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    La lutte pour l’égalité hommes-femmes piétine au Québec

    30 juin 2017 |Isabelle Porter | Québec
    La ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, accompagnée de ses collègues Kathleen Weil et Rita de Santis, a présenté jeudi la stratégie gouvernementale visant à relancer la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La ministre de la Condition féminine, Lise Thériault, accompagnée de ses collègues Kathleen Weil et Rita de Santis, a présenté jeudi la stratégie gouvernementale visant à relancer la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes.

    Malgré les avancées des dernières décennies, les femmes continuent d’être moins payées que les hommes au Québec et peinent à percer dans les secteurs traditionnellement attribués au genre masculin, constate le gouvernement dans sa nouvelle stratégie pour l’égalité vers 2021.

     

    « L’évolution de l’égalité entre les femmes et les hommes nécessite une nouvelle impulsion », avance le document dévoilé jeudi par la ministre de la Condition féminine, Lise Thériault.

     

    « Lors des travaux de consultation, plusieurs organismes gouvernementaux ont évoqué un “plafonnement” dans la progression de l’égalité. »

     

    Cette stagnation est particulièrement marquée dans le monde du travail, où les femmes se concentrent dans les domaines qui leur étaient traditionnellement dévolus, comme les soins, le travail de bureau ou la vente (56,1 % des femmes y travaillent). Une proportion qui a à peine baissé depuis 30 ans (59,2 % en 1987).

     

    Du côté des programmes professionnels, on constate en outre que les jeunes femmes demeurent plus attirées par la santé et les soins esthétiques et que les jeunes garçons se destinent plus au travail en bâtiment, à l’entretien d’équipement motorisé, à l’électronique et à la métallurgie.

     

    À cela s’ajoutent des écarts de salaire qui oscillent autour de 20 %, soit un revenu médian de 34 932 $ pour les femmes et de 44 388 $ pour les hommes.

     

    Au-delà du choix du métier, « les stéréotypes sexuels et l’iniquité dans la répartition des tâches familiales ou domestiques sont, à titre d’exemple, tout autant de facteurs pouvant expliquer que les revenus des femmes demeurent moindres que ceux des hommes », écrit-on dans le document.

     

    Interrogée à ce propos, la ministre Thériault explique que « même quand on fait des avancées, les acquis demeurent fragiles ». À titre d’exemple, la proportion de femmes élues à l’Assemblée nationale a diminué au cours des dernières années, note-t-elle.

     

    Autre exemple : les femmes dans le monde des affaires, dit-elle. La proportion de femmes entrepreneures est passée de 20 à 39 % depuis 1986, mais les hommes sont encore deux fois plus nombreux que les femmes à être propriétaires.

     

    Or les sondages révèlent que la population n’est pas très consciente de ces écarts. « Plusieurs personnes croient que l’égalité de fait est acquise au Québec et que ce n’est pas un sujet de discussion », déplore la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme (CSF), Louise Cordeau. « Mais quand on regarde les chiffres, on constate qu’il y a encore beaucoup de travail. »

     

    Des fonds jugés insuffisants

     

    Afin de renverser la vapeur, le gouvernement s’engage à injecter 80 millions dans la « Stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes — vers 2021 ».

     

    Une somme jugée insuffisante par le Parti québécois, Québec solidaire, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) et le Réseau des tables régionales de groupes de femmes.

     

    Tous soulignent que l’enveloppe ne contient que 32 millions en argent frais par rapport à ce que contenait le dernier budget et que, de toute façon, le travail à abattre nécessiterait davantage.

     

    Les pistes d’action ratissent large. On officialise les cours d’éducation dès la maternelle, on veut financer des stages pour les femmes dans des milieux non traditionnels comme la construction, sensibiliser les femmes immigrantes à leurs droits, offrir des formations sur les règles d’appels d’offres aux femmes entrepreneures, etc.

     

    Mais les deux priorités de la ministre sont la création d’un Indice de l’égalité qui permettra de mesurer les progrès réalisés et ceux qui restent à faire et l’adoption d’une loi-cadre sur l’égalité.

     

    Mme Thériault a en outre mis en place des mécanismes avec le monde municipal pour que les femmes soient plus nombreuses à participer aux élections municipales de l’automne prochain. À l’heure actuelle, moins d’une municipalité sur cinq est dirigée par une femme au Québec.

     

    Enfin, la ministre a beaucoup insisté jeudi sur la participation des hommes aux initiatives visant à atteindre l’égalité. Un discours qui a suscité des inquiétudes au sein du Réseau des tables régionales de groupes de femmes. « L’accent était beaucoup mis là-dessus en dépit de l’expertise des groupes de femmes », observe leur porte-parole, Marie-Andrée Gauthier. « Juste avoir des projets pour que les hommes soient nos alliés, ça peut avoir ses limites. » Priée de réagir, la ministre Thériault a dissipé ces craintes. « Mme Thériault croit que l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut être atteinte si les hommes ne sont pas aux côtés des femmes », a communiqué son attachée de presse jeudi en fin de journée. « Toutefois, cela n’enlève aucune crédibilité aux groupes de femmes. Ces derniers ont fait beaucoup pour l’avancement des femmes et continueront à en faire. Il n’est donc pas question d’enlever à l’un pour en donner à l’autre. »













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