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    Le MTQ et la SQ blâmés pour le cafouillage sur l’autoroute 13

    20 mai 2017 | Marco Bélair-Cirino - Correspondant parlementaire à Québec | Québec
    L'enquêteur Florent Gagné a dévoilé vendredi son rapport sur les événements des 14 et 15 mars derniers.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L'enquêteur Florent Gagné a dévoilé vendredi son rapport sur les événements des 14 et 15 mars derniers.

    Des centaines de personnes ont été « laissées à elles-mêmes dans le froid et la tempête » sur l’autoroute 13 à la mi-mars en raison de la « communication dramatiquement déficiente » au ministère des Transports (MTQ) et à la Sûreté du Québec (SQ), conclut Florent Gagné dans un rapport dévoilé vendredi.

     

    La poignée de préposés du Centre intégré de gestion de la circulation (CIGC) de Montréal ont été « complètement débordés » lorsqu’une « tempête hivernale d’une intensité inattendue » a balayé le Québec le 14 mars dernier, provoquant « des problèmes majeurs sur l’ensemble du réseau routier », relate l’ex-sous-ministre. Constats. Sur l’A-13, « les choses se gâtent rapidement ». En effet, des camions lourds s’enlisent ou se mettent en portefeuille. Une bretelle est fermée, puis une autre. À 20 h 30, un « bouchon monstre » : des dizaines et des dizaines d’automobilistes sont coincés dans leur véhicule.

    Il n’y a pas eu de réponse ou de prise en main de façon systématique par le ministère
    L'enquêteur Florent Gagné
     

    Après avoir « constitué [un état des lieux] de façon pénible et fragmentaire », le chef d’équipe du CIGC, Patrick Gaboury, alerte son patron, Pierre Charbonneau, sur la situation du réseau routier supérieur une première fois vers 20 h 40, puis une deuxième fois vers 21 h 26.

     

    À 21 h 34, M. Charbonneau envoie un message texte à la douzaine de membres du Groupe d’Urgence-Événements majeurs du MTQ : « 3 des 4 bretelles de l’A-13 pour 520 fermées, trois semi-remorques enlisées, très difficile sur tout le réseau. » À peine deux membres du Groupe daignent lever le petit doigt pour lui répondre. À 21 h 37, le responsable en sécurité civile, Éric Dagenais, transmet l’information au Centre de coordination de la sécurité civile du MTQ, qui est sous la responsabilité — pour encore quelques heures — de la sous-ministre adjointe Anne-Marie Leclerc. À 21 h 38, le coordonnateur régional en sécurité civile, Fadi Moubayed, écrit : « On ne lâche pas… C’est une tempête épouvantable. »

     

    Pourtant, « aucune action particulière n’est enclenchée ni n’en résulte », souligne à gros traits M. Gagné dans son Rapport d’enquête sur les événements survenus sur l’autoroute 13 les 14 et 15 mars 2017. « Les préposés aux appels [du CIGC] ont été laissés plus ou moins à eux-mêmes », a-t-il répété lors de la présentation de son rapport vendredi.

     

    Pour sa part, le CIGC — qui joue un rôle de premier plan dans la collecte et la diffusion en temps réel d’informations sur l’état du réseau routier — s’est montré incapable de « se faire une idée assez rapidement du portrait [réel de la situation sur l’autoroute 13] et de la relayer ». Cela dit, les images captées par les caméras de surveillance du MTQ ne lui permettaient pas de saisir la gravité de la situation à proximité de l’aéroport Montréal-Trudeau, a précisé l’enquêteur Gagné après avoir lui-même visionné les bandes vidéo. Par ailleurs, « pour des raisons purement techniques », les employés du CIGC ne pouvaient écouter les communications radio de la SQ — encryptées depuis février dernier —, ce qui a drôlement compliqué leur travail, a fait remarquer M. Gagné.

     

    En somme, « malgré les moyens à sa disposition, le MTQ n’a pas su voir correctement la situation ni la traiter adéquatement en faisant appel aux ressources qui auraient dû être déployées pour secourir les personnes », peut-on notamment lire dans le rapport de quelque 60 pages dévoilé à la veille d’une semaine de relâche parlementaire.

     

    M. Gagné a formulé 28 recommandations en vue de prévenir un « cafouillage » semblable. Il incite notamment le MTQ à procéder à une « revue exhaustive de l’organisation et du fonctionnement » du CIGC de Montréal. « Il faut absolument le prendre en main », a-t-il dit, tout en appelant le MTQ à « privilégier » le téléphone plutôt que le texte ainsi qu’à tenir des « exercices non annoncés d’alerte et de mobilisation ».

    Le processus d’alerte et de mobilisation pour secourir les automobilistes coincés dans la tempête a été enclenché trop tard, de façon incomplète, et dans le plus grand désordre
    Florent Gagné
     
    Un « rapport accablant », convient Lessard
     

    Le ministre des Transports, Laurent Lessard, promet que le MTQ « [retiendra] des leçons précises et concrètes de cette crise » dont il « reconnaît ses responsabilités ».

     

    La Sûreté du Québec n’est pas exempte de tout reproche. Au contraire, elle a sous-estimé, elle aussi, la gravité de la situation. Le corps de police « n’a pas déployé, en conséquence, les grandes ressources dont elle dispose ».

     

    Le Parti québécois regrette que le rapport Gagné « déresponsabilise complètement le gouvernement libéral ». Il s’explique mal qu’« aucun ministre ne soit tenu responsable […] à l’issue de l’une des pires gestions de crise de l’histoire ». « Ne pas savoir est une chose ; ne pas avoir la proactivité de s’informer quand la nouvelle est dans tous les médias et préférer aller se coucher en est une autre », a déclaré le porte-parole de l’opposition officielle en matière de transports, Alain Therrien.













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