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    La démocratie au-delà du populisme

    11 avril 2017 | Gabriel Nadeau-Dubois - L’auteur est le candidat de Québec solidaire dans Gouin et candidat au poste de coporte-parole du parti | Québec
    Bernie Sanders «canalisait la colère des gens vers une mobilisation sociale à caractère démocratique»,  affirme Gabriel Nadeau-Dubois. 
    Photo: Molly Riley Agence France-Presse Bernie Sanders «canalisait la colère des gens vers une mobilisation sociale à caractère démocratique»,  affirme Gabriel Nadeau-Dubois. 

    Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version écourtée d’un article paru dans la revue Nouveau Projet, printemps-été 2017, no 11.

     

    Élection de Donald Trump, Brexit, montée de partis xénophobes un peu partout en Occident, multiplication de fausses nouvelles et d’autres « faits alternatifs » : ces phénomènes récents en amènent plusieurs à remettre en question la capacité même des électeurs à faire les « bons » choix. La démocratie est-elle malade du peuple ?

     

    Fondamentalement, l’ascension de Trump n’est pas un phénomène propre aux États-Unis de 2016. Ne nous trompons pas : la forme spectaculaire et grotesque qu’a prise sa campagne — coiffures improbables, bronzage artificiel, démonstrations ostentatoires de richesse, mythe de l’homme d’affaires providentiel — n’est que la sauce américaine avec laquelle on sert ce plat dont la recette est déjà bien connue dans la plupart des démocraties occidentales : un savant mélange de patriotisme nostalgique et de critique de la classe politique traditionnelle s’appuyant sur l’insécurité sociale et économique. C’est la soupe qu’a servie avec succès le camp pro-Brexit au Royaume-Uni, et c’est celle que mijote Marine Le Pen en France, mais aussi Geert Wilders aux Pays-Bas, Viktor Orbán en Hongrie, l’UKIP au Royaume-Uni, le FPÖ autrichien, et bien d’autres encore.

     

    Le succès des partis xénophobes

     

    Ces forces politiques ont leurs particularités propres, mais elles ont aussi beaucoup en commun. L’efficacité de leurs discours clivants est liée au déclin d’une classe moyenne qui, contrairement aux cadres supérieurs et aux membres des professions libérales, n’a jamais profité (ni économiquement ni culturellement) des bénéfices de la mondialisation. Les partis xénophobes connaissent du succès dans la mesure où ils articulent une réponse identitaire aux effets du néolibéralisme. Et c’est leur procès féroce de la classe politique traditionnelle qui fait mouche auprès du salarié blanc moyen.

    Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d'un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version écourtée d'un article paru dans la revue Nouveau Projet, printemps-été 2017, no 11.
     

    Si cette rhétorique fonctionne, ce n’est pas parce que les gens sont ignorants ou mal informés, mais parce qu’ils connaissent par coeur l’élite qui se partage le pouvoir depuis les années 1980. En jetant sociaux-démocrates et conservateurs dans le même panier, les nouveaux démagogues mettent le doigt sur un phénomène réel : dans la plupart des démocraties occidentales, l’alternance entre partis de gauche et de droite n’a rien changé à la trajectoire globale des sociétés (augmentation des inégalités, précarisation du marché du travail, insécurité, etc.). C’est du néolibéralisme et de ceux qui l’ont mis en place qu’est malade la démocratie, pas de l’ignorance du « peuple ». Une étude récente d’Ipsos Global Advisor montrait qu’une majorité de Français (61 %), d’Italiens (60 %) et d’Espagnols (56 %) sont convaincus que leur vie est moins bonne que celle de la génération précédente. Dans ces mêmes pays, le taux de méfiance envers les gouvernements atteint des sommets (89 % en Espagne, 80 % en Italie et 77 % en France). Le portrait est semblable dans toutes les démocraties européennes : la perception d’un déclin du niveau de vie marche main dans la main avec la défiance envers la classe politique et les institutions démocratiques.

     

    Les forces démagogiques qui montent répondent (de manière perverse et mensongère, certes) à une volonté de changement qui n’est ni irrationnelle ni fondée sur l’ignorance. En jouant avec des mécanismes d’exclusion inacceptables, elles accomplissent néanmoins quelque chose dont les partis traditionnels ne sont plus capables : donner de l’espoir.

     

    La force du collectif

     

    Il ne faut donc pas désespérer du « peuple », ni du fait que les réseaux sociaux donnent la parole à ses éléments les moins instruits, et encore moins de la démocratie elle-même. La crise actuelle s’enracine dans un sentiment plus profond, celui d’être impuissant face à son sort et à celui de ses semblables. La défaite cuisante de Clinton devrait servir de leçon : on ne renversera pas cette tendance en faisant la morale aux gens, mais en insistant sur la puissance de l’action collective, réel oxygène de la vie démocratique.

     

    D’ailleurs, ce n’est pas pour rien si, en parallèle de Trump, a émergé la figure de Bernie Sanders. La popularité de l’iconoclaste sénateur du Vermont, qui a tout de même remporté la primaire démocrate dans 23 États et totalisé 13 millions de votes, démontre qu’il est possible de mettre d’autres visages et d’autres noms sur la détresse sociale qui menace actuellement les démocraties occidentales. Au-delà du prisme facile opposant « bon peuple » et « méchantes élites », Sanders insistait sur l’idée selon laquelle c’était ensemble qu’il était possible de transformer la société. Dans l’un de ses discours les plus célèbres, il déclarait ainsi que « quand nous nous unirons pour exiger que ce pays soit au service de tous plutôt que d’une minorité, nous transformerons l’Amérique. Voilà la raison d’être de cette campagne : rassembler les gens ».

     

    Certains ont raillé le ton fleur bleue des discours de Sanders, mais en insistant sur l’action collective plutôt que sur ses capacités personnelles à régler la situation, il canalisait la colère des gens vers une mobilisation sociale à caractère démocratique. Il y a là une piste à suivre pour sortir de la crise actuelle. Une solution qui, fondamentalement, s’appuie moins sur l’opposition entre « peuple » et « élite » que sur la dichotomie entre l’impuissance individuelle et l’action collective. Ce n’est pas un surplus de démocratie qui nous a menés dans la situation actuelle, mais un manque de démocratie. Les démagogues s’appuient sur le mythe de la toute-puissance de l’individu exceptionnel. Le remède démocratique à leurs funestes propositions repose sur la démonstration de la force du collectif.

     

     

     

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