mardi 30 mars 2004 21h42
    Enfantin et ridicule
    Comportement enfantin de Landry, oui Parizeau a raison. Il avait eu un tel comportement enfantin lorsqu'il s'était vanté d'avoir appris la fermeture de l'usine d'Alcan à Arvida avant Charest présent à Davos. Son"Audi alteram partem" c'était aussi enfantin et ridicule comme son apparition chez les manifestants syndicalistes l'automne dernier. Ce n'est pas le leader qui nous amènera à la souveraineté.

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    mercredi 31 mars 2004 08h55
    Les conséquences de la liberté d'expression!
    Au Québec nous avons la liberté d'expression. Mais il faut en assumer les conséquences.

    ...La déclaration de Monsieur Parizeau le soir du référendum(l'argent et le vote ethnique) si elle est malheureuse elle est aussi "éclairante" pour les citoyens.

    ...Nous savons maintenant à quelle enseigne se situe le projet séparatiste: c'est un état ethnique qui est en cause. L'ethnicité est sortie de façon éclatante, claire et transparente: pas d'ambiguïté, de brouillard, d'obscurité. Le vote ethnique est l'empêcheur de tourner en rond.

    ...La liberté d'expression a ceci de bon: vous découvrez au grand jour, les motifs cachés. Les orateurs ne peuvent y échapper. Un jour ou l'autre ils se révèlent dans l'émotion de leurs discours. Le naturel revient au galop.

    ...C'est pour cela qu'il est très avantageux de laisser s'exprimer même les plus mal "engueulés" (P.Falardeau) nous savons de "quel bois" ils se chauffent, quelle est leur conception de la société, en quoi consiste leur projet de sécession. Ils se livrent en toute candeur à la population dans le feu de l'action.

    ...Cependant ils ne savent pas qu'ils sont en train de se "couler" de nuire énormément à leur cause. Ils sont tellement pris par l'émotion qu'ils ne "raisonnent" plus. Les écarts de langage en sont la preuve.

    ...Maintenant nous savons...Continuez de vous livrer chers séparatistes, plus vous le faites avec naturel, sans retenue, plus nous vous connaissons vraiment...

    ...Je me souviens...nous nous souvenons: chiffon rouge, le vote ethnique, l'argent (qui dit que les séparatistes n'ont pas dépensé d'argent depuis 40 ans qu'ils nous harcèlent avec leur option). Le dernier référendum a vu apparaître les mots cachés, les mots mystères, des gratteux sur le oui et non, des pamphlets, un kiosque au Centre commercial Fleur de Lys etc...toutes des choses illégales selon Monsieur Pierre F. Côté alors directeur général des élections.

    ...je me souviens aussi...de la jeune portugaise (ethnie) apostrophée par B. Landry dans un hôtel de Montréal après le référendum. Le grand vizir l'a accusée d'avoir fait perdre le référendum.

    ...Continuez de vous livrer chers séparatistes. Vous avez la liberté d'expression.

    ...Nous l'avons tous, et je suis contente de l'exercer sur ce forum. Malgré toute les bêtises que je reçois de la part de ceux qui ne sont pas capables d'argumenter...

  • Pierre Denault
    Inscrit
    mercredi 31 mars 2004 17h36
    Fixations simplistes
    Vous accuser les autres de ne pas être capable de discuter et tout ce que vous pouvez faire, est de répéter et répéter les mêmes sottises.

    Relisez-vous, vous verrez et peut-être, comprendrez-vous, que vos fixations simplistes et votre haine, sont les causes de votre abrutissement.

    Landry nie avoir forcé le départ de Parizeau mais, même si cela était le cas, ça signifierait que le parti québécois ne supporte pas d'être injustement vu comme nationaliste ethnique.

    La même crainte était derrière la condamnation du citoyen Michaud que vous aussi avez condamné injustement. Si vous aviez pris le temps de vérifier avant de l'accuser, lui aussi, de racisme, vous auriez su que sa femme et lui sont allés, à Auschwitz, pleurer l'holocaust.

    Jonathan Gagné a écrit que, c'est parce qu'il y a des gens comme vous qu'il y a des gens comme Falardeau et je me dois de confirmer ce commentaire.

  • Gaston Beauchesne
    Inscrit
    lundi 5 avril 2004 08h33
    Argumenter?
    Chère madame Legault, Vous appelez ça argumenter, vous?

