Lisée contient les plus ardents défenseurs du français

Le chef du PQ, Jean-François Lisée
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef du PQ, Jean-François Lisée

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, s’engage à resserrer l’accès aux cégeps anglophones s’il se voit confier les commandes de l’État le 1er octobre 2018.

 

Même s’il n’« étai[t et n’est] pas d’accord » à l’assujettissement des établissements d’enseignement supérieur à la loi 101, il s’est publiquement rallié dimanche soir à la décision des délégués du PQ de verrouiller les portes des cégeps anglophones aux étudiants francophones et allophones, à moins qu’ils n’aient fait leur scolarisation primaire et secondaire en français. Il y donnera suite dans un premier mandat, a-t-il promis, tout en précisant qu’il s’affairera aussi à « transformer le cégep francophone pour que les gens aient la certitude qu’ils puissent bien [y] apprendre l’anglais ».

 

Ni une, ni deux, le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard, a accusé le PQ de fomenter « une tentative délibérée d’étouffer les institutions de la communauté de langue anglaise ».

 

En revanche, les membres du PQ rassemblés au Palais des congrès de Montréal ont laissé tomber l’idée de ressusciter les dispositions initiales de la Charte de la langue française prévoyant l’usage exclusif du français dans l’affichage public et la publicité commerciale, à la grande satisfaction de M. Lisée. L’ex-ministre responsable des relations avec la communauté anglophone est d’ailleurs intervenu durant le débat en plénière afin de s’en assurer. « Je voulais qu’il n’y ait aucun doute qu’au Parti québécois, affirmer le français ne veut pas dire exclure l’autre. À partir du moment où on a réussi la prédominance du français, bien, il faut respecter l’autre », a-t-il soutenu dans une mêlée de presse.

 

Par la suite, les délégués ont tour à tour battu les propositions visant à assujettir les entreprises de 10 à 24 employés à la loi 101, ainsi que les centres de la petite enfance (CPE) et les garderies privées subventionnées. Les « modérés », parmi lesquels figure M. Lisée, ont eu le dessus sur les « radicaux » lors du 17e congrès national du PQ, ce week-end. « Tout cela était “canné” il y a un moment », a confié un délégué au Devoir.

 

En effet, après avoir eu l’assurance que l’état-major du parti ne mettrait pas des bâtons dans les roues aux auteurs de la « proposition de compromis » sur l’accès aux cégeps anglophones, l’animateur du club politique SPQ-Libre Marc Laviolette et ses complices ont mis de côté leurs habits d’agitateurs pour revêtir ceux de modérateurs. D’ailleurs, M. Laviolette en a incité plus d’un au cours du week-end à jeter du lest, en matière d’affichage public notamment. « Étudier l’anglais et étudier en anglais, c’est deux choses différentes. Étudier en anglais, tu t’anglicises. […] Il faut qu’on étudie l’anglais dans les cégeps francophones. Moi, mon comté, ma région, on était pour la loi 101 aux cégeps. Mais le Québec nous regarde présentement. On veut reprendre le chemin des victoires », a-t-il déclaré dimanche.

 

« Chat gris, chat blanc, l’important c’est qu’il attrape la souris », a répété le délégué de Beauharnois, tout en pointant un extrait de la « proposition de compromis » auquel il s’est rallié. Celui-ci stipule qu’un gouvernement péquiste devra « s’assurer que le financement des cégeps anglophones réponde en priorité aux besoins de la communauté historique anglophone et par conséquent qu’il soit graduellement aligné sur le poids démographique proportionnel de cette communauté ».

 

Congrès sans grandes turbulences

 

Les quelque 1500 délégués péquistes ont adopté dimanche un programme politique au diapason — ou presque — des idées que M. Lisée a avancées durant l’ultime course à la chefferie et qui figuraient dans la « proposition principale » dévoilée en janvier dernier.

 

« Je ne trouve pas que ç’a été dur. J’en ai vécu d’autres comme conseiller, sans aucune mesure », a déclaré M. Lisée au terme d’un congrès national sans psychodrame — durant lequel il a, en prime, été gratifié de la confiance de pas moins de 92,8 % des délégués péquistes.

 

Les délégués ont défié leur chef en entérinant une proposition visant à « diminuer de façon significative et graduelle le financement public des écoles privées ». M. Lisée s’est toutefois rapidement affairé à limiter la portée de cet ajout au programme politique du PQ. « Ce n’est pas écrit “abolir” [le financement public]. Ce n’est pas écrit “réduire de moitié”. Ce n’est pas écrit “fermer” [les écoles privées] », a-t-il fait remarquer à la presse.

 

Le chef du PQ a évoqué une possibilité parmi d’autres, soit de pénaliser les établissements d’enseignement « qui refuseraient d’être plus équitables dans leur traitement des étudiants » — par exemple en instaurant des « tirages au sort » pour sélectionner leurs élèves, plutôt que de ne retenir que les candidats ayant des bulletins scolaires sans tache.

 

En contrepartie, la proposition de ne pas tenir de référendum sur l’indépendance du Québec dans un premier mandat (2018-2022), qui donnait de l’urticaire à plus d’un militant péquiste il y a un an, a été consacrée dans le programme politique du PQ dans l’indifférence générale. « Les gens savent qu’on est indépendantistes tous les jours. Il n’y aura pas de référendum dans le premier mandat, mais on ne se privera jamais de dire : à tel problème actuel, la vraie réponse, ce sera l’indépendance », a insisté M. Lisée.

