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    La prime à l’eau

    Michel David
    16 mai 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    En janvier 1998, la crise du verglas avait fait bondir le PQ de près de 10 points dans les sondages. Le taux de satisfaction à l’endroit du gouvernement Bouchard avait atteint 66 %. Le premier ministre lui-même, dont la conférence de presse quotidienne en compagnie du PDG d’Hydro-Québec était suivie avec la même assiduité qu’un téléroman, avait soudainement retrouvé son aura de la campagne référendaire.

     

    Qui sait, s’il avait été plus audacieux, il aurait pu déclencher des élections, qu’il aurait assurément remportées haut la main, et tenir un autre référendum avec des chances raisonnables de le gagner. À tel point qu’on a convaincu Daniel Johnson de démissionner pour s’assurer de bien refermer la fenêtre qui s’offrait au camp souverainiste.

     

    Du début à la fin de son court règne, Pauline Marois n’a jamais réussi à imposer son autorité morale. Sauf à l’occasion de la tragédie de Lac-Mégantic, où elle a réellement été à la hauteur de ce qu’on attend d’un premier ministre. Cela n’a malheureusement pas duré.

     

    On peut reprocher bien des choses au premier ministre Couillard, mais certainement pas son comportement dans la gestion des inondations qui ont bouleversé l’existence de milliers de familles. À l’impossible nul n’est tenu, mais il faut reconnaître que M. Couillard a fait tout ce qui était en son pouvoir pour leur venir en aide.

     

    « À quelque chose malheur est bon », dit le proverbe. Alors que chaque jour semblait amener de nouvelles révélations sur les déplorables méthodes de financement du PLQ, les inondations ont été une véritable bénédiction pour le gouvernement, qui ne savait plus à quel saint se vouer. Les prochains sondages nous apprendront dans quelle mesure les libéraux auront pu profiter de cette prime à l’eau. Ils seraient sans doute enchantés d’avoir simplement maintenu leurs intentions de vote.

     

    Pour les partis d’opposition, une catastrophe naturelle se double de la frustration de devoir assister sans mot dire à cette récupération politique. Pire encore, de devoir féliciter le gouvernement pour ses bons coups, comme l’a fait le leader parlementaire du PQ, Pascal Bérubé, avec une élégance qui a fait contraste avec la mesquinerie de Gaétan Barrette.

     

    Toute la difficulté consiste à être suffisamment présent pour ne pas être taxé d’indifférence, sans être encombrant au point de prêter flanc aux accusations d’opportunisme. Lors de la crise du verglas, Daniel Johnson n’avait pas réussi à trouver le bon dosage. « Mon évaluation, mon instinct, mes réflexes, mon expérience m’ont dicté que je me ferais planter si je sortais de façon dissonante, négative et non constructive », avait-il expliqué. Sauf qu’il s’était montré si discret qu’on l’avait injustement accusé d’être parti en vacances, alors qu’il s’employait plutôt à réconforter les sinistrés de sa circonscription. Et quand il a décidé de féliciter Lucien Bouchard, ses députés ont trouvé qu’il en avait un peu trop mis !

     

    Cette fois-ci, Jean-François Lisée et François Legault ont eu la bonne réaction. Sans déprécier le gouvernement, le chef du PQ a surtout vanté le travail des divers intervenants et la solidarité de la population, tandis que M. Legault s’est félicité du fait que la partisanerie ait été temporairement mise de côté, quitte à ce qu’elle reprenne ses droits quand viendra l’heure du bilan.

     

    En 1998, le Globe and Mail avait reproché à M. Johnson de ne pas avoir profité de la crise du verglas pour faire valoir « subtilement » aux Québécois les avantages d’appartenir à la fédération canadienne, notamment celui de pouvoir compter sur l’aide de l’armée en cas de catastrophe. Une subtilité qui a échappé à M. Barrette.

     

    En réalité, il n’est pas nécessaire de souligner, plus ou moins subtilement, le rôle de l’armée. À chaque catastrophe, les Québécois en redécouvrent les mérites. Si la performance médiatique de M. Bouchard avait beaucoup impressionné la population durant la crise du verglas, ce sont les soldats canadiens qu’elle avait vus se porter au secours des sinistrés du « triangle noir ». Cela valait cent fois plus que le programme des commandites.

     

    Il est vrai que les intentions de vote du PQ avaient monté en flèche au début de 1998, mais celles du Oui avaient baissé de 4 points durant la même période. Les Québécois étaient bien prêts à réélire Lucien Bouchard, mais en chantant Ô Canada.

     

    Les inondations ont peut-être permis de faire oublier temporairement la turpitude financière des libéraux, mais il est bien possible que le fédéralisme soit encore une fois le principal bénéficiaire de la prime à l’eau. Certes, un Québec indépendant aurait aussi son armée, dont les soldats ne seraient pas moins dévoués. En attendant, ceux qui charrient des sacs de sable arborent l’unifolié. Tout le monde sait à quel point M. Couillard vénère le Canada, mais il a de bien meilleurs ambassadeurs.













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