La lutte pour l’égalité hommes-femmes piétine au Québec

La ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, accompagnée de ses collègues Kathleen Weil et Rita de Santis, a présenté jeudi la stratégie gouvernementale visant à relancer la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, accompagnée de ses collègues Kathleen Weil et Rita de Santis, a présenté jeudi la stratégie gouvernementale visant à relancer la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes.

Malgré les avancées des dernières décennies, les femmes continuent d’être moins payées que les hommes au Québec et peinent à percer dans les secteurs traditionnellement attribués au genre masculin, constate le gouvernement dans sa nouvelle stratégie pour l’égalité vers 2021.

 

« L’évolution de l’égalité entre les femmes et les hommes nécessite une nouvelle impulsion », avance le document dévoilé jeudi par la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault.

 

« Lors des travaux de consultation, plusieurs organismes gouvernementaux ont évoqué un “plafonnement” dans la progression de l’égalité. »

 

Cette stagnation est particulièrement marquée dans le monde du travail, où les femmes se concentrent dans les domaines qui leur étaient traditionnellement dévolus, comme les soins, le travail de bureau ou la vente (56,1 % des femmes y travaillent). Une proportion qui a à peine baissé depuis 30 ans (59,2 % en 1987).

 

Du côté des programmes professionnels, on constate en outre que les jeunes femmes demeurent plus attirées par la santé et les soins esthétiques et que les jeunes garçons se destinent plus au travail en bâtiment, à l’entretien d’équipement motorisé, à l’électronique et à la métallurgie.

 

À cela s’ajoutent des écarts de salaire qui oscillent autour de 20 %, soit un revenu médian de 34 932 $ pour les femmes et de 44 388 $ pour les hommes.

 

Au-delà du choix du métier, « les stéréotypes sexuels et l’iniquité dans la répartition des tâches familiales ou domestiques sont, à titre d’exemple, tout autant de facteurs pouvant expliquer que les revenus des femmes demeurent moindres que ceux des hommes », écrit-on dans le document.

 

Interrogée à ce propos, la ministre Thériault explique que « même quand on fait des avancées, les acquis demeurent fragiles ». À titre d’exemple, la proportion de femmes élues à l’Assemblée nationale a diminué au cours des dernières années, note-t-elle.

 

Autre exemple : les femmes dans le monde des affaires, dit-elle. La proportion de femmes entrepreneures est passée de 20 à 39 % depuis 1986, mais les hommes sont encore deux fois plus nombreux que les femmes à être propriétaires.

 

Or les sondages révèlent que la population n’est pas très consciente de ces écarts. « Plusieurs personnes croient que l’égalité de fait est acquise au Québec et que ce n’est pas un sujet de discussion », déplore la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Louise Cordeau. « Mais quand on regarde les chiffres, on constate qu’il y a encore beaucoup de travail. »

 

Des fonds jugés insuffisants

 

Afin de renverser la vapeur, le gouvernement s’engage à injecter 80 millions dans la « Stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes — vers 2021 ».

 

Une somme jugée insuffisante par le Parti québécois, Québec solidaire, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) et le Réseau des tables régionales de groupes de femmes.

 

Tous soulignent que l’enveloppe ne contient que 32 millions en argent frais par rapport à ce que contenait le dernier budget et que, de toute façon, le travail à abattre nécessiterait davantage.

 

Les pistes d’action ratissent large. On officialise les cours d’éducation dès la maternelle, on veut financer des stages pour les femmes dans des milieux non traditionnels comme la construction, sensibiliser les femmes immigrantes à leurs droits, offrir des formations sur les règles d’appels d’offres aux femmes entrepreneures, etc.

 

Mais les deux priorités de la ministre sont la création d’un Indice de l’égalité qui permettra de mesurer les progrès réalisés et ceux qui restent à faire et l’adoption d’une loi-cadre sur l’égalité.

 

Mme Thériault a en outre mis en place des mécanismes avec le monde municipal pour que les femmes soient plus nombreuses à participer aux élections municipales de l’automne prochain. À l’heure actuelle, moins d’une municipalité sur cinq est dirigée par une femme au Québec.