 

Porté par « zéro slogan » jusqu’au coup d’envoi de la campagne électorale, à l’été 2018, M. Lisée misera sur « un plan solide », notamment pour « faire du Québec une des nations les plus vertes au monde », et sur son « équipe solide » afin de rallier l’électorat québécois au PQ, actuellement au 3e rang dans les intentions de vote.

 

Avec Marie-Michèle Sioui

7 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 11 septembre 2017 04 h 36

    Pas fort!


    Pas fort ce bricolage linguistique sur les cégeps! Un bricolage bien partisan non à la hauteur d'un René Lévesque. Ainsi va le PQ de 2017!

    M.L.

    • Jacinthe Lafrenaye - Abonnée 11 septembre 2017 09 h 11

      Pas fort comme commentaire M. Lebel. Votre objectif n'est-il pas uniquement de montrer que, peu importe ce que fait le PQ, la seule opportunité pour vous est de le contredire?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 11 septembre 2017 10 h 33

      Il ne faudrait pas confondre la détermination de Camille Laurin et les rétiscences de René Lévesque au sujet de la Loi 101.

      René Lévesque, tout comme Lisée, s'est rallié à un compromis.

      Voilà pourquoi René Lévesque lui-même n'a pas étendu les exigences de la Loi 101 aux cégeps.

    • Michel Lebel - Abonné 11 septembre 2017 14 h 21

      @ Jacinthe Lafrenaye,

      Je dis que l'argumentaire péquiste est tellement pauvre dans sa défense du français, c'est désespérant! Mais que peut-on attendre de celui ou ceux qui parlent ''d'ostie de bon guvernement''? Quand dénonceront-ils des publicités ou des télé-romans qui massacrent le français? Quand une bonne langue française, parlée et écrite, sera promue dans nos écoles?
      Non, on préfère s'aventurer dans une politique revancharde, voulant restreindre l'argent pour les cégeps anglophones! Quelle belle manifestation de grandeur et de respect pour l'éducation que voilà! C'est petit et mesquin et supidement électoraliste comme approche. Tout à fait navrant! Et dire qu'ils parlent toujours de construire un nouveau pays, juste, et progressiste!

      Michel Lebel

  • Patrick Boulanger - Abonné 11 septembre 2017 05 h 55

    « Les délégués ont défié leur chef en entérinant une proposition visant à « diminuer de façon significative et graduelle le financement public des écoles privées ». M. Lisée s’est toutefois rapidement affairé à limiter la portée de cet ajout au programme politique du PQ. « Ce n’est pas écrit “abolir” [le financement public]. Ce n’est pas écrit “réduire de moitié”. Ce n’est pas écrit “fermer” [les écoles privées] », a-t-il fait remarquer à la presse » (Le Devoir)?

    Je crois qu'il aurait été plus sage que les membres du PQ soient plus précis dans leur proposition. Le « diminuer de façon significative » donne de la place à bien des interprétations.

  • Jean Lapointe - Abonné 11 septembre 2017 07 h 57

    OUI à l'anglais mais NON à l'anglicisation.

    « Étudier l’anglais et étudier en anglais, c’est deux choses différentes. Étudier en anglais, tu t’anglicises. […] Il faut qu’on étudie l’anglais dans les cégeps francophones. Moi, mon comté, ma région, on était pour la loi 101 aux cégeps. Mais le Québec nous regarde présentement. On veut reprendre le chemin des victoires », a-t-il déclaré dimanche.»(Marc Laviolette)

    Je suis totalement d'accord avec Monsieur Laviolette. Il est essentiel que pour nous francophones québécois l'anglais soit considéré comme une langue seconde et non pas comme l'une des deux langues officielles du Canada qui deviendrait aussi alors l'une des deux langues officielles du Québec sans le dire.

    Il est désolant de constater qu'il semble y avoir bien des Québécois qui, tout comme Philippe Couillard, ne voient pas le danger pour nous de se vouloir bilingues en restant dans le Canada parce qu'alors nous cesserions d'être Québécois de langue française connaissant l'anglais pour devenir des Canadiens bilingues et devenir des Canadiens bilingues signifierait la fin de la culture et de la nation québécoise parce que nous ne serions plus qu'une simple minorité parmi d'autres du Canada conformément à leur constitution.

    Donc, pour notre survie et notre épnouissement comme peuple nous devons viser l'indépendance, pas moins. Autrement ce qui nous arriverait serait de végéter encore pendant des années, sinon des siècles, au sein du Canada, ce à quoi Phillippe Couillard et le PLQ ne voient aucun inconvénient.

    Que voulez-vous quand on est né pour un petit pain on risque d'y rester longtemps si on ne fait rien pour en sortir afin de reprendre confiance à la vie.

    Philippe Couillard et le PLQ, et même la CAQ avec ses hésitations, ont l'air de vouloir se contenter du petit pain.

    Je trouve que c'est se contenter de bien peu. Nous sentons encore là les effets de la colonisation.

    Il faudrait bien en sortir un jour.

  • Jean Breton - Abonné 11 septembre 2017 09 h 25

    Dissolution tranquille irréversible ?

    En somme, ce pour quoi la majorité des délégués ont voté en matière linguistique, c'est pour un ralentissement de l'anglicisation de la société québécoise.

    On dirait que la mentalité de colonisé s'est répandue, même chez plusieurs indépendantistes.

    Comme on dit dans l'Évangile, si le sel s'affadit, avec quoi le salera-t-on ?