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    Idées – Le fiasco des solidaires

    Le véritable écueil: la Constituante sur la seule indépendance

    27 mai 2017 | Daniel Raunet - Journaliste à la retraite; ex-président du Syndicat des communications de Radio-Canada et membre de Québec solidaire | Québec
    Les porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Le programme officiel de QS prévoit la création d’une Assemblée constituante élue au suffrage universel sans mandat préétabli quant à l’avenir national du Québec.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois. Le programme officiel de QS prévoit la création d’une Assemblée constituante élue au suffrage universel sans mandat préétabli quant à l’avenir national du Québec.

    Comment convaincre les 15 % ou 20 % de Québécois qui manquent régulièrement à l’appel pour réaliser l’indépendance ? La crise actuelle du camp souverainiste cache deux réponses fondamentalement différentes à cette question. Avant de l’aborder, ma formation de journaliste astreint à l’acceptation des faits m’oblige à reconnaître que mon parti, Québec solidaire, a agi dans cette histoire de façon parfaitement bureaucratique et opaque. La prétention de QS de faire de la politique autrement vient de prendre un sacré coup de vieux avec le reniement de la signature de ses négociateurs au bas de la feuille de route des OUI Québec vers l’indépendance. Andrés Fontecilla et Monique Moisan étaient-ils mandatés pour parapher ce document ? Y avait-il d’autres personnes au sein du Comité de coordination national de QS au courant de ce qui se préparait ? Après des semaines d’omertà, les membres du parti et les congressistes comme moi n’ont pas eu l’honneur d’une explication limpide. Autant pour nos envolées antisystème.

     

    Cela dit, au-delà des nécessaires éclaircissements sur qui a fait quoi, quand et pourquoi, il me semble que la raison fondamentale de la crise entre les OUI Québec et la direction de QS s’est perdue dans la tempête. Il s’agit du fait que l’élément central de la feuille de route endossée par tous les autres partis souverainistes est en contradiction flagrante avec le programme officiel de Québec solidaire. Ce programme prévoit la création d’une Assemblée constituante élue au suffrage universel sans mandat préétabli quant à l’avenir national du Québec. Une Constituante « ouverte » où fédéralistes et autonomistes sont les bienvenus. Les autres partis membres des OUI Québec se sont ralliés à une autre formule, celle d’Option nationale, une Constituante à mandat « fermé », soit la rédaction de la Constitution d’un Québec indépendant. Dans cette optique, les fédéralistes sont théoriquement les bienvenus, mais qu’iraient-ils faire dans une Assemblée constituante qui planche sur un projet qu’ils rejettent ?

     

    Comment rallier les non convaincus

     

    Comment rallier les non convaincus ? Là est le noeud du problème auquel font face tous les indépendantistes. Qui sont ces réfractaires ? La majorité des anglophones, mais aussi des francophones d’un peu partout, de Québec, de la Beauce, de l’Outaouais. Et surtout des citoyens issus de l’immigration, les communautés culturelles.

     

    La stratégie classique du Parti québécois, d’Option nationale et du Bloc québécois demeure la même depuis l’éclosion du mouvement souverainiste. Les non convaincus n’ont pas compris, nous allons leur marteler la vérité et ils verront la lumière. Puis, après quelques semaines d’une campagne référendaire, nous leur demanderons de voter sur un projet rédigé par le clan souverainiste, gouvernement ou Assemblée constituante fermée. Ils n’auront qu’à voter oui ou non à notre merveilleux projet.

     

    Malheureusement, ils ont voté non en 1980 et en 1995 et, si les sondages disent vrai, ils revoteraient non aujourd’hui. Pour une très simple raison : les adversaires de l’indépendance n’ont aucune obligation de s’impliquer dans le débat de fond. Ils n’ont qu’à dénigrer le projet souverainiste, voire mener une campagne de peur et appeler l’électorat à voter non. La pire des stratégies, de leur point de vue, serait de dire ce qu’eux proposent pour résoudre la question nationale du Québec.

     

    Or, dès qu’on gratte un peu, on découvre que le camp fédéraliste est profondément divisé sur cette question. Il y a les trudeauistes classiques qui estiment qu’il n’y a qu’une seule nation qui compte, la canadienne, et que le Québec devrait signer la Constitution de 1982 telle quelle. Il y a aussi les nationalistes québécois fédéralistes, qui n’ont au contraire jamais digéré l’abandon de la théorie des deux nations et qui contestent l’ordre constitutionnel actuel. Il y a là certains libéraux nostalgiques du rapport Allaire, et bien sûr les autonomistes de la Coalition avenir Québec, qui a sa liste de magasinage de pouvoirs à Ottawa : autorité québécoise sur la langue, la culture et l’immigration, points d’impôt et limites à la capacité fiscale du fédéral, contrôle accru sur la nomination des juges à la Cour suprême, droit de veto des provinces, réforme du Sénat, etc. Et puis il y a les hypocrites et les discrets, les Couillard de ce monde, ceux qui disent perpétuellement que le fruit n’est pas mûr. Comme le ministre de la Santé Gaétan Barrette, ces discrets protestent de temps en temps contre les irruptions d’Ottawa dans les plates-bandes provinciales, mais pour l’essentiel ils se taisent.

     

    Une seule stratégie

     

    La Constituante « ouverte » version QS est, à mon avis, la seule stratégie actuellement disponible qui permette de briser l’unité de façade du camp fédéraliste. Supposons un instant qu’un gouvernement indépendantiste crée une Assemblée constituante dont le mandat, basé sur la souveraineté du peuple québécois, consiste à définir le futur statut national du Québec sans préjuger de la réponse. Les fédéralistes habitués à dire non auront le choix entre la participation au processus ou son boycottage. Quoi que décident les trudeauistes purs et durs, le débat, qui durera de longs mois, sera véritablement national et chacun sera obligé d’aller au fond de sa pensée. La population pourra enfin juger sur pièces. Le Canada anglais réagira et on verra, j’en suis sûr, que le chambardement du système canadien prôné par les autonomistes n’intéresse pratiquement personne de l’autre côté de la rivière. Bien mieux qu’avec l’approche référendaire classique, les indépendantistes pourront faire valoir qu’en dehors de la soumission à la Constitution canadienne et la négation de soi, il n’existe qu’une seule issue, l’indépendance.

     

    Ce débat, on le voit, est étroitement mêlé à celui sur la fusion éventuelle entre QS et Option nationale. La feuille de route des OUI Québec tend à régler la question sans débat. C’est pour cela à mon avis que la direction nationale de QS a désavoué ses négociateurs. Par-delà l’amertume légitime des autres partenaires, il faut que les indépendantistes redescendent au ras des pâquerettes et oublient leurs querelles, quasi théologiques pour le commun des mortels. Comment convaincre les non convaincus ? That is the question.













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