 

Enfin, la ministre a beaucoup insisté jeudi sur la participation des hommes aux initiatives visant à atteindre l’égalité. Un discours qui a suscité des inquiétudes au sein du Réseau des tables régionales de groupes de femmes. « L’accent était beaucoup mis là-dessus en dépit de l’expertise des groupes de femmes », observe leur porte-parole, Marie-Andrée Gauthier. « Juste avoir des projets pour que les hommes soient nos alliés, ça peut avoir ses limites. » Priée de réagir, la ministre Thériault a dissipé ces craintes. « Mme Thériault croit que l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut être atteinte si les hommes ne sont pas aux côtés des femmes », a communiqué son attachée de presse jeudi en fin de journée. « Toutefois, cela n’enlève aucune crédibilité aux groupes de femmes. Ces derniers ont fait beaucoup pour l’avancement des femmes et continueront à en faire. Il n’est donc pas question d’enlever à l’un pour en donner à l’autre. »

  • Jean-Pierre Gagnon - Inscrit 30 juin 2017 08 h 20

    Un pourcentage douteux...

    Dans son article, la journaliste affirme que l'écart salarial entre les hommes et les femmes serait de 20%. L'Institut de la statistique du Québec parle plutôt d'un écart de 11,5% et précise, entre autres, qu'il faut tenir compte du nombre d'heures travaillées, des années d'expérience etc,ce qui expliquerait en partie cet écart. Il faut faire très attention lorsqu'on utilise des statistiques et, en ce sens, la crédibilité de l'Institut de la statistique du Québec est irréprochable...

    • Luc Bertrand - Abonné 30 juin 2017 20 h 11

      C'est évident que Lise Thériault utilise les chiffres qui font son affaire, le gouvernement Couillard étant déjà en mode préélectoral, bien avant la fin de la session parlementaire. En plus de chercher à se présenter comme les "champions" sur la question constitutionnelle, les libéraux chercheront sûrement à se faire passer pour les plus "progressistes" en matière d'égalité des sexes! Dans les deux cas, tout n'est que poudre aux yeux. Mais, pour le PLQ, tous les moyens seront bons pour tenter de faire oublier les années d'austérité et les scandales qui ont éclaboussé les ministres et autres élu(e)s libéraux depuis 2014.

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Chantale Desjardins - Abonnée 30 juin 2017 09 h 15

    On devrait parler de complémentarité hommes-femmes

    Si on parlait de complémentarité homme et femme au lieu de l'égalité...
    Vouloir être égal à l'homme est une notion fausse. Chacun a des fonctions différentes et l'harmonie serait parfaite. Un garçon ne réagit pas de la même manière qu'une fille. Il est en est de même pour un homme et une femme. Arrêtons ce discours qui vise la lutte entre les hommes et les femmes. Mais pour discuter de ce sujet, il faut avoir des notions et discuter des vraies affaires. La ministre Thériault entourée de deux femmes, il manque des hommes dans le portrait. Quand aurons-nous une vraie discussion entre des hommes et des femmes sur la place publique?

    • Jean Richard - Abonné 30 juin 2017 12 h 15

      Le féminisme, c'est un peu comme le syndicalisme. À l'époque où les travailleurs étaient traités comme des esclaves et où la différence de rémunération entre les patrons, les sous-patrons et les travailleurs était démesurée, le syndicalisme a contribué à améliorer le sort de milliers de gens. Quelques dizaines d'années plus tard, trop de centrales syndicales ont mis leurs politiques sociales en arrière-plan pour sombrer peu à peu dans le corporatisme. Elles sont devenues des entreprises dont les syndiqués sont les clients.

      Le féminisme a aussi connu une forme de dérive qui s'apparente au corporatisme. Il crée de fausses équations à l'intérieur desquelles il évacue les éléments qui pourraient changer les calculs s'ils étaient faits correctement. Si on veut que 5+3+7+5=10, il suffit d'enlever soit les deux 5, soit le 7 et le 3. Car on a décidé d'avance que la réponse devait donner 10.

      De leur naissance jusqu'à leur mort, les garçons et les filles affichent des différences qu'il faut être aveugle pour ne pas voir. Dans le monde animal, ces différences entre les deux sexes ne sont pas réservées qu'à l'humain. Chez les moustiques, seule la femelle pique. Dans un poulailler, le coq chante et la poule pond. Dans les pâturages, le taureau est plus gros et plus fort que la vache et désolé, mais du fromage de taureau, ça n'existe pas.

      Alors, fermer les yeux sur les différences au nom de l'égalité, d'une égalité par ailleurs très mal calculée, ça ne peut que mener à un débat boiteux.

      Et puisque ci-haut il est question de politique, il faudra voir comment QS naviguera dans le dossier du féminisme. Idéalement, il vaudrait mieux qu'on n'insiste pas trop si on n'a pas le courage de moderniser le mouvement.

