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    Éditorial

    Mainmise d’Airbus sur la CSeries: l’aigle et la proie

    Robert Dutrisac
    18 octobre 2017 |Robert Dutrisac | Québec | Éditoriaux

    Il ne faut pas se leurrer : la cession, à un coût nul, de 50,01 % du programme de la CSeries au géant européen Airbus est un cuisant échec pour Bombardier et le gouvernement Couillard. C’est le geste désespéré d’une société qui doit abandonner son rêve de jouer dans la cour des grands de l’aéronautique. Mais tout n’est pas perdu : les emplois ne sont pas menacés pour l’heure et Airbus peut trouver un intérêt à renforcer, à partir de Montréal, sa présence en Amérique du Nord.


    Il y a deux ans, l’injection par Investissement Québec de 1,3 milliard dans le programme de la CSeries de Bombardier devait assurer la pérennité au Québec des activités liées au nouvel avion « pour une période d’au moins 20 ans », avançait le gouvernement Couillard avec un optimisme qui apparaît aujourd’hui tout à fait irréaliste.

     

    Deux ans plus tard, rien ne va plus. Les dernières commandes de la CSeries reçues par Bombardier remontent au printemps 2016 et la commande de Delta Airlines est compromise en raison des droits compensateurs imposés à l’avion par les Américains à la suite d’une plainte de Boeing. Qu’elle soit justifiée ou non ne change rien à l’affaire : les procédures dureront des années.

     

    Bombardier devient partenaire minoritaire, avec une part de 31 %, et Investissement Québec voit sa participation réduite à 19 %. Si les ventes de la CSeries vont bien — on compte accaparer la moitié du marché de 6000 avions de cette catégorie en 20 ans —, il y a fort à parier qu’Airbus rachètera ces participations. En vertu de l’entente, la société peut forcer leur vente à compter de 2023 au prix courant.

     

    Adieu veau, vache, cochon, couvée. Mais pour ce qui est des emplois, l’entente prévoit le maintien de quelque 2000 postes à l’usine d’assemblage et au siège social de Mirabel au moins jusqu’en 2041, selon Bombardier. Airbus construira toutefois une chaîne de montage plus petite à ses installations de Mobile, en Alabama, afin d’approvisionner le marché américain. On évite ainsi les droits compensateurs colossaux : un pied de nez à Boeing.

     

    Avec cette entente, Airbus est certes le grand gagnant. La société acquiert pour rien la moitié de la valeur d’un nouvel avion performant dont la conception est achevée. Mais Bombardier était dans un cul-de-sac. Et plus les doutes sur la viabilité à long terme du programme de la CSeries s’affermissaient, moins les acheteurs se présentaient. Les carottes étaient cuites.

     

    « C’était Boeing, Airbus ou les Chinois », a signalé Philippe Couillard à l’Assemblée nationale. La CSeries ne pouvait survivre sans un partenaire stratégique. Avec Airbus, la CSeries obtient l’accès au marché et la pérennité du programme ne sera plus remise en doute. Même si sa participation est réduite, le gouvernement peut espérer récupérer sa mise. Sans débouché, il perdait tout, de toute façon.

     

    L’entente présente un autre avantage, plus général, celui-là. Le Québec, dont l’économie est beaucoup trop dépendante des États-Unis, a tout intérêt à diversifier ses marchés d’exportation. C’est dans cette optique qu’il s’est fait le promoteur de l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe. Cette diversification est d’autant plus souhaitable que les États-Unis, avec la montée d’un protectionnisme irrationnel encouragé par Donald Trump, sont un partenaire de moins en moins fiable. L’entente avec Airbus pourrait permettre au Québec et à l’Europe de tisser des liens étroits en matière d’aéronautique dans la foulée de cet accord de libre-échange.













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