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    QS et la politique du pire

    Les délégués au congrès de Québec solidaire ont rejeté toute alliance électorale avec le Parti québécois. Les militants, qui pendant le débat sur la question dimanche après-midi ont été nombreux à dire tout le mal qu’ils pensaient du parti dirigé par Jean-François Lisée, ont préféré la pureté idéologique au pragmatisme politique.


    De façon paradoxale, les délégués ont élu Gabriel Nadeau-Dubois, un partisan d’une alliance stratégique avec le PQ, à titre de co-porte-parole du parti. Il faut dire que sur le plancher du congrès, le co-porte-parole, fraîchement élu dimanche matin, n’a pas dépensé d’énergie à défendre sa thèse. L’autre co-porte-parole, Manon Massé, élue par acclamation, a attendu de sentir le vent — la bourrasque, devons-nous dire en rétrospective — avant de se prononcer contre l’alliance que la majorité des solidaires considéraient comme impie.

     

    Il est vrai qu’une fois l’alliance rejetée les candidats de QS sur l’île de Montréal auront les coudées franches pour vouer aux gémonies leurs ennemis péquistes lors de la prochaine campagne électorale. Ils n’auront pas à ménager la chèvre et le chou ; QS pourra cibler sans vergogne les électeurs péquistes dont le bassin est le plus susceptible d’alimenter son électorat. Gabriel Nadeau-Dubois a beau affirmer que sa formation politique pourra attirer de nombreux libéraux déçus, la preuve reste à faire qu’un parti voué à l’indépendance du Québec pourra obtenir des résultats significatifs sur ce plan.

     

    Pour Jean-François Lisée, il s’agit de l’échec personnel d’un chef qui se targue d’afficher un exceptionnel raffinement stratégique. En point de presse mardi, au terme d’une réunion d’urgence de son caucus, le chef péquiste a admis que les électeurs ne savent plus « qui nous sommes » en parlant de son parti. Le PQ a un peu plus d’un an pour démontrer qu’il est un « gouvernement en attente », une solution « progressiste et pragmatique » au gouvernement libéral. Or cette entreprise de séduction de QS a poussé à gauche le programme du PQ qui doit être approuvé lors du congrès de l’automne. S’il est vrai que le PQ se définit toujours comme un parti de centre gauche, son véritable adversaire, la Coalition avenir Québec, se trouve à sa droite. Pour bien des élus péquistes, il est temps que les stratégies de leur parti en tiennent compte.

     

    Après cette éruption de pureté idéologique, alimentée par une détestation congénitale du PQ, les solidaires se sentent euphoriques. Il faut dire que l’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois a permis à QS de faire le plein de nouveaux membres et que le dernier sondage Léger donne au parti 13 % des intentions de vote — cinq points de plus qu’aux dernières élections. Mais il faut ressentir une euphorie qui confine à l’inconscience pour soutenir, comme l’ont fait ses deux co-porte-parole, que QS peut « battre les libéraux en 2018 » !

     

    La réalité est tout autre. Il serait étonnant que QS parvienne à faire élire un seul député à l’extérieur de l’île de Montréal en 2018.

     

    En refusant les alliances stratégiques avec le PQ, QS mine ses chances de conquérir certaines circonscriptions. Il réduit la probabilité que le PQ forme le prochain gouvernement. Ce faisant, il éloigne la réforme du mode de scrutin qu’il appelle de tous ses voeux. Et il affaiblit le mouvement souverainiste.

     

    Mais prôner la politique du pire, c’est un vieux réflexe gauchiste. Favoriser l’élection des libéraux et la déconfiture des péquistes pour ensuite connaître le Grand Soir. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’une stratégie à long terme.













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