    • Jean Richard - Abonné 30 juin 2017 12 h 41

      « La ministre Thériault entourée de deux femmes, il manque des hommes dans le portrait. »

      À mettre en parallèle avec le titre de l'article :

      « La lutte pour l’égalité hommes-femmes piétine au Québec »

      Je vous l'accorde madame Desjardins, un tel débat ne peut être mené que par des femmes. Le titre dit bien « égalité hommes-femmes » et non infériorité des uns ou des unes par rapport aux autres.

      En 2017, si on tient vraiment à ce que l'égalité entre les sexes fasse partie de nos valeurs identitaires, il faut que le débat soit mené avec une participation égalitaire (et non pas seulement par des femmes) et le débat risque d'être partial si on le lance avec des réponses qui précèdent les questions.

      Il est sans doute temps de remplacer le ministère de la Condition féminine par un ministère de l'Égalité entre les hommes et les femmes, et pour rester cohérent, s'assurer que le poste de ministre soit détenu en alternance par des femmes et des... hommes. Idem au Québec où le Conseil du statut de la femme devrait être remplacé par un Conseil de l'Égalité entre les sexes, au sein duquel il y aurait un nombre comparable d'hommes et de femmes.

      N'existe-t-il pas en France un Secrétariat d'État à l'Égalité entre les femmes et les hommes ?

  • Jean Richard - Abonné 30 juin 2017 11 h 36

    Les mathématiques féministes

    Peu de gens remettront en question la raison d'être du mouvement féministe dans l'histoire du Québec, mais de plus en plus de gens vont commencer à penser qu'en 2017, il est l'heure d'une remise en question profonde car les revendications échappent de plus en plus à la rigueur des mathématiques. Ainsi, des revendications fondées sur un seul nombre inscrit au bas d'un chèque de paie hebdomadaire ne font pas, pas du tout sérieux. On pourrait dans ce cas démontrer que dans bien des domaines, en commençant par la fonction publique, les femmes finissent par gagner plus cher.

    Un exemple. Le grand rêve de bien des politiciens et politiciennes, c'est de sabrer dans les régimes de pension. Imaginez maintenant un politicien qui propose d'ajuster les cotisations à un régime à la durée potentielle statistique de la période où des rentes seront versées. Ça mènerait à deux scénarios : ou bien l'âge de la retraite serait retardé pour les femmes, ou bien leurs cotisations seraient augmentées. C'est qu'elles vivent en moyenne quatre années de plus. Une telle proposition serait suicidaire car les hurlements fuseraient vite de toutes parts.

    Autre exemple : les primes d'assurance auto des garçons sont nettement plus élevées que celles des filles. Il semble qu'aucune féministe n'ait songé à dénoncer cette pratique commerciale discriminatoire.

    Pour certaines féministes qui ont oublié d'évoluer, les calculs ressemblent à ceci : 5+5=10, c'est l'égalité. 5+5=9, ce n'est pas l'égalité et encore moins 5+5=8. Par contre, 5+5=11 ou 5+5=12, c'est encore l'égalité. Autrement dit, si la femme a un peu moins, on hurle, si elle a autant, on se dit c'est le minimum du minimum. Si elle a plus, c'est encore mieux et si elle a beaucoup plus, c'est l'égalité renforcée.

    Enfin, sujet d'actualité : les garçons mis en échec par un école trop féminine, c'est simplement la conséquence du fait que les enseignantes des écoles sont mal rémunérées, dixit les féministes sans mise à jour de leur idéolo

  • Roxane Bertrand - Abonnée 30 juin 2017 14 h 30

    Egalité

    Au lieu de forcer l'arrivée de femmes dans des milieux d'hommes, on pourrait favoriser l'arrivée d'hommes dans des métiers traditionnellement féminins. Cela pourrait changer les conditions de travail dans ses milieux et augmenter leur rémunération.

    Pour une égalité salariale, il faut viser une égalité culturelle!

  • Marc Therrien - Abonné 30 juin 2017 19 h 12

    Moins bien payées, mais vivant plus longtemps


    Pour être plus précis, le titre de l’article aurait dû être : « La lutte pour l’égalité salariale entre les hommes et les femmes piétine au Québec ». Et il faut aussi faire attention aux indicateurs de toute sorte.

    Les femmes sont moins bien payées que les hommes, mais elles peuvent encore espérer vivre plus longtemps qu’eux. J’imagine alors qu’on évitera sagement de conclure qu’il faudrait diminuer le salaire moyen des hommes pour augmenter leur espérance de vie moyenne.

    La lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes pour l’espérance de vie est encore à faire.

    Marc Therrien