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    Le projet de cimetière musulman divise Saint-Apollinaire

    Si certains se font accueillants, d’autres ne cachent pas leurs réticences

    30 mars 2017 | Isabelle Porter à Québec | Québec
    Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec Boufeldja Benabdallah a tenté de rassurer les citoyens de Saint-Apollinaire sur le projet d’aménagement d’un cimetière dans leur municipalité.
    Photo: Francis Vachon Le Devoir Le cofondateur du Centre culturel islamique de Québec Boufeldja Benabdallah a tenté de rassurer les citoyens de Saint-Apollinaire sur le projet d’aménagement d’un cimetière dans leur municipalité.

    La communauté musulmane peine à rallier toute la population de Saint-Apollinaire à son projet de cimetière musulman. Lors d’une rencontre mercredi soir, plusieurs citoyens lui ont reproché de vouloir un cimetière réservé à sa foi plutôt qu’un cimetière multiconfessionnel.

     

    « Dans le cimetière de Saint-Apollinaire, il nous reste seulement huit lots, on aurait aimé que le nouveau cimetière soit pour toutes les religions et non isolé », a déclaré une citoyenne du nom de Sonny Létourneau.

     

    « Depuis l’éternité que chaque confession a son église, son temple, sa mosquée », a rétorqué l’imam Hassan Guillet, qui était venu épauler les représentants de la mosquée de Québec venus présenter le projet.

     

    À l’heure actuelle, le seul cimetière musulman au Québec se trouve à Laval. Faute de place, de nombreux musulmans du Québec se font enterrer dans leur pays d’origine ou celui de leurs parents à l’étranger.

     

    Le cimetière de Saint-Apollinaire serait développé par l’entreprise funéraire Harmonia aux abords de l’autoroute 20, à 40 minutes de Québec. Le conseil municipal de Saint-Apollinaire et le maire Bernard Ouellet y sont favorables, mais le projet ne fait pas l’unanimité au sein de la population.

     

    Mercredi soir, les résidants étaient invités à une soirée d’information sur le projet en compagnie des représentants du projet. Une bonne centaine se sont déplacés à la rencontre et il a même fallu ajouter des chaises pour accueillir tout le monde.

     

    Les premières interventions au micro étaient plutôt sympathiques au projet. « Au nom de l’équipe pastorale, ce qu’on veut dire, c’est que l’Église est ouverte à votre présence », a lancé Sylvie Bibeau.

     

    « Quand il y a eu tragédie à Sainte-Foy, j’ai réalisé que les musulmans n’avaient nulle part où enterrer leurs morts, je n’en revenais pas », a lancé quant à elle Paule Foucault. « Je me suis dit que ça prend une place et j’étais quasiment contente que ce soit à Saint-Apollinaire. »

     

    Puis, au bout d’une dizaine d’interventions, les plus inquiets ont commencé à se faire entendre. « J’ai beaucoup de clients qui sont d’autres pays. […] Ce que je n’aime pas, c’est que c’est nous qui sommes obligés de nous adapter à eux », a lancé une dame. « C’est comme enlever des crucifix dans les églises. S’ils ne sont pas contents, qu’ils restent chez eux, au Maroc ou en Chine. […] Moi, si je m’en allais vivre à Acapulco, je n’aurais pas le choix de prendre leurs moeurs. »

     

    Un autre sceptique du nom de Victor Hugo Castro a répété que les musulmans devraient être prêts à se faire enterrer à côté des non-musulmans comme lui. « Ce qui nous dérange, a-t-il dit, c’est qu’il ne nous reste que huit lots et qu’on va accorder une privatisation “VIP” pour vous, les musulmans. »

     

    L’un après l’autre, les représentants musulmans ont cherché à montrer à quel point ils étaient intégrés à la société québécoise. « Ça fait 40 ans que je suis ici, j’ai étudié à l’Université Laval, j’ai marié une Québécoise », a raconté Mohamed Kasri, qui siège au comité du projet de cimetière pour le Centre culturel islamique.

     

    « Elle pratique sa religion, moi la mienne, elle fait sa prière dans un coin, moi dans le mien. Mes enfants ne pratiquent ni la religion de leur mère ni celle de leur père, mais ils pratiquent des valeurs universelles. Maintenant, on attend leurs petits-enfants. Je suis en train de me poser la question : maintenant que je vais perdre ma mère, quand je vais mourir, où est-ce qu’ils vont m’envoyer ? Vont-ils me renvoyer en Algérie, où je n’ai plus de parents ? »

     

    Mosquées et synagogues

     

    Étant donné le caractère délicat du sujet, la Ville avait requis les services de la firme de relations publiques National. L’un de ses consultants, l’ancien député bloquiste Yvan Loubier, tenait le rôle de président d’assemblée afin de s’assurer que le tout se déroule dans le calme.

     

    Ironiquement, ses commentaires à certains propos moins sympathiques au projet ont avivé la colère de certains dans la salle. À la fin de la rencontre, un homme plus agressif du nom de Réal Létourneau a énuméré une liste d’attentats et demandé aux leaders musulmans de les justifier. « Pourquoi c’est toujours les musulmans, la religion islamique pis le Coran ? Les autres, ils ne font pas ça ? » a-t-il lancé.

     

    « Dans la religion, vous avez la religion comme telle, ceux qui la pratiquent et ceux qui l’utilisent dans la politique, et ça, c’est dans toutes les religions », lui a répondu l’un des représentants de la mosquée de Québec. « Ces gens-là, ils font tout ça à titre de politique. D’après vous, est-ce que j’ai l’air d’un terroriste ? »

     

    À la suite de la rencontre, M. Létourneau a interpellé les leaders musulmans en leur disant qu’il ne voulait pas de « synagogues » devant la mine hébétée d’autres résidants.

     

    En dépit des opinions parfois hostiles entendues pendant la soirée, le maire de St-Apollinaire était plutôt satisfait de la rencontre. «Ça m’a confirmé que j’avais la majorité de mon monde derrière moi», a-t-il dit en soulignant que c’est toujours le même petit groupe qui s’en prend au projet.

     

    Le projet pourrait théoriquement faire l’objet d’un référendum si un nombre suffisant de citoyens signent le registre pour le réclamer. Toutefois, si un référendum avait lieu, seulement quelques dizaines de personnes pourraient être appelées à voter, puisque le terrain en question est dans un secteur où il y a peu d’habitations.













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