Les minorités peu visibles dans la fonction publique québécoise

Depuis son élection en avril 2014, le gouvernement libéral a procédé à 1496 nominations, dont 46 seulement concernent des personnes issues des minorités visibles, selon les calculs de Québec solidaire.
Photo: Mathieu Nivelles / CC Depuis son élection en avril 2014, le gouvernement libéral a procédé à 1496 nominations, dont 46 seulement concernent des personnes issues des minorités visibles, selon les calculs de Québec solidaire.

Le gouvernement de Philippe Couillard confirme, et il fournit ses propres chiffres : moins de 3 % des personnes qu’il a nommées à la fonction publique depuis son arrivée au pouvoir sont issues des minorités visibles.
 

En matinée vendredi, Québec solidaire (QS) a révélé son décompte des nominations faites par les libéraux depuis leur arrivée au pouvoir, en avril 2014. QS a calculé que 46 des 1496 personnes nommées à des postes au sein de la fonction publique sont considérées comme faisant partie de minorités visibles. C’est l’équivalent de 3,07 % des nominations.

Appelé à réagir, le conseil exécutif a envoyé ses propres chiffres au Devoir. Selon ses calculs, ce sont plutôt 45 nominations sur un total de 1819 qui ont concerné des personnes issues des minorités visibles. En pourcentage, cela correspond à 2,47 % des nominations. C’est moins que ce qu’avait calculé QS. 

Sur 1496 nominations en avril 2014 jusqu’au 31 janvier 2017,
46
concernent des minorités visibles, 7 des autochtones.


En date du 31 janvier 2017, il y avait 2,73 % des titulaires en poste qui étaient issus des minorités visibles. Par rapport à avril 2014, cela constitue une hausse d’environ 1 %.

Ce n’est pas suffisant, estiment les partis d’opposition. « Le gouvernement libéral a donc nommé 3,07 % de personnes issues des minorités visibles, alors que cette population représente 11 % de la société québécoise », a déploré QS.

Entre le 14 avril 2014 et le 31 janvier 2017, 18 autochtones ont obtenu des nominations dans la fonction publique, la plupart (16) étant pour des emplois à temps partiel. De quoi faire passer la proportion de nominations de personnes racisées et autochtones à 4,05 %.

« Ces données sont disproportionnées et démontrent clairement que le processus de nomination au conseil exécutif traduit un racisme systémique à même l’État. Le premier ministre doit cesser de se draper de vertu et doit montrer l’exemple concrètement », a déclaré l’élu solidaire Amir Khadir.

« Les libéraux, c’est le double échec, a réagi le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. C’est l’échec de l’établissement de balises claires sur les accommodements religieux, d’une part, et c’est l’échec de l’intégration des Québécois d’origines diverses, d’autre part. Ce double échec est la pire chose à faire pour stabiliser une situation. » Selon M. Lisée, Québec n’a pas besoin d’imposer de quotas, mais doit plutôt développer la « volonté politique » de nommer davantage de personnes issues des minorités visibles.

7 commentaires
  • Jana Havrankova - Abonnée 24 mars 2017 10 h 37

    Détestable segmentation de la population

    Je rêve du jour où on arrêtera de compter le nombre et le pourcentage de « représentants des minorités » dans divers domaines. Quand les postes seront comblés selon les intérêts et les compétences de chaque INDIVIDU sans égard au sexe, religion, origine ethnique, couleur de peau, orientation sexuelle.
    S'il y a des failles dans l'éducation pour certains groupes, il faut les combler.
    Mais vouloir à tout prix la parité partout et dans tout sent la rectitude politique à plein nez.

    • Hermel Cyr - Abonné 24 mars 2017 11 h 38

      100% d'accord avec vous Mme Havrankova.

      D'ailleurs, je ne sais pas par quelle recherche vicieuse on en est arrivé à compter ces individus sur la base de la couleur de la peau. C'est quoi une minorité "visible"? Quel concept idiot ! Le racialisme à l'envers est autant une dérive que le racisme.

