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    Renégociation de l’ALENA

    La culture en danger

    Brian Myles
    27 mai 2017 |Brian Myles | Québec | Éditoriaux

    L’exception culturelle survivra-t-elle à la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ? La question se pose avec la montée en puissance des géants de la Silicon Valley, auxquels aucun gouvernement nord-américain ne semble tenir tête.


    La culture est dans l’angle mort du débat sur la renégociation de l’ALENA. Les producteurs laitiers et l’industrie du bois d’oeuvre, parmi les premiers alertés par les intentions hostiles du président américain, Donald Trump, ont réussi à se mobiliser et à faire entendre leur voix.

     

    Et l’industrie culturelle ? Elle reste désorganisée, isolée, et à court d’un porte-étendard capable de rallier les factions. Il faut dire que l’industrie du cinéma n’a pas les mêmes préoccupations que celle du livre, qui diffère à son tour des télédiffuseurs et ainsi de suite. Le vaste monde culturel reste la somme de ses divisions tant les intérêts et les enjeux y sont variés. L’industrie culturelle est une expression qui se conjugue à la singularité du pluriel.

     

    La présidente et chef de la direction de la SODEC, Monique Simard, a déploré dans nos pages l’absence de réflexe des gens de la culture à défendre un secteur qui génère environ 4 % du PIB au Québec. « C’est énorme. D’autres milieux, qui ont parfois moins de poids économique, ont des réflexes aiguisés pour réagir aux menaces. Il est temps que la culture se réveille et fasse savoir ses inquiétudes », disait-elle.

     

    Le fil conducteur qui permettrait de fédérer les industries culturelles, et de rallier le public à leur cause, est bien simple. Il s’agit d’un enjeu vital pour la survivance de la langue et de la culture françaises au Québec. Si le Canada et le Québec acceptent d’ouvrir leurs marchés sans restriction aux Apple et Netflix de ce monde, nous deviendrons avant la fin de ce siècle une culture traduite de l’américain. Même les créateurs anglophones, québécois ou canadiens, souffriront de l’étiolement de la clause d’exception culturelle.

     

    La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, fonde beaucoup d’espoir sur la capacité des créateurs d’exporter leurs contenus. Cette avenue ne sera accessible qu’à une minorité d’oeuvres ou de contenus aux qualités universelles. Ce raisonnement néglige en outre les propriétés fondamentales des contenus locaux et nationaux : ils servent d’abord de miroir nous renvoyant l’image de ce que nous sommes, de ce que nous devenons à l’intérieur de ce mariage fusionnel entre langue et culture.

     

    Il ne s’agit pas de freiner l’innovation, pas plus que de pester comme un vil réactionnaire contre l’inévitable dématérialisation des produits culturels, mais de préserver la diversité des voix et des expressions culturelles.

     

    À Québec et à Ottawa, on semble privilégier une approche timorée quant à la préservation de la clause d’exception culturelle dans l’ALENA. Un peu comme si le fait d’en mentionner l’importance allait donner des munitions aux négociateurs américains pour arracher des concessions.

     

    Il s’agit d’une forme de déresponsabilisation des décideurs publics dont les effets sont connus. Dans les négociations entourant le défunt Partenariat transpacifique, ou le traité de libre-échange Canada-Union européenne, le Canada a délaissé son approche habituelle visant à exclure la culture des discussions, faisait remarquer Véronique Guèvremont, titulaire de la chaire UNESCO sur la diversité des expressions culturelles, à l’Université Laval.

     

    Par conséquent, ces négociations ont mené à une dilution de la portée de l’exception culturelle. Le droit des États d’intervenir en culture, qui constitue le fondement de la Convention de l’UNESCO de 2005, subit les attaques des géants du numérique dans l’indifférence de nos gouvernements. Il est temps pour eux de réaffirmer que la culture ne saurait faire l’objet d’un marchandage. L’exception culturelle doit survivre.













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