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    Réduire les salaires des p.-d.g. de l’État

    Une idée simpliste de Lisée

    Robert Dutrisac
    13 avril 2017 |Robert Dutrisac | Québec | Éditoriaux

    Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a enfourché un nouveau cheval de bataille. Il propose de réduire les salaires des mandarins et des hauts dirigeants des agences et des sociétés d’État. C’est une idée simpliste, lancée pour racoler à gauche, qui ne résiste pas à l’analyse.


    Jean-François Lisée vient d’avoir une autre idée, celle de limiter à 225 000 $ (le salaire de 250 000 $ versé au premier ministre, moins 10 %) la rémunération des sous-ministres, des p.-d.g. et des vice-présidents des agences et des sociétés d’État.

     

    Le p.-d.g. d’Hydro-Québec, Éric Martel, a encaissé 637 000 $ l’an dernier, incluant près de 120 000 $ en primes de rendement. Le p.-d.g. de la Société des alcools du Québec, Alain Brunet, a touché 438 000 $, et celui de Loto-Québec, Gérard Bibeau, à peu près la même somme.

     

    Du côté des agences de l’État, le p.-d.g. de l’Autorité des marchés financiers, Louis Morisset, remporte la palme avec 414 000 $, suivi de Pierre Gabriel Côté, d’Investissement Québec, avec 391 000 $ et de Luc Meunier, de la Société québécoise des infrastructures, avec 317 000 $.

     

    Parmi les sous-ministres, seul celui des Finances, Luc Monty, dépasse la limite de 225 000 $ avec une rémunération de 255 000 $.

     

    Réduire la rémunération du p.-d.g. d’Hydro-Québec à 225 000 $, l’équivalent d’un salaire de simple vice-président dans l’entreprise privée, sans compter l’intéressement dans l’actionnariat de la société, apparaît un peu court, c’est le moins qu’on puisse dire. Hydro-Québec fournit 4 milliards par an au trésor public et chapeaute des investissements annuels de 3,8 milliards. Sa compétence est des plus cruciales pour l’économie du Québec. Elle n’est pas la seule dans son cas : par exemple, avoir un p.-d.g. performant chez Investissement Québec importe aussi.

     

    Il faut souligner que le chef du PQ ne s’intéresse qu’à la rémunération sans souffler mot des régimes de retraite. L’actuel p.-d.g. d’Hydro-Québec aura droit à 4 % de sa rémunération par année travaillée — ce qui est fort généreux —, le même pourcentage que le régime de retraite des députés. Or son prédécesseur Thierry Vandal, qui recevait un salaire moindre, a pu compter sur un régime de retraite encore mieux garni. Bref, à défaut d’accumuler des options d’achat d’actions comme dans le secteur privé, les p.-d.g. des sociétés d’État se rattrapent avec leur régime de retraite.

     

    Quant au sous-ministre des Finances, Luc Monty, il s’agit d’une véritable aubaine pour l’État québécois. Dans le secteur privé québécois, il en gagnerait le triple. Parlez-en à Jean St-Gelais, qui a quitté la fonction publique pour travailler à La Capitale.

     

    Pour Louis Bernard, cet ancien secrétaire général du gouvernement, le problème de la rémunération des sous-ministres et des p.-d.g. des sociétés d’État, c’est qu’elle n’est pas suffisamment liée à l’atteinte d’objectifs tangibles. Il faut revaloriser les emplois supérieurs au sein de l’État, postes qui ont perdu leur lustre de la Révolution tranquille. Ça n’est pas une simple question de rémunération ; l’enjeu commande une réforme en profondeur de la gestion de l’État.

     

    Jean-François Lisée, qui plaide pour un Québec « éthique et équitable », surfe sur la vague de l’indignation populaire soulevée par la rémunération que se sont réservée les hauts dirigeants de Bombardier et par les hausses éhontées accordées aux médecins. Le chef péquiste veut sans doute séduire les sympathisants de Gabriel Nadeau-Dubois, mais il aurait avantage à se rappeler que la compétence importe, même dans le secteur public.













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