Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Archives – De Gaulle triomphe en province

    22 juillet 2017 | Jean-V. Dufresne - Le Devoir | Québec
    La qualité de l’enthousiasme, la surprenante participation populaire ont saisi d’étonnement la presse étrangère qui avait dépêché quelque 300 journalistes pour couvrir l'accueil réservé par les Québécois au général de Gaulle.
    Photo: United Press La qualité de l’enthousiasme, la surprenante participation populaire ont saisi d’étonnement la presse étrangère qui avait dépêché quelque 300 journalistes pour couvrir l'accueil réservé par les Québécois au général de Gaulle.

    Une foule qu’on estime à près d’un demi-million de personnes, entassées sur plusieurs rangées le long du parcours présidentiel depuis Pointe-aux-Trembles jusqu’à l’hôtel de ville de Montréal, a accueilli hier le général de Gaulle dont le séjour débute aujourd’hui dans la métropole par un triomphe dont les plus optimistes — nous dirions même les plus aveugles admirateurs du président — ne pouvaient pas soupçonner l’ampleur.

     

    La qualité de l’enthousiasme, la surprenante participation populaire ont saisi d’étonnement la presse étrangère qui avait dépêché quelque 300 journalistes, et profondément impressionné La Presse canadienne qui jusque-là contemplait cette manifestation d’un air surtout amusé. « Cette fois, il va falloir plus qu’un régiment des Highlanders », a fait observer un confrère torontois, en évoquant la victoire de Wolfe.

     

    Après l’accueil de la ville à Québec, il était ambitieux d’exiger plus d’enthousiasme et pourtant, tout au long du chemin du Roy qu’il parcourut hier depuis Donnacona sous la pluie, jusqu’à Repentigny sous un soleil dévorant, au terme de sa randonnée vers Montréal, le général de Gaulle et sa femme cueillirent les applaudissements et les hommages comme des fleurs, sans effort ; les mains se tendaient vers lui en agitant le tricolore.

     

    La Vieille Capitale, qui l’avait reçu aussi triomphalement, c’était la capitale, mais Donnacona, Sainte-Anne-de-la-Pérade, Trois-Rivières, Louiseville, Berthier et Repentigny, ce furent comme autant de charmants Clochemerle, avec la bonhomie de leurs notables, les haut-parleurs qui tombent en panne, leurs majorettes mal dressées — nous pensons aux « Satellites de Donnacona » qui pirouettaient devant l’illustre symbole de la France — ce furent les banderoles d’une usine dont les travailleurs, parce qu’ils n’étaient pas en congé, s’en excusaient en souhaitant « meilleurs voeux » au visiteur, ce furent les fanfares qui sonnaient délicieusement faux, les cornets de crème glacée, un air d’Aida au long et, pour la fin de la fin, une pancarte qu’arborait un jeune homme, très sérieux : « Vive Charlemagne II ».

     

    Chacun de ces chefs-lieux rivalisa d’ardeur pour offrir au président et à sa suite son visage le plus souriant. Les organisateurs se cachaient du haut des tribunes avant l’arrivée du général pour inviter les citoyens à applaudir. L’accueil eût été le plus charmant de tous à Louiseville, dans le petit parc ombrageux, n’eût été la défaillance des haut-parleurs et l’effronterie de l’hélicoptère du poste montréalais CJMS qui s’amusait à survoler le kiosque à faible altitude dans un bruit d’enfer. On ne saura peut-être jamais quelles bonnes ou historiques paroles le président de la République, malgré sa voix forte et claire, prononça hier dans cette petite ville.

     

    À Sainte-Anne-de-la-Pérade, deuxième étape de la visite après Donnacona, on chanta, pour la première fois depuis l’arrivée du général en terre québécoise, l’Ô Canada que tous semblaient avoir troqué pour la plus vibrante et exotique Marseillaise. C’est le premier ministre du Travail, Maurice Bellemarre, qui l’entonna après l’hymne français, de sa belle voix de jubé d’église de village. De quoi faire sauter les fusibles de l’amplificateur, ce timbre de ténor. Le ministre a d’ailleurs réussi un bon coup : détourner le convoi motorisé, long de deux milles, via le Cap-de-la-Madeleine avant son entrée à Trois-Rivières où un très vieil abbé, après l’accueil au séminaire, fit observer : « Il est venu avec le soleil », et s’en alla à petits pas.

     

    Texte publié le mardi 25 juillet 1967.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.