Le maire d’Anticosti demande à Québec une aide financière pour l’après-Pétrolia

Au moment d’appuyer la démarche en vue d’une reconnaissance à l’UNESCO, en janvier, le gouvernement Couillard avait d’ailleurs reconnu le potentiel touristique de l’île.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Au moment d’appuyer la démarche en vue d’une reconnaissance à l’UNESCO, en janvier, le gouvernement Couillard avait d’ailleurs reconnu le potentiel touristique de l’île.

Alors que le gouvernement Couillard négocie des compensations financières avec quatre entreprises afin de mettre un terme à la saga pétrolière sur Anticosti, la municipalité de l’île demande à Québec de « mettre fin à des décennies d’indifférence » envers les citoyens de la plus grande île de la province.

 

« Il ne faut pas abandonner les Anticostiens à la suite de l’échec de l’aventure pétrolière. Il faut plutôt appuyer notre volonté de mettre en valeur l’extraordinaire capital nature et patrimonial de ce joyau du Saint-Laurent », a fait valoir mercredi le maire de la municipalité de l’île, John Pineault.

 

« Nous avons perdu 50 % de notre population en 15 ans et l’aventure malheureuse de recherche d’hydrocarbures sur Anticosti ne peut se conclure seulement par l’indemnisation des entreprises pétrolières », a-t-il ajouté, dans un appel au gouvernement du Québec, propriétaire d’Anticosti depuis 1974.

 

 

 

Fonds de développement

 

Le maire demande donc la création d’un fonds de développement de la communauté d’insulaires, mais aussi « des outils » pour la mise en valeur du patrimoine culturel et naturel de l’île. Il faut dire que la municipalité mène aussi des démarches en vue d’être inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, des démarches qui ont reçu l’appui de Québec.

 

Le hic, selon le maire Pineault, demeure l’accès à cette île de 7900 km2 sise dans le golfe du Saint-Laurent. Les coûts de transport par avion ou par bateau sont notamment très élevés. Et une fois sur l’île, les infrastructures d’accueil sont tout simplement « désuètes », estime le maire. À commencer par l’eau potable, puisque les Anticostiens n’y ont pas accès et sont soumis à un avis d’ébullition « permanent ».

 

Très médiatisée en raison de la saga pétrolière des dernières années, Anticosti suscite toutefois l’intérêt, selon son maire.

 

« Les demandes d’information se multiplient, les téléphones sonnent et les courriels entrent tous les jours. Des entrepreneurs verts veulent investir sur l’île. C’est une occasion inouïe de relancer Anticosti sur la base d’une vision de développement durable », a-t-il expliqué mercredi. Selon lui, le tourisme serait au coeur de ce plan de relance.

 

« Joyau » touristique

 

Au moment d’appuyer la démarche en vue d’une reconnaissance à l’UNESCO, en janvier, le gouvernement Couillard avait d’ailleurs reconnu le potentiel touristique de l’île.

 

« Cette reconnaissance va donner une vitrine extraordinaire à Anticosti pour développer et consolider l’industrie touristique, alors nous serons très heureux s’ils peuvent obtenir cette reconnaissance », avait fait valoir la ministre du Tourisme, Julie Boulet. Selon elle, l’île pourrait devenir un « joyau » touristique.

 

Est-ce que le gouvernement du Québec entend soutenir concrètement le développement économique d’Anticosti, comme le réclame son maire ? Le cabinet du ministre responsable de la Côte-Nord, Pierre Arcand, a dit mercredi que l’île « est déjà reconnue comme un site touristique d’intérêt au Québec ».

 

« Si le ministre est mis au fait de projets de développement touristique supplémentaires, il fera assurément des représentations auprès de ses collègues concernés afin de faire cheminer les dossiers », a aussi assuré son attachée de presse, Véronique Normandin.

 

Pour le moment, le gouvernement doit d’abord négocier la fin du contrat d’Hydrocarbures Anticosti.

 

Pétrolia et Corridor Resources réclameraient 200 millions de dollars pour y mettre un terme. Et comme Le Devoir le révélait mercredi matin, le gouvernement doit aussi négocier une entente d’indemnisation avec deux autres entreprises, dont Junex, qui détiennent des permis d’exploration sur l’île. Une situation qui devrait faire gonfler la facture pour l’État québécois.

 

Aucun potentiel pétrolier ou gazier n’a été démontré sur Anticosti, malgré des décennies de travaux d’exploration.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 19 avril 2017 12 h 27

    Aucune nécessité de négocier la fin des contrats

    Alexandre Shields est mon journaliste préféré au Devoir.

    Je suis donc étonné de lire sous sa plume : « Pour le moment, le gouvernement _doit_ d’abord négocier la fin du contrat d’Hydrocarbures Anticosti.» Je soupçonne que ce n'est pas exactement ce qu'il voulait dire.

    Il n’y a aucune nécessité à négocier la fin des contrats d’exploration sur l’ile; l’exploitation commerciale des gisements pétroliers de l’ile n’est pas rentable.

    Même à 100$ le baril, il en coute 120 milliards$ pour extraire 50 milliards$ de pétrole.

    Et ce, sans compter les couts de construction des oléoducs nécessaires au transport de la ressource vers les marchés.

    Bref, l’aventure pétrolière d’Anticosti mourra d’elle-même parce que non rentable. Ne gaspillons pas l’argent des contribuables à éponger la mise des pétrolières qui se retrouvent là dans un cul-de-sac.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 avril 2017 14 h 00

      N'oubliez pas que ces compagnies sont des "tinamis" du grand pecheur
      Couillard meme etant dans un cul-de-sac en énergie dépassée comme les sables butumineux d'ailleurs.

  • Bernard Terreault - Abonné 20 avril 2017 08 h 11

    N'oublions pas

    qu'Anticosti n'a pas le climat de Cuba. Ce n'est demain la veille du jour où les petites familles passeront la semaine de relâche de février ni même les vacances de la construction à Port-Menier à contempler les loups marins. C'est le genre d'endroit où le voyageur nationaliste et curieux va une fois dans sa vie pour quelques jours. Il y aura là autant de voyageurs internationaux que de Québécois en Estonie. On ne veut pas subventionner des hôtels grandioses qui ne créeront de l'emploi que du 15 juillet au 15 août.