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    Québec solidaire dans la tourmente

    Le «Politburo» se moque du mouvement indépendantiste, dénonce Jean-François Lisée

    27 mai 2017 | Isabelle Porter à Québec | Québec
    Véronique Hivon et Jean-François Lisée ont dénoncé les agissements du «Politburo» de Québec solidaire.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Véronique Hivon et Jean-François Lisée ont dénoncé les agissements du «Politburo» de Québec solidaire.

    À trois jours de l’élection partielle dans Gouin, Québec solidaire est plongé dans la tourmente causée par son rejet de l’entente des OUI Québec et les problèmes internes que cela a déterrés.

     

    « Quand on a des problèmes internes, on n’a pas le goût de les étaler sur la place publique », a confié vendredi au Devoir l’un des membres du comité de coordination national (CCN) de Québec solidaire, André Frappier. Or, dit-il, « tout le monde a de la misère à comprendre pourquoi Andrés Fontecilla [le négociateur de QS] a signé l’entente ».

     

    En matinée, le chef du PQ, Jean-François Lisée, avait comparé le CCN de QS au « Politburo » qui contrôlait tout au sein du parti communiste soviétique.

     

    Le chef péquiste accuse ce comité d’avoir saboté l’entente signée par le président du parti Andrés Fontecilla et la militante Monique Moisan avec les autres partis souverainistes du groupe OUI Québec.

     

    « Au Politburo, il y avait des gens de mauvaise foi, qui avaient un pouvoir prépondérant et qui ont roulé dans la farine les co-porte-parole, les militants de Québec solidaire, les membres de Québec solidaire, tout le mouvement indépendantiste. »

     

    Visiblement très en colère, Véronique Hivon leur a reproché d’avoir « torpillé » une « entente sans précédent pour le mouvement indépendantiste au Québec ».

     

    M. Frappier, l’un des membres influents de ce comité, réfute ces accusations. « Notre mandat, c’est d’appliquer les décisions qui sont prises par les membres en congrès ou en conseil national », dit-il. Le comité a néanmoins décidé de ne pas soumettre l’entente signée avec les OUI Québec à ces mêmes membres lors du Congrès. Selon M. Frappier, cela aurait été prématuré. « On voulait arriver à proposer quelque chose aux membres au moment où on aurait senti que c’était acceptable. »

     

    Cet ancien syndicaliste est lui-même un opposant notoire à un rapprochement avec le Parti québécois. À la veille du Congrès, il avait d’ailleurs signé une lettre vitriolique dans Le Devoir contre le PQ. Quand on le lui fait remarquer, il rétorque que « ça, c’est [lui] », mais « qu’il y en d’autres qui ont appuyé la convergence et les échanges de comtés avec le PQ ». « On n’est pas un comité de coordination monolithique. »

     

    À ses yeux, M. Fontecilla n’aurait tout simplement pas dû signer. Quant à Mme Moisan, il avance qu’on l’a moins blâmée parce qu’elle n’avait pas assisté aux réunions du Comité de coordination et n’était pas aussi au fait du dossier que M. Fontecilla. « On était très loin d’une entente », dit-il. « On ne voulait pas se mettre à faire un blitz à un mois du congrès. » QS s’opposait notamment à l’idée du PQ que les membres d’une Assemblée constituante soient nommés par l’Assemblée nationale. « Nous, on veut que ce soit une assemblée élue en totalité par la population. »

     

    Joint en fin de journée par Le Devoir, M. Fontecilla a concédé que l’entente prévoyait que les membres de la constituante soient en partie élus et en partie nommés. Mais à ses yeux, cela était déjà un gain important. Refusant de critiquer ouvertement le comité, il a fini par concéder qu’une différence « d’interprétation » les séparait.

     

    Si lui voyait dans l’entente un verre à moitié plein, le comité y voyait plutôt un verre à moitié vide, a-t-il concédé lorsqu’on lui a suggéré cette comparaison. « Je pensais qu’il y avait moyen d’améliorer cette entente et mon comité de coordination nationale considérait plutôt qu’il n’y avait pas de place à l’amélioration, a-t-il résumé. On pensait que si on nous envoyait négocier, c’était pour arriver à une entente. »

     

    Il rejette en outre « les accusations gratuites » de Jean-François Lisée. « Il a un intérêt politique à s’essuyer les pieds sur notre dos », dit-il.

     

    Des militants mécontents

     

    Par ailleurs, les péquistes ne sont pas les seuls à être en colère contre le comité de coordination. « J’ai beaucoup de mal à comprendre que le CCN de Québec solidaire nous ait caché cette entente avant le vote sur les alliances », a dénoncé le militant et ex-candidat au poste de porte-parole masculin Jean-François Lessard.

     

    « Il est difficile de ne pas voir, dans les agissements de l’exécutif et du CCN, un sabotage de la meilleure chance de faire l’indépendance qui se soit présentée […] depuis 1995. »

     

    En entrevue, Manon Massé a défendu le comité en affirmant qu’il avait présenté un rapport sur les échanges avec les OUI Québec lors du Congrès.

     

    Or ce rapport a été présenté longtemps après le vote sur les alliances, et ce, lors d’un huis clos médiatique. De plus, selon nos sources, il aurait été soumis en vitesse alors que beaucoup de membres étaient déjà partis. M. Frappier a expliqué que le comité ne voulait pas trop exposer l’erreur de M. Fontecilla.

     

    Pendant ce temps, Jean-François Lisée et Véronique Hivon étaient sur toutes les tribunes vendredi pour inviter les militants solidaires à se rallier à eux. « Nous disons à ceux qui ont cru au Québec solidaire de Françoise David que ce Québec solidaire là, l’appareil n’existe pas. C’était un écran de fumée », a-t-il notamment déclaré.

     

    Questionnée sur les défections au sein du parti, Mme Massé a parlé « d’un maximum de trente membres » ayant quitté le parti ces derniers jours. En entrevue, la députée a réitéré qu’il s’agissait d’un imbroglio et qu’elle comprenait que les gens « soient déçus ».

     

    Elle a même tendu timidement la main au Parti québécois. « C’est une période où on va avoir à retisser des liens, apprendre à se faire confiance », a-t-elle dit en entrevue au Devoir. « Mais on a bien des dossiers pour le faire », a-t-elle dit avant d’ajouter que Québec solidaire allait « continuer à travailler avec tout le monde » pour « permettre au Québec d’avoir son indépendance ».













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