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    2000 infirmières praticiennes spécialisées d’ici 2024: un objectif incertain

    16 septembre 2017 | Stéphane Gagné - Collaboration spéciale | Québec
    Devenir IPS pour une infirmière représente un important investissement en temps et en efforts.
    Photo: iStock Devenir IPS pour une infirmière représente un important investissement en temps et en efforts.
    Ce texte fait partie d’un cahier spécial.

    En mars dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, annonçait la formation de 2000 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) pour 2024. L’opération vise à améliorer l’accès aux soins de santé en permettant à ces infirmières de poser des actes jusqu’ici réservés aux médecins. Sept mois après cette annonce, qu’en est-il de la situation ? Mise à jour.


    Malgré les bonnes intentions du ministre Barrette, à ce jour, le constat est plutôt décevant, selon Nancy Bédard, vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). « Rien ne nous indique qu’on pourra atteindre l’objectif de 2024 », dit-elle. Selon la FIQ, le nombre de finissantes (70) ainsi que les admissions aux divers programmes de formation sont insuffisants.

     

    De plus, le nouveau règlement de l’Office des professions qui a fait l’objet de consultations en juin dernier n’offre pas les responsabilités souhaitées aux IPS, selon Mme Bédard, qui espère que la version définitive du règlement, attendue prochainement, sera différente et accordera plus de responsabilités aux IPS.

    Photo: FIQ Nancy Bédard

    Pour la FIQ, il subsiste encore trop de freins et d’obstacles à la profession des IPS. « Bien que les IPS pourront prescrire certains médicaments, le Collège des médecins s’oppose à l’obtention de plusieurs autres responsabilités habituellement dévolues aux IPS », déplore Mme Bédard. Par exemple, les IPS ne pourraient pas faire elles-mêmes une demande de consultation auprès de médecins spécialistes et elles ne pourraient pas remplir les formulaires de la Société de l’assurance automobile du Québec ni ceux de la Commission des normes, de la santé et de la sécurité au travail (CNSST) pour les patients qui requièrent ces services. Il leur serait aussi impossible de donner des congés médicaux à des patients ni de dispenser des traitements aux personnes atteintes de maladies chroniques.

     

    Le difficile chemin de l’autonomie

     

    Mme Bédard déplore aussi le manque d’autonomie des IPS dans l’exercice de leur profession. « Les IPS dépendent encore trop souvent des médecins dans l’exercice de leur profession, dénonce-t-elle. Seulement 30 % d’entre elles disent avoir une pratique autonome. » L’emprise des médecins sur les IPS se fait encore plus sentir dans les Groupes de médecine familiale (GMF), le modèle de dispensation de soins privilégié par le ministre Barrette. « C’est là que l’on trouve le plus de freins à leur pratique », affirme Mme Bédard.

     

    Une formation exigeante

     

    Si le règlement de l’Office des professions est adopté tel quel, la FIQ craint que cela puisse démotiver les infirmières à se former pour devenir IPS. « Certaines IPS se plaignent déjà du peu de différence entre leur pratique antérieure comme infirmière et leur pratique actuelle », déplore Mme Bédard.

    Seulement 30 % [des IPS] disent avoir une pratique autonome
    Nancy Bédard, vice-présidente de la FIQ

    Devenir IPS pour une infirmière représente pourtant un important investissement en temps et en efforts. Par exemple, à l’Université Laval, la formation se donne dans le cadre d’une maîtrise de deux ans. Elle comprend six sessions à temps complet, été compris. Deux stages de six mois en milieu clinique doivent aussi être réalisés à l’intérieur de cette formation.

     

    Des conditions de travail difficiles

     

    En ce qui concerne les conditions de travail, un comité de la FIQ travaille avec le ministère pour les améliorer. En ce moment, ces conditions demeurent difficiles. « On ne rémunère pas les heures supplémentaires et il est impossible de le prendre en congé, car souvent, il n’y a personne pour remplacer les IPS », mentionne Mme Bédard.

     

    Le salaire demeure une autre pierre d’achoppement. « Il est plus bas qu’en Ontario et pourtant, les IPS ontariennes sont moins bien formées tout en ayant une plus grande autonomie », dit Mme Bédard.

     

    Les IPS doivent aussi suivre 80 heures de formation continue tous les deux ans. Or, elles sont souvent incapables de se libérer du temps pour faire ces heures durant la semaine, et doivent alors suivre cette formation durant les week-ends. Enfin, les IPS font souvent les heures les moins intéressantes dans les cliniques (ex. : le soir, la fin de semaine).

     

    Pour la FIQ, à l’heure actuelle, les responsabilités confiées aux IPS sont donc inférieures aux attentes, les conditions de travail restent difficiles et l’objectif de 2000 IPS pour 2024, fixé par le ministre Barrette, incertain.













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