    Eh bien, tant mieux pour vous car outre les insultes, je n'arrive pas à trouver dans vos textes autre chose qu'un relevé de rumeurs et d'accusations mal fondées.

  • FARID KODSI
    Inscrit
    lundi 12 avril 2004 14h35
    Le parti de la chicane
    J'ai toujours pensé et dit tout haut que ce parti est et a toujours été le parti de la gaffe, de la chicane et de la magouille, le P.G.C.M. plutôt que le P.Q.

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    lundi 12 avril 2004 22h14
    Oui monsieur, argumenter.
    Monsieur Beauchesne, j'aimerais que vous me citiez (dans mes textes)les insultes et les rumeurs d'accusations mal fondées.

    ...C'est trop facile de me lancer des anathèmes sans le prouver...

    ..."argumenter": c'est présenté des faits des citations, les appuyer par du concret. Ce que vous ne faites pas...

    ...Vous êtes sans doute dans la catégorie de québécois qui pense avoir argumenté, en rejetant en bloc ce que l'autre dit, surtout si ça contredit son option, ses idées.

    ...ça ne fait pas avancer le débat.

    Je pense que nous ne sommes pas de la même option (séparatiste) voilà pourquoi vous ne trouvez que du "négatif" dans ce que j'écris.

    C'est un fait établi que tous ceux et celles qui ne pensent pas comme les "séparatistes" sont "tous des gens qui ne comprennent rien" et que leurs écrits ne valent rien. Mais j'en ai vu d'autres...

    ...Parfois c'est parce que la vérité est trop difficile à accepter. Certain préfère accuser l'autre de répandre des "rumeurs" et des accusations "mal fondées". Et bingo, l'accusateur croit avoir tout réglé!

    ...Je peux vous retourner votre accusation...Les insultes n'ont JAMAIS été
    ma façon de discuter. Ne perdons pas notre temps...

    ...Alors j'attends des faits, des citations.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 30 mai 2005 23h39
    Les arguments de madame Legault
    Selon le dictionnaire les arguments sont des preuves ou des raisons qui appuyent une affirmation ou une thèse. Ici l'affirmation de madame Legault est de dire que le PQ et ses représentants sont racistes et veulent faire l'indépendance pour des raisons ethniques, comprendre ici l'exclusion des anglais et des autres minorités advenant l'indépendance du Québec. Que trouve-t-elle pour appuyer cette thèse: des citations prisent à gauche et à droite de tout citoyen se réclamant de l'indépendance du Québec, qu'elle qualifie dédaigneusement de "séparatistes". Revenons donc sur la plus "médiatisé", celle du vote ethnique de Jacques Parizeau. Par la commission Gomery nous avons appris l'importance de l'action d'Ottawa pour "naturaliser" le plus d'immigrants possible pour le référendum. Il est maintenant clair que ce que dénonçais monsieur Parizeau c'était, bien évidemment, l'échec de voir ces communautés appuyer notre option malgré l'effort donné (triste pour celles et ceux qui l'appuyent), mais surtout il dénonçais "le vote ethnique" acheté par Ottawa. Nuance importante.

    Il y a des racistes au PQ comme ailleurs. Ils sont neutralisés par les membres et les instances. Je défie cependant madame Legault de trouver des articles racistes dans les programmes du PQ et du Bloc. Elle y trouvera plutôt des résolutions volontairement inclusives tels la reconnaissance des peuples autochtones, de la communauté anglophone et de l'inclusion à notre projet de tous les immigrants.

    Cependant elle ne trouvera que mépris de la part du Canada anglais pour le peuple du Québec qu'il se refuse de reconnaître dans sa constitution, préférant parler de multiculturalisme, hypocritement, afin de mieux nous minoriser, si ce n'est pas du racisme, je me demande bien ce que c'est. Ça me fait penser à la position de la Chine face au Tibet. Cependant j'admettrai, avec elle, qu'il n'y a rien de comparable. Ce qui est commun aux deux, le Canada et la Chine, c'est qu'ils ne veulent pas reconnaître l'existence de l'autre peuple. Ça c'est du racisme d'État, madame Legault, et c'est pour celà que notre projet est légitime, car il veut que le Québec affirme sa différence inclusive face au monde! Le Québec libre sera un apport important dans la communauté des nations, d'autant qu'il n'aura pas de passé colonial comme bien d'autres...

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
9 réactions
0 vote
 
Pour en savoir plus
Chroniques
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
© Le Devoir 2002-2010