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    Québec solidaire rejette la convergence avec le PQ

    Il va falloir «se lever tôt» pour expliquer cette décision, note Gabriel Nadeau-Dubois

    23 mai 2017 | Marco Bélair-Cirino Correspondant parlementaire à Québec | Québec
    Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois 
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois 

    Les délégués de Québec solidaire ont provoqué une commotion dimanche en rejetant du revers de la main toute négociation d’alliances stratégiques avec le Parti québécois. Ils ont pris tout un « risque », ont convenu les porte-parole, Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois, moins de 24 heures plus tard, invitant du même souffle les solidaires à « reconnaître » la « lourde responsabilité » qui pèse désormais sur leurs épaules : « battre les libéraux en 2018 ».

    « Il va falloir se lever tôt, puis travailler fort, parce que la décision qu’on a prise, il y a beaucoup de gens qui ne la comprendront pas, on le sait. Il y a des gens qui vont nous attaquer. Ça ne veut pas dire qu’on a pris la mauvaise décision. Mais ça veut dire qu’il faut l’assumer maintenant », a martelé M. Nadeau-Dubois à l’issue du congrès de quatre jours de la formation politique de gauche, lundi.
     

    Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois répondent aux questions de la presse sur le refus des délégués de négocier des alliances électorales avec le PQ.​

     

     

    Les participants ont interdit dimanche après-midi à l’état-major de leur formation politique de discuter de pactes de non-agression avec le PQ d’ici aux prochaines élections générales. L’effet de ressac a été immédiat. « QS portera l’odieux de la réélection du Parti libéral du Québec dans moins d’un an et demi », peut-on lire sous différentes déclinaisons sur les réseaux sociaux.

     

    Les tirs ne proviennent pas seulement du camp péquiste. QS s’est notamment attiré les reproches des personnalités actifs dans le Mouvement Démocratie nouvelle (MDN), dont l’ancien président de l’Assemblée nationale Jean-Pierre Charbonneau, ainsi que ceux d’Alain Vadeboncoeur et de Karel Mayrand. Ces deux derniers avaient participé aux côtés de Gabriel Nadeau-Dubois à la tournée Faut qu’on se parle au fil des derniers mois.

     

    Le directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand, a dit « ressen[tir] une énorme déception devant un parti qui veut faire les choses autrement, mais qui réagit exactement comme tous les autres ». « Les compromis sont indispensables pour diriger un pays, et c’est avec les adversaires qu’on fait des compromis, pas avec les amis », a écrit quant à lui le « médecin d’urgence quelque peu dispersé », Alain Vadeboncoeur.

     

    « Les attaques sont solides », a lâché Mme Massé devant les militants qui étaient rassemblés dans un auditorium de l’UQAM lundi afin de parachever le programme politique de QS après 11 ans de dur labeur.

     

    Pour plusieurs alignés et non-alignés, QS a infligé dimanche une sévère leçon au PQ pour avoir trahi la population québécoise en « clignot[ant] à gauche avant de virer à droite » une fois au pouvoir, mais, ce faisant, a puni les progressistes québécois en éloignant la perspective d’une défaite du PLQ.

     

    L’élue péquiste Véronique Hivon s’est dite désagréablement « surprise » de voir les délégués de QS « s’accroche[r] autant au passé » afin de justifier leur refus d’amorcer des discussions avec le PQ pour se doter d’un « outil supplémentaire pour maximiser les chances » de chasser les libéraux du pouvoir. « Est-ce que tout a été parfait ? Non, parce que, savez-vous quoi […] quand vous gouvernez, vous en faites, des erreurs. C’est le prix à payer pour gouverner, puis essayer de faire des choses pour le mieux. [Et], on a fait des choses incroyables », a-t-elle déclaré dans un entretien avec Le Devoir lundi.
     

    La députée péquiste Véronique Hivon analyse les répercussions du rejet de QS de discuter d’alliances stratégiques avec le PQ en vue des prochaines élections générales.


    Selon elle, les délégués de QS ont fait fi dimanche après-midi de la volonté des sympathisants solidaires, qui appuieraient à hauteur de 87 % une alliance électorale PQ-QS, selon un sondage Léger-Le Devoir-Le Journal de Montréal. « On s’attendait à ce qu’ils acceptent au moins de s’asseoir pour travailler. »

     

    « Entente de principe » gardée secrète ?

     

    Par ailleurs, plus d’un militant solidaire s’expliquait mal lundi soir pourquoi la direction de leur parti n’a pas dit mot de l’« entente de principe » signée par leur ex-président Andrés Fontecilla et les représentants du Parti québécois, d’Option nationale et du Bloc québécois ni sur une « feuille de route » pour accéder à l’indépendance. Radio-Canada en a révélé l’existence lundi après-midi alors que la plupart des congressistes avaient déjà plié bagage. L’accord de principe intervenu à la Table des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec) aurait certainement été un « élément supplémentaire » qui aurait contribué à la réflexion des délégués de QS sur les alliances électorales, est d’avis Mme Hivon. « Nous avons été contraints de retarder la divulgation publique, contrairement à ce qu’on aurait souhaité par transparence pour nos membres », s’est-elle contentée d’ajouter.

