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    La chasse aux ripoux

    Michel David
    18 mai 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    De l’avis général, Jean-François Lisée a fait le bon geste en expulsant du caucus péquiste le député de Gaspé, Gaétan Lelièvre, dont la carrière politique est pratiquement terminée.

     

    Certains diront que les faveurs que M. Lelièvre a reçues — et sollicitées — de la firme Roche à l’époque où il était directeur général de la Ville de Gaspé (2001-2010) étaient bien modestes : des billets de hockey, un coup de main pour vendre son bateau (toujours invendu), la jouissance occasionnelle d’un condo à Québec… Les courriels rendus publics par Le Journal de Montréal ne permettent pas non plus d’établir un lien avec le contrat de 50 millions sans appel d’offres que la municipalité avait octroyé à Roche à la même époque.

     

    Peu importe, comme le dit le proverbe : « Qui vole un oeuf vole un boeuf. » Dans une entrevue accordée à Paul Arcand, M. Lelièvre a plaidé la naïveté, mais il aura bien du mal à convaincre qui que ce soit qu’il croyait sincèrement au désintéressement des dirigeants de Roche qui lui offraient ces cadeaux. S’il n’a rien fait d’illégal, il y a manifestement là un problème d’éthique.

     

    Même si M. Lelièvre ne lui avait rien dit, M. Lisée aurait sûrement pu être plus vigilant, compte tenu du témoignage de son député devant la commission Charbonneau, où il avait expliqué que le groupe Roche avait embauché son fils, mais M. Lisée a préféré se contenter du fait qu’aucune accusation n’avait été portée.

     

    En mars 2016, la mise en accusation pour complot et abus de confiance de l’ancien maire de Gaspé, François Roussy, que M. Lelièvre avait engagé comme conseiller quand il était devenu ministre délégué aux Régions, après la victoire péquiste de 2012, aurait pu constituer un autre indice. Encore fallait-il avoir envie de savoir.


     

    Il est vrai que M. Lisée a eu d’autres chats à fouetter depuis qu’il a été élu chef. Le sondage Main-street/Postmedia dont la Gazette a publié les résultats mercredi donne la mesure du défi auquel il fait face. À moins de 18 mois des prochaines élections, le PQ est maintenant en troisième place, alors que la CAQ et le PLQ se retrouvent à égalité. Le chef péquiste joue présentement son avenir, et peut-être celui de son parti.

     

    Les libéraux auraient été bien mal venus de l’accabler. Le premier ministre Couillard se plaint d’être victime de procès par association à chaque nouvelle révélation sur les méthodes de financement du PLQ sous l’ère Charest. M. Lelièvre, lui, n’était même pas au PQ quand les actes qui lui sont reprochés ont été commis.

     

    Amir Khadir ne s’y est cependant pas trompé : « Quand ça survient chez des députés de l’opposition, ça affaiblit la posture de l’opposition pour pouvoir critiquer le gouvernement libéral. » Ça affaiblit surtout celle du PQ qui, depuis le début de la semaine, s’est bien gardé de revenir sur les turpitudes financières du PLQ.


     

    Si le bureau d’enquête de Québecor voulait répliquer aux accusations d’être en campagne contre le gouvernement Couillard, il a trouvé une bonne façon de le faire, mais le plus heureux de la tournure des événements est sans doute François Legault.

     

    Même si la CAQ a dû rembourser au Directeur général des élections des contributions totalisant 35 000 $ perçues illégalement par son ancêtre adéquiste, elle n’a jamais été en position d’octroyer des contrats publics, ce qui lui laisse tout le loisir de faire le procès des « vieux partis ».

     

    Peu importe que M. Lelièvre n’ait commis aucun acte illégal, la CAQ aura beau jeu de mettre dans le même sac ripoux libéraux et ripoux péquistes. Il n’est pas dans la nature de l’opposition de s’embarrasser de nuances, et la CAQ est particulièrement douée pour la simplification.

     

    M. Legault s’est également fait une spécialité d’adapter ses priorités à la conjoncture. Le retour à l’équilibre budgétaire a rendu caduc le thème du grand ménage. Le chef de la CAQ a beau rebrasser son argumentaire économique, il devient de plus en plus difficile de nier que les choses s’améliorent, et il est clair que le gouvernement s’apprête à livrer les baisses d’impôt qu’il réclame à grands cris.

     

    En recrutant l’ex-procureure en chef de la commission Charbonneau, Sonia Lebel, M. Legault pensait sans doute au succès de la candidature de Jacques Duchesneau durant la campagne de 2012. Jusque-là, la CAQ ne semblait aller nulle part et la caution de M. Net lui avait donné un nouvel élan. À en juger par la récente publicité de la CAQ destinée aux médias sociaux, Mme Lebel est appelée à jouer le même rôle dans cette chasse aux ripoux.













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