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    Les politiciens rejettent les accusations de Labeaume

    Refuser de parler du niqab favorise la montée de l’extrême droite, dit le maire de Québec

    24 août 2017 | Marie-Michèle Sioui - Correspondante parlementaire à Québec | Québec
    Régis Labeaume estime que la population pâtit du manque d’informations qu’elle reçoit au sujet du plan d’accueil des demandeurs d’asile.
    Photo: Yan Doublet Le Devoir Régis Labeaume estime que la population pâtit du manque d’informations qu’elle reçoit au sujet du plan d’accueil des demandeurs d’asile.

    La classe politique du Québec a rejeté mercredi les reproches du maire de Québec, Régis Labeaume, qui a déclaré que « les politiciens » encouragent la montée de « l’extrême droite » en tabouisant certains sujets, comme le port du niqab et de la burqa dans les espaces publics.

     

    « Nous, les politiciens, on est en train de se déconnecter de la population. Et ne vous y trompez pas : le message de l’extrême droite est de plus en plus efficace. Moi, j’en suis convaincu », a lancé le maire. « Pendant qu’on détourne les yeux, pendant qu’on est politiquement corrects, pendant qu’on suit les opinions de la bien-pensance, l’extrême droite progresse, et beaucoup plus vite qu’on le pense », a-t-il ajouté.

     

    À son avis, l’amalgame entre le racisme ou la xénophobie et le désir de lancer le débat sur le port du niqab et de la burqa dans les lieux publics servent notamment le groupe La Meute, fondé en 2015 par deux ex-militaires inquiets de ce qu’ils considèrent comme le « danger » de l’islamisme radical au Québec. « Il y a des gens qui sont d’accord avec La Meute, je n’en reviens pas », a-t-il avancé. « [Le président américain Donald] Trump a comme dédouané tout ce monde-là », a-t-il dit plus tard.

     

    « Pas visés »

     

    Tour à tour, les membres du gouvernement du Québec ont dit « ne pas se sentir visés » par les propos du maire de Québec, qui est allé jusqu’à évoquer « l’aveuglement » de la classe politique. « On en a un, de débat. On a des discussions, on a des échanges, et je ne comprends pas le propos de M. Labeaume, parce que la discussion est là », a réagi la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée. « Non, je ne me sens pas visée, ça s’est sûr », a aussi répondu la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil. « Je pense que l’important, c’est de communiquer, d’avoir le bon vocabulaire, d’humaniser les dossiers, aussi », a-t-elle ajouté au terme d’une rencontre du comité fédéral-provincial sur les demandeurs d’asile. « Je ne me sens pas visé, parce que je ne snobe personne », a également déclaré le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau. « Il n’y a pas de difficulté à discuter de ces choses-là, mais je ne vois pas non plus qui dans la classe politique aurait snobé qui que ce soit. »

     

    Régis Labeaume estime que la population pâtit du manque d’informations qu’elle reçoit au sujet du plan d’accueil des demandeurs d’asile qui traversent la frontière canado-américaine de manière illégale. Il souhaite aussi que le projet de loi de Québec sur la neutralité religieuse — qui prévoit la prestation et la réception de services publics à visage découvert — ouvre la porte au débat sur le port du niqab et de la burqa dans les espaces publics. « La population est agressée par ça. La population n’en revient pas qu’on ne se préoccupe pas de ça », a-t-il dit.

     

    Or, « il n’est pas question d’interdire le visage couvert dans l’espace public, a encore rappelé la ministre Vallée. On a été très clairs et je n’ai rien de plus à dire sur M. Labeaume. »

     

    S’entendre pour ne pas s’entendre

     

    L’homologue montréalais du maire Labeaume, Denis Coderre, est plutôt d’avis que le projet de loi sur la neutralité religieuse va trop loin en assujettissant les municipalités. « Quand on a parlé de l’autonomie des municipalités, c’est clair que dans ma tête on ne peut pas dire qu’on est autonome et, après, [nous] dire comment gérer notre personnel », a-t-il déclaré. Aux côtés de Régis Labeaume, il a convenu que les deux maires s’étaient entendus… sur le fait qu’ils ne s’entendaient pas. « Par ailleurs, vous avez vu, on ne se pogne pas », a souligné le maire de Montréal. « On ne se mettra pas l’un contre l’autre, Régis et moi. Ce qu’il voulait, c’est s’assurer que le leadership se fait partout. »

     

    Questionné sur cette montée de l’extrême droite évoquée par Régis Labeaume, Denis Coderre y est allé d’une référence au groupe La Meute, qui a organisé dimanche une manifestation « contre les politiques des gouvernements Trudeau et Couillard face au fléau de l’immigration illégale et en [soutien] aux policiers de la GRC ». « La gang de La Meute, quand on mise sur la peur, quand on mise sur la division, quand on mise sur le “pas dans ma cour”, ça crée des problèmes », a-t-il affirmé.

     

    Denis Coderre a, lui aussi, dit ne pas se sentir visé par les propos du maire de Québec au sujet de « l’aveuglement des élites ». « J’ai toujours dit “il faut faire attention avec les mots”, mais je ne me suis pas senti visé, parce que chaque fois qu’il y aura un désarroi, on va être accueillants. Et être accueillants, ça ne veut pas dire que tout le monde rentre », a-t-il assuré.

     

    Avec Annabelle Caillou et Lisa-Marie Gervais













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