Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Un simple constat d’échec

    Michel David
    6 avril 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    Il est toujours étonnant de voir à quel point un homme aussi prompt à fustiger ses contradicteurs que l’est Gaétan Barrette peut avoir l’épiderme sensible.

     

    Le ministre de la Santé a été piqué au vif par un tweet de la députée fédérale de Brossard–Saint-Lambert, Alexandra Mendès, qui dénonçait la situation dans les urgences des huit hôpitaux de la Montérégie, dont le taux d’occupation variait de 117 % à 232 %.

     

    Il n’en fallait pas plus à M. Barrette pour crier au « Québec bashing », comme s’il incarnait lui-même la nation. Il est vrai que le gouvernement Trudeau a manqué une belle occasion de contribuer à améliorer les choses en limitant à 3 % la hausse du transfert canadien en santé (TCS) et que Mme Mendès et ses collègues du caucus libéral sont demeurés bien silencieux durant ce débat. Le bordel qui règne dans les urgences est cependant bien antérieur.

     

    On peut très bien comprendre la frustration de M. Barrette face à l’intransigeance d’Ottawa, mais la députée de Brossard–Saint-Lambert n’en a pas moins fait état légitimement d’une situation dont ses commettants subissent les inconvénients et qui amène à se poser la question suivante : pourquoi est-ce pire au Québec, alors que le TCS est calculé de la même façon pour toutes les provinces ? Et si nos urgences sont moins bien gérées qu’ailleurs, à qui la faute ?

     

    M. Barrette ne peut pas faire taire les membres de la Chambre des communes comme il a muselé les organismes québécois qui osaient critiquer sa gestion. Au reste, Mme Mendès a simplement ajouté sa voix à celles qui avaient réussi à se faire entendre avant de s’éteindre.

     

     

    En juin dernier, dans son dernier rapport avant que son poste soit aboli, le commissaire à la santé et au bien-être, Robert Salois, avait affirmé que le Québec avait la pire performance au Canada et même en Occident. S’agissait-il aussi de « Québec bashing » ? En 2015-2016, 35 % des Québécois qui se rendaient à l’urgence attendaient plus de cinq heures, alors que cette proportion était de 19 % en moyenne dans les autres provinces. En Allemagne et aux États-Unis, elle était de 5 %. En Suisse, de 2 %.

     

    Les choses ne semblent pas aller en s’améliorant. En février dernier, les données obtenues en vertu de la Loi d’accès à l’information par le député caquiste de Lévis, François Paradis, indiquaient que le temps d’attente avait encore allongé dans 48 hôpitaux sur 119 et était en moyenne de 15 heures dans l’ensemble du Québec, avec une pointe de 24,3 heures à l’Hôpital général du Lakeshore, à Pointe-Claire, dans l’ouest de l’île de Montréal.

     

    M. Barrette mise sur la création, d’ici la fin de 2018, d’une cinquantaine de supercliniques qui devront offrir un minimum de 20 000 consultations par année et être ouvertes 12 heures par jour, 7 jours sur 7. Est-ce vraiment la solution ? En juin 2016, l’Association canadienne des urgentologues s’est dite d’avis que non. Selon elle, il vaudrait mieux procéder par voie réglementaire, comme en Grande-Bretagne, où on impose un temps d’attente maximal de quatre heures à l’urgence. Toujours aussi cassant, le ministre de la Santé a répliqué que les urgentologues voulaient simplement protéger leur rémunération. Fin de la discussion.

     

     

    Quand il s’est présenté sous les couleurs de la CAQ, à l’été 2012, M. Barrette promettait lui-même de réduire à quatre heures le temps d’attente moyen dans les urgences. « Ça se fait, ce n’est pas une lubie, d’autres pays l’ont fait », avait-il déclaré. Mieux encore, un gouvernement caquiste réglerait le problème en un an.

     

    Une fois passé au PLQ, il s’est fait nettement moins affirmatif. La plateforme libérale de 2014 ne fixait aucun objectif précis. Le mot « urgence » n’y apparaissait même pas. Philippe Couillard se souvenait sans doute de la campagne de 2003, quand Jean Charest s’était imprudemment engagé à mettre fin à l’engorgement des urgences « dans les heures » suivant son élection. Une promesse qu’on lui avait rappelée quatre ans plus tard, quand le taux d’occupation des urgences des hôpitaux de Montréal atteignait 150 %. Quatre années durant lesquelles le ministre de la Santé était… Philippe Couillard.

     

    Depuis trois ans, le premier ministre a donné carte blanche à M. Barrette, qui s’est arrogé plus de pouvoirs sur le réseau de la santé qu’aucun de ses prédécesseurs n’en a jamais eus. Il en a profité pour le chambarder de fond en comble. Déplorer l’état dans lequel demeurent malgré tout les urgences n’a rien à voir avec du « Québec bashing ». C’est un simple constat d’échec.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Populaires|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.