Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    OUI Québec

    «Refroidissement» au sein du mouvement souverainiste

    Québec solidaire a renié sa signature et ainsi brisé le lien de confiance avec les autres partis

    26 mai 2017 |Marco Bélair-Cirino | Québec
    La présidente des OUI Québec, Claudette Carbonneau, en conférence de presse jeudi après-midi
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La présidente des OUI Québec, Claudette Carbonneau, en conférence de presse jeudi après-midi

    Le mouvement indépendantiste québécois amorce une nouvelle « période de refroidissement », constate avec regret la présidente des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), Claudette Carbonneau.

     

    Québec solidaire a renié la signature de ses deux représentants à la Table de concertation des OUI Québec, Andrés Fontecilla et Monique Moisan, au bas de la « Proposition de travail sur une modalité commune d’accession à l’indépendance » : le point d’aboutissement de mois d’âpres négociations entre les quatre principaux partis politiques indépendantistes.

     

    « Manifestement, je ne serais pas ici seule si l’entente tenait », a-t-elle déclaré sur un ton navré à l’occasion d’une conférence de presse jeudi après-midi.

     

    L’ex-présidente de la CSN a ainsi dévoilé en catastrophe l’« entente historique » intervenue intervenue entre le Parti québécois, Québec solidaire, Option nationale et le Bloc québécois le 10 avril dernier. Celle-ci prévoyait notamment la mise sur pied, au lendemain de l’élection d’une majorité de députés indépendantistes, d’une Assemblée constituante chargée d’élaborer un projet de Constitution d’un Québec indépendant qui serait par la suite soumis par référendum à la population québécoise.

     

    « C’est une entente dont on demeure particulièrement fiers. […] C’est la première fois dans notre histoire que l’on va remettre dans les mains du peuple québécois le soin de s’exprimer et même de rédiger une Constitution qui répond à ses valeurs, à ses aspirations », a lancé Mme Carbonneau, visiblement contrariée de la tournure des événements depuis la fin du congrès de QS, lundi.

     

    Les représentants des quatre partis indépendantistes s’étaient engagés à soumettre la « Proposition de travail » à leurs délégués lors de leur congrès respectif en 2017 (PQ, QS, ON) et en 2018 (BQ). « On a bien expliqué qu’il s’agissait d’une entente de principe, il ne s’agit pas de déposséder les congrès et les délégués des formations politiques de leur pouvoir de se prononcer là-dessus », a expliqué Mme Carbonneau à la presse.

    C’est la première fois dans notre histoire que l’on va remettre dans les mains du peuple québécois le soin de s’exprimer et même de rédiger une Constitution qui répond à ses valeurs, à ses aspirations
    La présidente des OUI Québec, Claudette Carbonneau
     

    Désaveu

     

    Or, le comité de coordination de QS a désavoué 10 jours plus tard les signatures de M. Fontecilla et de Mme Moisan, demandant de laisser la proposition de travail « sur la table ». Du coup, l’entente n’a pas été soumise aux quelque 700 délégués solidaires réunis à l’UQAM le week-end dernier. Ne cédant pas à la panique, Mme Carbonneau a cru qu’elle serait présentée aux délégués au congrès de l’automne. Elle avait tort.

     

    En effet, M. Fontecilla a expliqué mercredi à Radio-Canada que « le comité trouvait qu’il y avait un écart entre la proposition des OUI Québec et ce qu’il fallait faire ».

     

    La sortie médiatique de l’ex-président et co-porte-parole de QS a laissé Mme Carbonneau abasourdie. Aujourd’hui, « on comprend qu’il y [avait] un problème d’envergure sur l’entente », a-t-elle indiqué jeudi. « [L’ex] porte-parole d’une organisation sent le besoin de dire à la presse qu’il a mal interprété son mandat et qu’il y a “des écarts”. Écoutez, c’est pas tous les jours qu’on voit ça », a fait remarquer l’ex-chef syndicale.

