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    Des sinistrés des inondations printanières déversent leur colère

    Qui pourra rester, qui devra partir? Les questions restent sans réponse.

    11 juillet 2017 |Améli Pineda | Québec
    Un quartier de Rigaud au printemps dernier
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Un quartier de Rigaud au printemps dernier

    Les consultations publiques sur la reconstruction en zone inondable menées simultanément dans 17 municipalités du Québec lundi soir ont été le théâtre de nombreuses crises de colère de sinistrés insatisfaits du manque de réponses des représentants du gouvernement.

     

    Le décret du ministère des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire (MAMOT) propose un cadre plus strict pour les zones inondables, où la reconstruction sera impossible pour des maisons trop endommagées, tout en prévoyant des exceptions.

     

    Québec entend ainsi interdire la reconstruction d’une résidence considérée comme une perte totale, c’est-à-dire dont les coûts des travaux représentent de 50 à 65 % de la valeur de la maison, si celle-ci se trouve dans une zone inondable 0-20 ans.

     

    À Rigaud, la ville de la Montérégie qui a été le plus touchée par les crues du printemps, les citoyens ont exprimé leur mécontentement après avoir assisté à une présentation d’une trentaine de minutes des représentants du ministère.

     

    « Ma question est simple. Vous nous présentez votre décret, mais quand est-ce que vous allez nous donner les rapports pour savoir justement ce qui nous attend ? On est en juillet, ce n’est pas à l’automne ou à l’hiver avec le froid qu’on va pouvoir commencer les travaux. Vous nous demandez des questions précises, donnez-nous des réponses précises », a lancé Stéphane Caron, premier résident de Rigaud à s’être présenté au micro.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À Rigaud, lundi soir, de nombreux citoyens ont profité de la consultation que mène le gouvernement sur son décret sur la reconstruction en zone inondable pour se vider le cœur.
     

    Une question simple

     

    L’homme fait partie des sinistrés « récalcitrants » ayant été forcés d’évacuer les résidences qu’ils refusaient de quitter, sous escorte des policiers assistés des militaires des Forces armées canadiennes au début du mois de mai.

     

    Il est reparti en colère en claquant la porte de l’auditorium où se tenait la consultation, puisque le ministère lui a dit attendre de terminer toutes ses inspections avant d’envoyer les rapports aux sinistrés.

     

    « Nous avons eu 363 demandes d’inspections dans votre région, il y a eu 345 visites jusqu’à présent et il en reste 18 à réaliser. Dès que les rapports de toutes les visites seront achevés, ils seront émis », a souligné Jean-Sébastien Forest, directeur régional du ministère de la Sécurité publique, sans toutefois pouvoir fournir une date.

     

    D’autres citoyens ont demandé au ministère s’il peut plutôt envisager de proposer des solutions aux gens qui habitent dans des zones inondables pour « s’immuniser » contre la montée des eaux.

     

    « Je ne comprends pas vos façons de faire. On veut tous continuer à habiter là où on est. Pourquoi vous ne voulez pas nous donner les outils pour qu’on se reconstruise? Vous engagez bien l’architecte Pierre Thibault pour repenser l’architecture des commissions scolaires, pourquoi vous ne l’engagez pas pour repenser les constructions au bord de l’eau. On dirait que vous vous êtes juste armés pour nous crisser dehors de nos terrains », a questionné Alain Vallières, qui habite au bord de l’eau depuis 17 ans.

     

    Plusieurs citoyens ont reproché au ministère de ne pas leur fournir d’échéancier. Le document présenté lundi n’affichait d’ailleurs aucune date pour les différentes étapes du processus à venir.

     

    Plus tôt lundi, en entrevue avec Le Devoir le maire de Rigaud, Hans Gruewald, a convenu que des décisions difficiles à prendre sont à venir.

     

    « On ne peut plus se permettre d’avoir des zones qui sont inondées chaque année. Il faut réaliser qu’avec les changements climatiques, la réalité de construction n’est peut-être plus la même », a-t-il dit.

     

    « En tant que Ville, on a le devoir d’assurer aux gens leur sécurité. Quand les premiers répondants ne sont plus capables de te porter secours de façon sécuritaire, il faut se poser des questions. »

     

    À Gatineau, le maire Maxime Pednaud-Jobin n’a quant à lui pas mâché ses mots. Il demande même au gouvernement du Québec de l’exempter de ce décret.

     

    « Nous sommes [tous] d’accord qu’il y a des endroits où la reconstruction ne doit pas être permise. Nous ne voulons pas reproduire les erreurs du passé, mais nous voulons une véritable solution à court terme et à long terme, et la proposition actuelle ne convient pas », peut-on lire dans une lettre adressée au ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Martin Coiteux. Selon lui, le décret de Québec « conduirait à la disparition de quartiers, à petit feu, au gré des prochaines inondations. »

     

    Les crues du printemps viennent forcer l’évacuation de 4000 citoyens et détruit ou rend inhabitables entre 500 et 800 résidences. Parmi les 261 municipalités touchées, 65 n’avaient pas réalisé la cartographie de leurs zones inondables et elles devront remédier à la situation.

    La crue du printemps 2017 Au cours de la période du 5 avril au 16 mai 2017, il y a eu :

    278 municipalités touchées réparties dans 15 régions administratives ;

    5371 résidences principales inondées ;

    4066 personnes évacuées ;

    près de 400 routes endommagées

    Source: ministère de la Sécurité publique du Québec












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