Le MTQ et la SQ blâmés pour le cafouillage sur l’autoroute 13

L'enquêteur Florent Gagné a dévoilé vendredi son rapport sur les événements des 14 et 15 mars derniers.
Photo: Radio-Canada L'enquêteur Florent Gagné a dévoilé vendredi son rapport sur les événements des 14 et 15 mars derniers.

Des centaines de personnes ont été « laissées à elles-mêmes dans le froid et la tempête » sur l’autoroute 13 à la mi-mars en raison de la « communication dramatiquement déficiente » au ministère des Transports (MTQ) et à la Sûreté du Québec (SQ), conclut Florent Gagné dans un rapport dévoilé vendredi.

 

La poignée de préposés du Centre intégré de gestion de la circulation (CIGC) de Montréal ont été « complètement débordés » lorsqu’une « tempête hivernale d’une intensité inattendue » a balayé le Québec le 14 mars dernier, provoquant « des problèmes majeurs sur l’ensemble du réseau routier », relate l’ex-sous-ministre. Constats. Sur l’A-13, « les choses se gâtent rapidement ». En effet, des camions lourds s’enlisent ou se mettent en portefeuille. Une bretelle est fermée, puis une autre. À 20 h 30, un « bouchon monstre » : des dizaines et des dizaines d’automobilistes sont coincés dans leur véhicule.

Il n’y a pas eu de réponse ou de prise en main de façon systématique par le ministère

 

Après avoir « constitué [un état des lieux] de façon pénible et fragmentaire », le chef d’équipe du CIGC, Patrick Gaboury, alerte son patron, Pierre Charbonneau, sur la situation du réseau routier supérieur une première fois vers 20 h 40, puis une deuxième fois vers 21 h 26.

 

À 21 h 34, M. Charbonneau envoie un message texte à la douzaine de membres du Groupe d’Urgence-Événements majeurs du MTQ : « 3 des 4 bretelles de l’A-13 pour 520 fermées, trois semi-remorques enlisées, très difficile sur tout le réseau. » À peine deux membres du Groupe daignent lever le petit doigt pour lui répondre. À 21 h 37, le responsable en sécurité civile, Éric Dagenais, transmet l’information au Centre de coordination de la sécurité civile du MTQ, qui est sous la responsabilité — pour encore quelques heures — de la sous-ministre adjointe Anne-Marie Leclerc. À 21 h 38, le coordonnateur régional en sécurité civile, Fadi Moubayed, écrit : « On ne lâche pas… C’est une tempête épouvantable. »

 

Pourtant, « aucune action particulière n’est enclenchée ni n’en résulte », souligne à gros traits M. Gagné dans son Rapport d’enquête sur les événements survenus sur l’autoroute 13 les 14 et 15 mars 2017. « Les préposés aux appels [du CIGC] ont été laissés plus ou moins à eux-mêmes », a-t-il répété lors de la présentation de son rapport vendredi.

 

Pour sa part, le CIGC — qui joue un rôle de premier plan dans la collecte et la diffusion en temps réel d’informations sur l’état du réseau routier — s’est montré incapable de « se faire une idée assez rapidement du portrait [réel de la situation sur l’autoroute 13] et de la relayer ». Cela dit, les images captées par les caméras de surveillance du MTQ ne lui permettaient pas de saisir la gravité de la situation à proximité de l’aéroport Montréal-Trudeau, a précisé l’enquêteur Gagné après avoir lui-même visionné les bandes vidéo. Par ailleurs, « pour des raisons purement techniques », les employés du CIGC ne pouvaient écouter les communications radio de la SQ — encryptées depuis février dernier —, ce qui a drôlement compliqué leur travail, a fait remarquer M. Gagné.

 

En somme, « malgré les moyens à sa disposition, le MTQ n’a pas su voir correctement la situation ni la traiter adéquatement en faisant appel aux ressources qui auraient dû être déployées pour secourir les personnes », peut-on notamment lire dans le rapport de quelque 60 pages dévoilé à la veille d’une semaine de relâche parlementaire.

 

M. Gagné a formulé 28 recommandations en vue de prévenir un « cafouillage » semblable. Il incite notamment le MTQ à procéder à une « revue exhaustive de l’organisation et du fonctionnement » du CIGC de Montréal. « Il faut absolument le prendre en main », a-t-il dit, tout en appelant le MTQ à « privilégier » le téléphone plutôt que le texte ainsi qu’à tenir des « exercices non annoncés d’alerte et de mobilisation ».

Le processus d’alerte et de mobilisation pour secourir les automobilistes coincés dans la tempête a été enclenché trop tard, de façon incomplète, et dans le plus grand désordre

 
Un « rapport accablant », convient Lessard
 

Le ministre des Transports, Laurent Lessard, promet que le MTQ « [retiendra] des leçons précises et concrètes de cette crise » dont il « reconnaît ses responsabilités ».

 

La Sûreté du Québec n’est pas exempte de tout reproche. Au contraire, elle a sous-estimé, elle aussi, la gravité de la situation. Le corps de police « n’a pas déployé, en conséquence, les grandes ressources dont elle dispose ».

 

Le Parti québécois regrette que le rapport Gagné « déresponsabilise complètement le gouvernement libéral ». Il s’explique mal qu’« aucun ministre ne soit tenu responsable […] à l’issue de l’une des pires gestions de crise de l’histoire ». « Ne pas savoir est une chose ; ne pas avoir la proactivité de s’informer quand la nouvelle est dans tous les médias et préférer aller se coucher en est une autre », a déclaré le porte-parole de l’opposition officielle en matière de transports, Alain Therrien.

5 commentaires
  • Stephen Aird - Abonné 19 mai 2017 14 h 03

    L'on a pointé du doigt

    "La visibilité nulle ne lui permettait pas de bien ...." Aïllolle, l'on nage en plein délire. Quand la visibilité est nulle et que je suis en voiture, d'instinct je me doute que ça ne va pas bien. Il faut avouer que ce "gouvernement" n'est pas très prompt à blâmer sa polisssse. De plus, y' avait un dénommé Roxboro d'impliqué dans le non-déneigement de la bretelle Sud ainsi que des quelques kilomètres en aval et en amont? Sans doute des ti-namis.

    • Robert Beauchamp - Abonné 20 mai 2017 06 h 50

      On blâme le système donc on va changer les procédures, on va inventer des niveaux d'alertes. Ce monsieur a pourtant été à la tête de ces 2 ministères. Y avait-i des hivers à son époque? Et un rapport déposé tout juste à la veille de la relâche parlementaire.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 19 mai 2017 14 h 35

    Des congédiements nécessaires

    Les personnes en position de prendre des décisions doivent être congédiées pour cause de manquement à leurs responsabilités professionnelles.

    • Robert Beauchamp - Abonné 20 mai 2017 05 h 22

      À commencer par le ministre qui dormait en écoutant les nouvelles.

  • Richard Olivier - Inscrit 20 mai 2017 07 h 40

    Le coupable est ?

    Selon moi...

    C`est celui qui devait bien entretenir la #13.
    Mais, comme c`et un gros contributeur à la CAISSE du P L Q.....
    Il est disparu de l`équation...