     

    Mouvement large

     

    QS a l’ambition de fédérer le mécontentement envers le gouvernement libéral, notamment en mettant sur pied « un mouvement politique large comme on n’en a pas vu longtemps au Québec ». Le parti politique — qui recueille 13 % des intentions de vote —, fait notamment le pari qu’il parviendra en un an et demi à faire le plein d’appuis d’électeurs traditionnels du PLQ, notamment les personnes racisées, qui ont été blessées par la charte des valeurs québécoises. « Nous sommes le seul parti qui puisse s’adresser à ces gens-là [issus de la diversité. Le PLQ] vous abandonne systématiquement là où l’inclusion devrait compter le plus, c’est-à-dire sur le terrain des conditions de vie, des conditions de travail », a-t-il répété.

     

    La membre du comité antiraciste de QS Dalila Awada avait convaincu ses consoeurs et confrères de ne pas succomber au « chant des sirènes des gains électoraux » en misant sur des pactes de non-agression avec le PQ. Le parti politique dirigé par Jean-François Lisée « porte en lui ces deux bêtes » : « le néolibéralisme » et « le racisme ». « Pour les communautés racisées au Québec, l’ennemi est double », avait-elle déclaré durant le débat.

     

    Le sociologue Mathieu Bock-Côté a roulé des yeux. « Le-triste-épisode-de-la-Charte-des-valeurs. Le-triste-épisode-de-la-Charte-des-valeurs. Répétons cela à l’infini. C’est ainsi qu’on fabrique un mensonge collectif, auquel chacun est obligé de croire, sous peine de passer pour un infréquentable. Qui s’imagine que la propagande est morte, dans notre société ? » a-t-il demandé sur Facebook.

     

    Gouin : « premier test »

     

    Gabriel Nadeau-Dubois consentira toute son énergie à se faire élire lundi prochain dans la circonscription de Gouin. Cette élection partielle constituera un « premier test » post-congrès pour QS, a fait valoir Mme Massé. Selon elle, la victoire n’est pas acquise à l’heure actuelle pour Gabriel Nadeau-Dubois. « Ça ne se fera pas par magie, OK ! Il y a des gens qui sont choqués après nous parce qu’ils n’ont pas encore compris ou ils n’ont pas encore confiance [dans le fait] que Québec solidaire va gouverner », a-t-elle affirmé avec force.

     

    Le PQ pourrait-il jouer les trouble-fête en dépit de l’absence de candidat péquiste dans la course ? Véronique Hivon s’abstient d’appeler les électeurs de Gouin à voter blanc. « On les invite à voter pour le candidat ou la candidate qui est le plus proche de leurs aspirations », a-t-elle lancé.

     

    De son côté, le premier ministre Philippe Couillard a salué la décision des délégués de QS de tourner le dos à toute alliance stratégique avec le PQ. Les partisans de pactes entre le PQ et QS ont affiché « une certaine désinvolture » à l’égard de l’électorat québécois, selon lui. « On met sur papier des alliances qui sont contre nature politiquement si vous regardez les différentes orientations des différents partis », a-t-il soutenu en marge de sa mission en Israël et en Cisjordanie lundi.

    Landry est déçu par la décision L’ex-premier ministre péquiste Bernard Landry s’est dit déçu lundi de la décision de Québec solidaire, qui a refusé d’entamer des négociations d’alliances stratégiques avec le Parti québécois (PQ) en vue des prochaines élections générales. « Je l’ai dit souvent et je le redis, surtout cette semaine : la patrie avant les partis », a-t-il lancé aux marcheurs réunis à la place du Canada pour la Journée des patriotes. « Hélas ! a-t-il ajouté, j’ai peur que certains de nos collègues indépendantistes n’aient pas bien compris ça, mais j’espère qu’ils vont y réfléchir. » Bernard Landry, qui avait avancé en 2013 que l’indépendance du Québec ne passait plus nécessairement par le PQ, a cependant refusé de lancer la pierre au parti de Jean-François Lisée, qui est en perte de vitesse dans les sondages. Deux récents coups de sonde accordent 23 et 24 % des intentions de vote au PQ. « Ça m’attriste, mais on a déjà connu pire. On est partis à zéro, on est montés à 50 %, et si on ne s’était pas fait voler, on aurait gagné. Alors, je ne suis pas pessimiste », a-t-il dit. Le Québec, a déclaré l’ex-chef péquiste, n’a « pas d’autre destin » que celui d’être indépendant. Bernard Landry a donc dit souhaiter que les militants souverainistes fassent passer l’intérêt collectif devant leurs intérêts « partisans ou individuels », ou encore leurs « ambitions personnelles ». Marie-Michèle Sioui

     

    Ce texte a été modifié après sa publication afin de préciser que des participants du Mouvement Démocratie nouvelle (MDN) — et non le mouvement en tant que tel — ont regretté la décision des délégués solidaires. Pour sa part, le MDN n’a pas officiellement réagi aux événements.













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