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    Joute politique autour des demandeurs d’asile

    Philippe Couillard ne compte pas réclamer la suspension de l’Entente sur les tiers pays sûrs

    14 août 2017 | Sarah R. Champagne - Avec Marie-Michèle Sioui | Québec
    «On est une terre d’accueil, une terre de compassion […] mais le parcours qui mène au statut de réfugié n’est pas un parcours facile ni confortable», a dit le premier ministre Philippe Couillard. 
    Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «On est une terre d’accueil, une terre de compassion […] mais le parcours qui mène au statut de réfugié n’est pas un parcours facile ni confortable», a dit le premier ministre Philippe Couillard. 

    Le premier ministre Philippe Couillard ne compte pas réclamer la suspension de l’Entente sur les tiers pays sûrs. Une demande que le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, l’avait invité dimanche à formuler au gouvernement fédéral.

     

    Cette entente signée entre le Canada et les États-Unis est en vigueur depuis 2004. Elle prévoit que les réfugiés doivent présenter une demande dans le premier des deux pays où ils se trouvent. Un individu se présentant à un poste frontalier régulier en provenance des États-Unis pour revendiquer la protection du Canada sera ainsi immédiatement refoulé. Or, cette entente ne s’applique pas à ceux qui traversent la frontière de manière irrégulière, d’où l’affluence sur le chemin Roxham depuis la fin 2016.

     

    Dans une lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau, M. Lisée a ainsi appelé à la suspension de cette entente, arguant que « son maintien entraîne des conséquences indignes » en matière d’accueil des réfugiés. Une fois ce pas franchi, « les demandeurs d’asile pourront être légalement reçus aux postes frontaliers officiels », décrit-il ensuite. Il demande à Philippe Couillard « d’appuyer sa démarche », demande déjà énoncée en conférence de presse jeudi dernier.

     

    Celui-ci a rétorqué quelques heures plus tard que ce n’était « pas une bonne idée ». Il estime qu’un tel geste aurait des « conséquences diplomatiques majeures ». Puisque le Canada ne reconnaît que les États-Unis en tant que tiers pays sûr, il ne pourrait le déclarer ex cathedra sans en subir le revers, avance le premier ministre.

     

    « On est une terre d’accueil, une terre de compassion […] mais le parcours qui mène au statut de réfugié n’est pas un parcours facile ni confortable », a-t-il ensuite ajouté.

     

    Désinformation

     

    Le premier ministre affirmait samedi qu’il est « malheureux » de faire croire aux demandeurs d’asile que l’acceptation au Canada est un « fait accompli ».

     

    En 2016, 207 des 416 demandes d’asile formulées par des Haïtiens au Québec ont été refusées. Une donnée reprise par M. Lisée dans sa lettre à Justin Trudeau, où il déplore que « leur migration aura donc été vaine ».

     

    « Il semble y avoir une espèce de... Je ne sais pas si on peut appeler ça une propagande, sur la capacité d’obtenir un statut », a aussi ajouté le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau.

     

    Plus tôt la semaine dernière, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, s’inquiétait des arrivées de demandeurs d’asile. Il s’en était pris sur Facebook au discours politique officiel qualifié « d’irresponsable », décrivant la frontière canado-américaine comme une « passoire ».

     

    Les trois chefs de parti semblent cependant s’accorder sur l’impératif d’envoyer un message clair, notamment à la communauté haïtienne vivant aux États-Unis.

     

    Le premier ministre Couillard a insisté sur l’urgence de « présenter un portrait réel de la situation », a-t-il affirmé samedi lors du congrès des jeunes libéraux.

     

    Il s’est dit « tout à fait prêt » à livrer ce message lui-même, par des interventions dans les stations de radio des États-Unis.

     

    Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, s’est quant à lui rendu dimanche à la frontière dans la zone de Saint-Bernard-de-Lacolle. Il a rappelé que le « Canada a une politique en place depuis des décennies » qui comporte des critères d’admission établis.

     

    Les mêmes critères que son chef, Justin Trudeau, énonçait sur Twitter en janvier dernier pour répondre aux nouvelles politiques migratoires restrictives de Trump : « À ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera… » Le ministre Garneau n’a pas abordé la question de l’entente.

     

    Une contestation judiciaire de l’Entente sur les tiers pays sûrs a été lancée au début juillet par le Conseil canadien pour les réfugiés (CCR), Amnesty International et le Conseil canadien des églises. Les trois organismes plaident notamment que les États-Unis ne sont pas un «pays sûr», et que les réfugiés s’y exposent à « de graves violations de leurs droits fondamentaux », écrivait le CCR lors du lancement de cette contestation.

    Plus de tentes érigées à la frontière Les 110 militaires déployés dans la zone de Saint-Bernard-de-Lacolle ont reçu le mandat samedi de monter deux autres campements, pour faire passer le total de places à 1200. Aux 34 tentes déjà en place depuis la semaine dernière s’ajouteront 43 tentes en 2 sites distincts. Ce sont 2440 personnes en date de vendredi qui étaient hébergées dans 8 centres à Montréal, par rapport à 1575 la semaine précédente. L’on apprenait vendredi que 1798 personnes ont traversé de façon irrégulière la frontière entre le 1er et le 7 août, soit un peu plus que la moyenne avancée jusqu’à maintenant par les autorités. Pour l’instant, le nombre total connu de demandeurs d’asile arrivés au Québec depuis janvier 2017 est de plus de 11 400. Il est en voie de surpasser d’autres années de grande affluence, notamment 2008, quand 13 625 demandes d’asile avaient été déposées.












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