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    L’huile sur le feu

    Michel David
    8 avril 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Le premier ministre Couillard accuse continuellement le PQ d’avoir divisé le Québec à des fins électorales avec sa Charte de la laïcité, et voilà qu’il s’apprête à faire exactement la même chose avec sa consultation sur le « racisme systémique ».

     

    C’est probablement moins le procès de la société québécoise que celui du PQ et de la CAQ que veut intenter M. Couillard, qui a donné le ton cette semaine en taxant Jean-François Lisée de « négationnisme ». Une consultation qui va s’étendre sur des mois et dégénérer en débat partisan à la veille d’une élection constitue la recette idéale d’un dérapage incontrôlé. Jeter de l’huile sur le feu vaut-il mieux que « souffler sur les braises de l’intolérance » ?

     

    Dans une lettre ouverte publiée mardi dans La Presse+, un groupe de personnalités de toutes origines disait craindre que l’initiative gouvernementale contribue davantage à « nourrir les conflits » qu’à « bâtir des ponts ». Les signataires s’inquiétaient de la présence, au sein du comité chargé de définir le cadre de la consultation, de représentants d’associations qui véhiculent une « vision binaire du monde » se résumant à une division entre oppresseurs et oppressés, entre racistes et racisés.

     

    Parler de racisme « systémique » est sans doute une nuance importante, mais s’il y a une chose que le débat sur la laïcité a démontrée, c’est que les nuances sont rapidement évacuées quand le débat devient émotif et favorise plutôt les raccourcis. Les systèmes ne sont pas des structures désincarnées obéissant à des règles venues d’on ne sait où. Ils sont composés d’individus, qu’il s’agisse d’employeurs, de propriétaires ou encore de policiers, qui n’accepteront pas de se retrouver au banc des accusés.

     

    Le phénomène est suffisamment documenté pour que des mesures concrètes soient mises en oeuvre sans prendre le risque d’un nouveau psychodrame. Aux yeux du gouvernement, les solutions pourtant très sensées proposées par le PQ sont malheureusement irrecevables, puisque l’objectif est précisément de démontrer qu’il fait partie du problème.

     

     

    On ne sait pas encore quel sera le format de la consultation ni le champ qu’elle couvrira, mais le gouvernement semble vouloir s’inspirer de l’Ontario, où la première ministre Kathleen Wynne a inclus dans son cabinet un ministre délégué à l’Action contre le racisme, Michael Coteau, qui a présenté la semaine dernière à Queen’s Park un projet de loi-cadre visant à « identifier et combattre le racisme systémique dans les politiques, les programmes et les services et de travailler effectivement à promouvoir l’équité raciale pour tous ».

     

    Ce projet de loi est le fruit d’une vaste consultation qui a été menée dans une dizaine de villes ontariennes, dans un climat parfois tendu, sur une vaste gamme de sujets : emploi, logement, éducation, santé, police, système judiciaire, etc. La consultation ontarienne avait d’ailleurs été donnée en exemple par une coalition regroupant une soixantaine d’organismes qui avait réclamé, à l’occasion du dixième anniversaire de la commission Bouchard-Taylor, qu’un exercice semblable soit mené au Québec.

     

    Ce qui est bon pour l’Ontario l’est-il nécessairement pour le Québec ? Si besoin était, le débat sur la laïcité a révélé à quel point l’insécurité identitaire des Québécois demeure vive. Élargir le débat au racisme et à la discrimination sous toutes ses formes risque d’avoir pour effet d’accentuer cette insécurité et l’intolérance qu’elle peut engendrer, plutôt que de l’atténuer.

     

     

    Le premier ministre Couillard était trop heureux de mettre du sable dans l’engrenage de la « convergence », en prenant à témoin Gabriel Nadeau-Dubois, selon lequel une société mature doit « être capable de se poser les questions difficiles, notamment celle de la discrimination, celle du racisme ».

     

    À l’instar de son nouveau parti, l’ancien leader étudiant appuie fortement la tenue d’une consultation sur le racisme systémique, et il n’a pas caché le déplaisir que lui causent les objections du PQ. « Quand Jean-François Lisée parle comme il fait, c’est sûr qu’il est en train de mettre l’accent sur les différences [avec QS]. Ça, tout le monde le constate », a-t-il déclaré. Les militants solidaires, qui doivent se prononcer une éventuelle alliance avec le PQ lors du congrès du mois prochain, en ont certainement pris bonne note.

     

    Durant la dernière course à la chefferie, Alexandre Cloutier avait aussi appuyé l’idée d’une consultation, quand elle avait été lancée par les jeunes libéraux. Un autre candidat à la succession de Pierre Karl Péladeau, Paul St-Pierre Plamondon, y était également favorable, tout comme l’ancien député péquiste et leader étudiant Léo Bureau-Blouin.

     

    Ceux qui n’approuvaient pas les positions identitaires de M. Lisée à l’époque n’ont pas changé d’idée parce qu’il est devenu chef. Il n’y aura pas de fronde, mais un malaise risque de s’installer au sein du PQ si le débat tourne au vinaigre. Et le gouvernement ne fera rien pour l’éviter.













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