     

    La porte-parole féminine de QS, Manon Massé, a soutenu jeudi que « la délégation qui représentait QS aux OUI Québec a mal évalué la situation en signant de bonne foi la proposition de travail ». « En raison de certains écarts et parce que d’autres débats étaient prioritaires, nous reconnaissons qu’il y a eu un certain imbroglio dont nous devons assumer la responsabilité dans ce dossier », a-t-elle affirmé par voie de communiqué.

     

    La chargée de mission du PQ pour les relations avec la société civile, la participation citoyenne et la convergence, Véronique Hivon, ne se satisfait pas de cette version des faits. M. Fontecilla et Mme Moisan « avaient signé [l’entente de principe] le 10 avril, après [l’]avoir pourtant validé[e] auprès de leur instance de direction nationale, comme tous les autres partis », a souligné l’avocate dans un message sur sa page Facebook.

     

    Si d’aventure les délégués de QS convenaient d’entériner la « Proposition de travail » des OUI Québec, ils devraient préalablement prévoir dans leur programme que l’Assemblée constituante aurait le mandat de rédiger la Constitution d’un Québec indépendant. Plusieurs, y compris Manon Massé, ont exprimé de fortes réticences à contraindre l’Assemblée constituante — qui serait élue au suffrage universel, selon le programme de QS — à proposer à tout prix à la population de sortir le Québec de la fédération canadienne. Les anglophones et les personnes racisées participeraient-ils aux travaux de l’Assemblée constituante si ses conclusions étaient écrites d’avance ? s’interrogent-ils. Chose certaine, l’abandon de l’Assemblée constituante dite ouverte — à laquelle le porte-parole masculin Gabriel Nadeau-Dubois s’est dit favorable — faciliterait grandement la fusion entre QS et Option nationale. Une pierre, deux coups.

     

    Confiance ébranlée

     

    Pour l’heure, le lien de confiance entre QS et les autres membres de la Table de concertation des OUI Québec est rompu, note froidement la présidente des OUI Québec, Claudette Carbonneau. « Ce qui est grave, ce n’est pas la grosseur des différends, mais… ce qui est un ingrédient absolument essentiel, c’est de pouvoir compter sur le fait qu’on te donne l’heure juste, que chacune des parties a l’heure juste par rapport à la position de l’autre, et aussi que tout le monde est en réelle recherche de solution », a-t-elle fait valoir.

     

    À ses yeux, les partis politiques sont condamnés à s’entendre s’ils veulent assurer la concrétisation du projet de pays du Québec. « Malgré les soubresauts d’aujourd’hui, je suis absolument convaincue — et c’est le coeur même de la mission des OUI Québec — qu’il faudra un jour ou l’autre se rasseoir. On doit ça, je pense, au projet d’indépendance. Et, à ma connaissance, il n’existe aucun pays à travers le monde qui a réussi son indépendance sans s’assurer d’une vaste coalition de l’ensemble des indépendantistes », a-t-elle conclu.

     

    Le chef du PQ, Jean-François Lisée, et la députée de Joliette, Véronique Hivon, réagiront à l’échec de la Table de concertation des OUI Québec vendredi matin. « Je pourrai enfin m’exprimer, à titre de négociatrice du Parti québécois, à ce sujet. J’ai très hâte de pouvoir le faire », a mentionné Mme Hivon jeudi soir.

    L’entente de principe entre les forces souverainistes « Fondée sur le principe de souveraineté populaire », la démarche d’accession à l’indépendance du Québec préconisée par les OUI Québec comprend :

    l’adoption d’une loi fondamentale transitoire qui servira de cadre légal au Québec et qui balisera sa démarche vers l’indépendance ;

    la mise en place d’une Assemblée constituante chargée d’élaborer un projet de Constitution d’un Québec indépendant à la suite d’une vaste consultation publique ;

    une consultation référendaire qui permettra aux Québécoises et aux Québécois de se prononcer tant sur le statut politique du Québec que sur le projet de Constitution d’un Québec indépendant élaborée par l’Assemblée constituante.

    La composition de l’Assemblée constituante assurerait une représentation « équitable » de la société. Au moins 50 % des participants seraient des femmes. La représentativité des régions administratives, des groupes sociaux, de la diversité ainsi que de la minorité anglophone historique serait aussi garantie.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.