Pas de drapeau des patriotes au-dessus du parlement, dit Couillard

Le drapeau tricolore des patriotes a été créé en 1832 par le parti de Louis-Joseph Papineau.
Photo: adqproductions cc Le drapeau tricolore des patriotes a été créé en 1832 par le parti de Louis-Joseph Papineau.

Le drapeau des patriotes ne flottera pas au-dessus de l’hôtel du Parlement lundi parce que le premier ministre, Philippe Couillard, en dénonce la récupération par les cercles indépendantistes.

« Le problème, c’est que, depuis quelques années [et] même quelques décennies, le mouvement indépendantiste essaie de récupérer cette rébellion en lui donnant une vertu séparatiste, ce qui n’a jamais été le cas », a-t-il déclaré jeudi, au Salon bleu.

Il justifiait ainsi sa décision de rejeter la proposition du Parti québécois (PQ), qui souhaitait que l’Assemblée nationale hisse le tricolore vert, blanc et rouge à l’occasion de la journée consacrée à la mémoire des patriotes de 1837 et 1838.

« Il s’agissait effectivement de l’union de gens qui habitaient sur notre territoire, de toutes les origines, parlant anglais et français, non pas pour sortir le Québec du Canada — à l’époque, c’était le Bas-Canada —, mais plutôt pour parler de gouvernement responsable et démocratique », a-t-il ajouté.

 

Voyez les interventions de Philippe Couillard et Jean-François Lisée

 

Sa décision a froissé le PQ, qui n’a pourtant jamais hissé le drapeau des patriotes au-dessus du parlement du temps où il formait le gouvernement. « Je n’aurais jamais pensé qu’un premier ministre libéral renonce à son patrimoine historique, alors que l’Assemblée nationale a régulièrement, sur ses mâts, les drapeaux de la Catalogne, de la Bavière, de l’Acadie, des LGBT », s’est désolé le chef Jean-François Lisée.

Coïncidence : l’Union Jack du Royaume-Uni ondoyait jeudi au-dessus du parlement à l’occasion de la visite du haut-commissaire du Royaume-Uni, Howard Ronald Drake.

C’est précisément pour quitter le giron britannique que les patriotes ont signé en 1838 une déclaration d’indépendance. Le tout premier article du document signé par Robert Nelson prévoit que le Bas-Canada soit absous « de toute allégeance à la Grande-Bretagne et que toute connexion politique entre cette puissance et le Bas-Canada cesse dès ce jour ».

Photo: Dave Noël Le Devoir Coïncidence, l’Union Jack du Royaume-Uni ondoyait jeudi au-dessus du parlement à l’occasion de la visite du haut-commissaire du Royaume-Uni.

Un mouvement séparatiste ?

Pour Jonathan Livernois, professeur adjoint au Département de littérature de l’Université Laval, il serait malhonnête d’assimiler les visées politiques des patriotes à cellesdes souverainistes d’aujourd’hui, qui n’évoluent évidemment plus dans le Bas-Canada du XIXe siècle.

« De dire que ça n’a jamais été séparatiste, ça, c’est faux », a-t-il cependant précisé au sujet du mouvement patriote. « Le grand problème, c’est d’accoler nos catégories à cette époque. Mais on ne peut pas dire ce qu’a dit Philippe Couillard. »

Affirmer que la rébellion des patriotes n’a « jamais » eu une vertu séparatiste, comme l’a fait le premier ministre, est aussi inexact selon Éric Bédard, historien et professeur à la TELUQ. « Ç’a été le cas durant une période relativement courte et une période aussi où le mouvement, il faut quand même le dire, s’est divisé sur cet enjeu-là », a-t-il rappelé.

Au départ, le mouvement patriote n’était pas « clairement séparatiste », a-t-il ajouté. C’est au lendemain des résolutions Russell de 1837, qui rejetaient les revendications des patriotes, que le mouvement s’est transformé pour en devenir un « d’affirmation, républicain, national », a fait valoir l’historien.

« C’est charrier de dire que les patriotes ne souhaitaient au fond que le gouvernement responsable […] parce qu’ils voulaient faire élire le conseil législatif, ce qui était très audacieux à l’époque et tout à fait calqué sur le modèle américain », a aussi affirmé Éric Bédard.

27 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 18 mai 2017 12 h 53

    Ridicule

    Les patriotes du Québec étaient alliés à un mouvement similaire en Ontario et réclamaient 1) le gouvernement responsable et 2) plus d'indépendance ... pour le Canada par rapport à ... l'Angleterre ! Que Couillard admette donc que s'il avait vécu en 1837 il aurait été hostile à toute forme de démocratie et aurait fait des courbetttes devant la Victoria.

  • Hermel Cyr - Abonné 18 mai 2017 13 h 13

    Couillard est recalé en histoire du secondaire !

    Les Patriotes : « Il s’agissait effectivement de l’union de gens qui habitaient sur notre territoire, de toutes les origines, parlant anglais et français non pas pour sortir le Québec du Canada, à l’époque c’était le Bas-Canada, mais plutôt pour parler de gouvernement responsable et démocratique » (Ph. Couillard)

    Juste dans ce bref extrait, que de sottises !

