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    Égalité entre les hommes et les femmes

    Une nouvelle stratégie à l’aveugle

    Robert Dutrisac
    7 juillet 2017 |Robert Dutrisac | Québec | Éditoriaux

    La ministre responsable de la Condition féminine, Lise Thériault, a présenté la semaine dernière une nouvelle stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes dite « vers 2021 ». On constate que cette égalité n’a guère progressé ces dernières années sans que le gouvernement Couillard ne dresse un bilan clair de la situation et ne fournisse d’explications. La stratégie confirme également la perte d’indépendance du Conseil du statut de la femme.


    On ne peut nier que Jean Charest, dont on a dit qu’il était le plus féministe des premiers ministres du Québec —, c’était avant que Pauline Marois n’accède à la plus haute fonction —, a fait des efforts louables pour faire avancer la cause des femmes. On lui doit une politique étoffée pour l’égalité entre les femmes et les hommes et deux conseils des ministres composés d’autant de femmes que d’hommes, une parité qui n’a pas été atteinte depuis.

     

    La stratégie dévoilée par le gouvernement Couillard réaffirme les six orientations de la politique de 2007, reprend ou actualise plusieurs initiatives décrites dans les deux plans d’action précédents et propose de nouvelles mesures.

     

    Parmi ces nouvelles mesures, notons la création d’un indice québécois de l’égalité entre les hommes et les femmes. Un tel indice s’avère nécessaire, d’autant plus que la stratégie, tout en évoquant le fait que l’égalité entre les sexes fait du surplace, reconnaît le manque de données probantes. Le gouvernement propose aussi une loi-cadre dont il n’a pas précisé les contours.

     

    À travail égal et à expérience égale, les femmes obtiennent toujours un salaire moindre que les hommes. Elles se concentrent aussi dans des domaines qui leur sont traditionnellement dévolus et elles n’ont guère accru leur présence dans les occupations non traditionnelles qui sont mieux rémunérées. C’est le cas des métiers de la construction : ironiquement, l’abolition du placement syndical, que Lise Thériault, alors ministre du Travail, a décrétée pour le confier à la Commission de la construction du Québec, devait améliorer les choses, mais ça ne s’est pas réalisé.

     

    Dans sa propre cour, le gouvernement est fautif puisqu’il peine à appliquer ce qu’on appelle l’analyse différenciée selon les sexes (ADS). L’ADS oblige le gouvernement à tenir compte des effets — différents pour l’un ou l’autre sexe — des mesures qu’il met en place, des projets de loi qu’il présente, des règlements qu’il adopte. À titre d’exemple, le gouvernement Couillard aurait dû procéder à une ADS pour évaluer l’impact sur les femmes de la majoration des tarifs des services de garde.

     

    « Malgré les efforts accomplis, la mise en place de l’ADS dans l’appareil gouvernemental est difficilement mesurable et les résultats demeurent limités et peu visibles », peut-on lire dans la stratégie. Les résultats tangibles se limitent à quelques cas, dont celui, « exemplaire », souligne-t-on, de l’ADS portant sur la contribution santé. L’ADS est pourtant un passage obligé pour un gouvernement qui a ratifié la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) des Nations unies. La volonté gouvernementale de corriger la situation n’est guère affirmée : une « meilleure compréhension des enjeux d’égalité […] ouvrira la porte à la mise en place d'actions correctrices pouvant avoir des effets sur l’égalité entre les sexes », peut-on lire. Bref, on croise les doigts.

     

    La stratégie procède à l’aveugle : elle a beau décrire plus de 50 actions, dont la majorité vise à informer et à sensibiliser les femmes et la population en général, elle ne dresse pas un bilan systématique et cohérent. Le dernier bilan remonte à 2015 et ne propose aucune synthèse utile ; il énumère les mesures qui ont été prises sans en évaluer les effets et sans les lier à des objectifs précis.

     

    En outre, la stratégie met à mal l’indépendance du Conseil du statut de la femme (CSF) en institutionnalisant la présence d’une représentante de la ministre en son sein. La ministre veut en savoir plus« sur l’état des réflexions et des projets de recherche du CSF », apprend-on. Nous ne savons pas quelle entourloupette juridique le gouvernement a utilisée, mais ce poste de mouchard ministériel n’est pas prévu à la loi constitutive de l’organisme. En acceptant servilement cet accroc, la nouvelle présidente du CSF, Louise Cordeau, prouve que le gouvernement est parvenu à mettre l’organisme à sa botte. Or si on veut que le CSF remplisse son rôle, au bénéfice du gouvernement comme de la société en général, il doit s’appuyer sur la même indépendance que dans le passé.













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