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    Une sollicitude suspecte

    Michel David
    15 juin 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Jean-Marc Fournier, a beau s’extasier devant la nouvelle francophilie qu’il a découverte au Canada anglais, il ne peut pas nier que la communauté anglophone du Québec bénéficie d’avantages sans commune mesure avec ceux des communautés francophones hors Québec.

     

    Les Anglo-Québécois n’aiment pas se faire dire qu’ils constituent la minorité la mieux entretenue du monde. Personne ne conteste leurs droits et leur rôle dans la construction du Québec, mais il reste que le réseau d’institutions dont ils disposent n’a pas d’équivalent ailleurs.

     

    Leur situation est cependant bien différente selon qu’ils vivent à Montréal, en Gaspésie ou en Abitibi. Même en région éloignée, l’anglais est certainement une réalité bien plus vivante que le français peut l’être au Yukon ou dans le nord de la Saskatchewan, mais leur isolement n’en est pas moins réel.

     

    Malgré les représentations de l’ancien commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, cela n’avait pas semblé émouvoir le gouvernement Couillard. M. Fraser était ressorti déçu de la rencontre qu’il avait eue au début de 2015 avec les deux ministres anglophones de son cabinet, Kathleen Weil et Geoff Kelley, de même qu’avec l’adjoint parlementaire du premier ministre, David Birbaum, lesquels n’avaient manifestement pas le mandat de promettre quoi que ce soit.

     

    Le gouvernement semble toutefois avoir vu la lumière. Dans une lettre envoyée en janvier dernier à la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, dont l’agence QMI a obtenu copie, M. Fournier s’inquiétait du sort des anglophones des régions. « Leur éparpillement géographique, leur faible poids démographique et le vieillissement de la population posent avec acuité l’enjeu de leur vitalité », écrivait-il. Bref, la même situation que les francophones hors Québec doivent vivre depuis des décennies.


     

    Cette fois-ci, le gouvernement est passé de la parole aux actes en nommant un responsable de la coordination gouvernementale dans les dossiers qui concernent les anglophones du Québec. Le cabinet du premier ministre a également embauché un conseiller qui verra à ce que les préoccupations des anglophones soient « reflétées de la meilleure façon possible dans les décisions et orientations gouvernementales ».

     

    Cette soudaine sollicitude paraît un peu suspecte. Pendant des années, les Anglo-Québécois étaient les premiers à reprocher aux libéraux de les tenir pour acquis, sachant très bien que leur peur de l’indépendance commandait une fidélité à toute épreuve.

     

    En février 2014, Graham Fraser avait constaté que l’élection du gouvernement Marois, qui avait entrepris de resserrer la loi 101, avait exacerbé le sentiment d’insécurité au sein de la communauté anglophone. À l’époque, un sondage Ekos indiquait que la moitié des anglophones avaient « pensé sérieusement » à quitter le Québec au cours de l’année précédente.

     

    Ils ont certainement poussé un soupir de soulagement quand le PLQ a repris le pouvoir, mais l’arrivée de Pierre Karl Péladeau à la tête du PQ maintenait malgré tout l’indépendance à l’ordre du jour. Son départ et la décision prise par son successeur de reporter la tenue d’un référendum à un hypothétique deuxième mandat ont changé le climat du tout au tout. L’indépendance est à son plus bas dans les sondages, la famille souverainiste se déchire et plusieurs s’interrogent sur l’existence même du PQ.

     

    Dans ces conditions, pourquoi les Anglo-Québécois demeureraient-ils les otages du PLQ ? La CAQ a fait une profession de foi fédéraliste et François Legault leur a ouvertement tendu la main. Québec solidaire courtise également les éléments plus progressistes, et les délégués au récent congrès leur ont clairement envoyé le message qu’ils se méfiaient du PQ autant qu’eux.


     

    Cette nouvelle préoccupation du gouvernement pour le sort des communautés anglophones est non seulement suspecte, elle contraste aussi fortement avec la sérénité, pour ne pas dire l’insouciance, qu’il manifeste quand il est question du français. « Ça va bien, le français, au Québec et au Canada. Les gens sont en sécurité. Ils se sentent confiants », a lancé le premier ministre mercredi à l’Assemblée nationale. À l’entendre, ceux qui s’inquiètent ne sont que des alarmistes ou des agitateurs.

     

    Ce n’est sans doute pas un hasard si Jean-François Lisée a fait coïncider la présentation d’un nouveau projet de loi visant à renforcer le droit de travailler en français avec le regain d’intérêt du gouvernement pour le sort des communautés anglophones, mais la progression de l’anglais dans les milieux de travail, en particulier dans les secteurs de haute technologie, est une réalité indéniable.

     

    Il était pour le moins troublant d’entendre un premier ministre du Québec qualifier de « béquille » ou de « chiffon » un projet de loi visant à tempérer l’enthousiasme souvent débridé des employeurs pour la langue de Shakespeare sans même l’avoir examiné. Il est vrai qu’on ne sait jamais sur qui on risque de tomber sur le plancher d’une usine !













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