    Les Patriotes, "une union de gens qui habitaient sur notre territoire"… une tautologie digne du 2e secondaire faible;
    "pas pour sortir le Québec du Canada" ... si on comprend bien, ce n'était pas pour sortir le Québec du Bas-Canada ??;
    "pour parler de gouvernement responsable et démocratique " ... ils ne voulaient que parler de ça? On sait qu'ils ne revendiquaient même pas le gouvernement responsable à la britannique, mais un régime de type républicain.

    Et en prime, un sophisme gros comme les deux bras ! Comment les indépendantistes peuvent-ils récupérer le mouvement Patriote si c'est l'Assemblée nationale entière (en majorité fédéraliste) qui décide de hisser le drapeau ? Le drapeau gay a flotté sur le parlement hier. Qui voulait récupérer les gays ?

    Et ce PM, avec ses interprétations fantaisistes qui trahissent son ignorance, qui peine à accepter que ne se donnent des cours d'histoire nationale au secondaire et enlèvent les unités du cours du Monde contemporain.

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 19 mai 2017 09 h 07

      Tout à fait M. Cyr, il serait recalé en histoire, mais note supérieure en économie.
      S'il fallait que le Québec se sépare, l'économie canadienne perdrait, minimum, le tiers de son économie. Donc la valeur du patrimoine du Dr Couillard inc. en serait diminué de tout autant. C'est la peur de cette éventualité que le Dr Couillard inc. a des relations avec certains paradis fiscaux. (Jersey Island)

  • Claude Bariteau - Abonné 18 mai 2017 13 h 18

    Bravo à Marie-Michèle Siou

    Il y a quand même des nuances.

    La première.

    Les 92 résolutions du Parti patriote votées en 1834 à l'Assemblée législative n'avaient pas pour visée de chasser la Grande-Bretagne du Bas-Canada, ce qu'envisagent quatre ans plus tard les « Frères-chasseurs » sous la direction de Nelson réfugiés au nord des États-Unis pour préparer leur charge sur l'armée britannique.

    Ces résolutions visent à transformer le régime politique en place en faisant en sorte que les membres nommés du Conseil législatif soient élus, que les membres nommés du Conseil exécutif mettent en place les lois votées par les élus de l'Assemblée législative et le Conseil législatif et que le lieutenant-gouverneur, qui représente Londres, n'ait plus de pouvoir sur les affaires internes du Bas-Canada.

    En cela, le lien avec la Grande-Bretagne demeurait, transformant le parlement du Bas-Canada en un parlement souverain sur les affaires internes, ce qui s'apparentait au concept de souveraineté rejeté en 1980 et 1995.

    La seconde.

    Le concept de gouvernement responsable, avec les résolutions du Parti patriote et la déclaration d'indépendance, se traduisait par la responsabilité des élus envers les électeurs plutôt que des élus envers l'autorité.

    Pour Papineau, il ne s'agissait aucunement du gouvernement responsable associé à la responsabilité ministérielle du régime britannique, mais d'une obligation du gouvernement de tenir compte des décisions des électeurs et des électrices sur des sujets qui les concernent, ce qui contrait les pouvoirs octroyés en régime britannique au conseil des ministres et au premier ministre.

    Lafontaine se fit le promoteur de la responsabilité ministérielle et devint député au sein de l'Union, entité politique imposé par Londres en 1840. Cartier fit de même en 1865, comme aujourd'hui le PM Couillard.

    Dans ces cas, il n'y eut rien de démocratique, mais tout d'une imposition agrée par Londres dans la suite du rejet des 92 résolutions.

  • Robert Beauchamp - Abonné 18 mai 2017 13 h 44

    L'aveuglement

    Il est littéralement et viscéralement aveuglé et allergique à toute manifestation identitaire. Comme se reniant lui-même peut-être? Son approche relève de l'intégrisme.

  • Raymond Labelle - Abonné 18 mai 2017 14 h 07

    Le Bas-Canada était une colonie séparée à l'époque.

    L'indépendance aurait donc découlé du passage au régime républicain du Bas-Canada.

    L'indépendance n'était pas le but recherché par lui-même, mais plutôt l'instauration de la République. Le drapeau des Patriotes symbolisait l'union des ethnies occidentales plus nombreuses à l'époque, Français (blanc), Anglais (rouge) et Irlandais (vert) dans l'idéal républicain.

    D'ailleurs, Papineau, au moment de la Confédération, avait manifesté préférer voir le Bas-Canada annexé aux États-Unis plutôt qu'intégré d'une manière ou d'une autre à l'Empire britannique. Même si cela pouvait signifier, à terme, l'assimilation de l'ethnie canadienne-française. L'idéal de Papineau aurait été une grande fédération républicaine continentale américaine, de la Terre de Feu au Grand Nord.

    Les Patriotes étaient, d'abord et avant tout, des républicains.