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    Éditorial

    Légalisation de la marijuana: une affaire de santé publique

    Brian Myles
    11 septembre 2017 |Brian Myles | Québec | Éditoriaux

    Dans la foulée des consultations publiques sur l’encadrement du cannabis, un constat s’impose. L’État est mieux placé que le privé pour juguler les effets indésirables de la légalisation, à condition de faire preuve de vigilance.


    À long terme, la légalisation de la marijuana sera plus bénéfique que sa prohibition pour la santé publique. À court terme, le Québec aura rendez-vous avec la turbulence et l’incertitude puisqu’en matière d’encadrement, tout reste à faire, et ce, dans un délai de dix mois. La précipitation du gouvernement Trudeau n’est pas la seule cause du problème. Il est vrai que les libéraux n’ont guère pris en considération les objections des provinces avant d’aller de l’avant, mais cela ne peut servir d’excuse à l’inaction.

     

    Cette semaine, l’Ontario a annoncé qu’elle confiera la vente du cannabis à des commerces spécialisés qui seront gérés par la société des alcools de la province, fixant l’âge légal pour s’en procurer à 19 ans. Pendant que l’Ontario se dote d’un cadre réglementaire très clair, axé sur la santé publique, la ministre québécoise responsable de la Santé publique, Lucie Charlebois, en est encore à l’étape des consultations publiques. Cet exercice démocratique est sain, mais il ne saurait dispenser le gouvernement d’une réflexion sur les valeurs et les principes sur lesquels s’appuieront les lois et règlements. La légalisation de la marijuana sera-t-elle abordée sous le prisme de la santé publique, comme en Ontario, ou celui du commerce ?

     

    La réponse à cette question est fondamentale, car elle déterminera l’ampleur des nuisances sociales associées à la consommation et au commerce de la marijuana. La légalisation en soi n’est pas un gage de progrès, comme en témoigne l’évolution des politiques publiques sur le tabac. C’est seulement dans les trente dernières années que les gouvernements ont substitué aux politiques du laisser-faire celles de la prévention et de la réduction des méfaits associés au tabagisme. Pour y parvenir, ils ont freiné les ambitions mercantiles des cigarettiers par une série de mesures restrictives sur la publicité, l’emballage, la vente et la présence dans l’espace public des produits du tabac.

     

    Pour l’instant, l’éloquente ministre joue sur les mots. « Je ne pense rien, j’écoute, a commenté Mme Charlebois en marge des consultations à Montréal. Je sais que vous voulez me faire positionner ce matin, mais ça n’arrivera pas. »

     

    Pour ne pas se laisser « faire positionner » par les intérêts privés qui convoitent ce nouveau marché, le gouvernement Couillard doit faire des choix. Dans une approche de santé publique, le Québec doit imiter l’Ontario et prendre en charge le contrôle de la vente et de la distribution. C’est d’ailleurs la suggestion du Barreau du Québec et de l’Association pour la santé publique du Québec.

     

    Il ne s’agit pas de faire du Québec un État revendeur de drogue, mais de garantir les meilleures chances de succès aux idéaux de prévention auxquels la ministre Charlebois est attachée à juste titre.

     

    La légalisation de la marijuana doit servir à en limiter la consommation, en particulier chez les jeunes, à réduire les usages à risque et à lutter contre l’infiltration du crime organisé. La prohibition n’a pas permis d’atteindre ces objectifs, soit dit en passant.

     

    L’État n’a pas le monopole de la vertu, et il entretient d’ailleurs un rapport toxique avec l’alcool et le jeu, qui viennent doper ses revenus. Cependant, dans le marché émergent du cannabis, une société d’État indépendante de la SAQ, dotée d’une mission de santé publique, serait un bien meilleur arbitre du bien commun que le privé, du moins pour une période transitoire de cinq ans.













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