    • Bernard Terreault - Abonné 24 mars 2017 12 h 47

      Fort sage, mais nous n'en sommes pas là, comme d'ailleurs dans la place des femmes. Je partage votre opinion que des quotas ethniques, religieux ou de genre obligatoires seraient contreproductifs, mais les chiffres de Khadir ont au moins le mérite de montrer que l'on a sûrement discriminé, probablement en faisant simplement des nominations bêtement partisanes.

    • Jean-Henry Noël - Inscrit 24 mars 2017 15 h 00

      C'est faux de croire que les membres des minorités visibles n'ont pas les compétences nécessaires pour occuper des postes dans la fonction publique. Bon nombre d'entre eux ont des diplômes universitaires et se font refuser des postes paece qu'ils font partie des minorités dites visibles. Il ne s'agit pas seulement des Mohamed. J'ai un prénom, un nom, un accent français. Des postes qu'on m'accordait au télléphone m'étaient refusés lors de l'interview.Quant l'égalité sera réalisée pour tous les habitants du Québec, alors et alors seulement pourra-t-on ignorer la «segmentation de la population». Dois-je vous rappeler que vous n'avez même pas encore réalisé l'égalité de l'homme blanc et de la femme blanche.

  • Nadia Alexan - Abonnée 24 mars 2017 17 h 02

    L'hypocrisie des Libéraux n'a pas de fin!

    Et dire que le Parti libéral se drape dans la vertu comme défenseurs des minorités visibles pour avoir leurs votes, en refusant d'instituer la laïcité de l'État dans la constitution.

  • Jacques-André Lambert - Abonné 25 mars 2017 02 h 00

    Visible… Comme un proche

    Tant que ne sommes pas membres du parti au pouvoir, que nous ne sommes pas liés par la famille, par les amitiés ou par les affaires à des fonctionnaires déjà en place, nos chances sont assez minces de contribuer à la prospérité de l’État. Jusqu’à notre retraite.

    Étant, par contingence sociale, exclus de ces arcanes, je sympathise avec les personnes d’arrivée récente qui ont choisi le Québec comme nouvelle patrie. Et son gouvernement comme employeur.

    Si, comme l’avance Québec Solidaire, 11% d’entre elles représentent la société québécoise et «maîtrisent» la langue officielle, le français, soyons «fair-play».

    J’ai toujours souhaité que les minorités visibles deviennent «audibles» dans la langue des «gens du pays».

  • Michèle Lévesque - Abonnée 25 mars 2017 11 h 09

    Stabilisation

    La fonction publique doit refléter la diversité de la population en lien à la compétence, c'est clair. Cela dit, je me méfie plus que jamais du PLQ depuis son refus buté sur le PdL 62, et la 'confirmation' de Couillard m'inquiète donc quant à l'entrée des signes religieux dans la FP.

    La majorité des Québécois(e)s veut un équilibre entre le droit inaliénable à la liberté de croyance et de pratique religieuses, d'une part, et la laïcité assumée de l'État pour éviter l'empiètement du religieux dans la sphère politique et législative, d'autre part. Il est toutefois clair que les munitions électorales sont sorties et que tant le PLQ par tradition que désormais QS par idéologie vont courtiser les communautés visibles. Ce ciblage marketing est légitime, sauf si on oublie que le différentialisme culturel absolutisé ne suffit pas à créer un contrat social et qu'une mosaïque ne tient que si les tessons adhèrent à un support commun - et qui peut encore croire que le principe communautariste du tesson suffise à constituer un véritable capital social de solidarité effective et élargie?

    Les croyant(e)s ordinaires, même très engagé(e)s, ne réclament pas d'accommodements. Notre histoire est un exemple d'adaptation religieuse réussie et aujourd'hui les Chrétien(ne)s n'opposent pas leurs identités religieuse et citoyenne. C'est d'ailleurs le cas de la majorité des gens de culture musulmane qui veulent en finir avec ces accommodements indus qui les marginalisent.

    L'équilibre entre "«l’établissement de balises claires sur les accommodements religieux»" à même "«l’intégration des Québécois d’origines diverses»" (Lisée) est donc déterminant. Cette stabilisation suppose l'officialisation de la laïcité assumée de l'État - à distinguer d'ailleurs impérativement d'un athéisme d'État. C'est de là que partira ensuite l'établissement de 'balises claires' et viables pour tout le monde. C'est le prix de la paix et de l'évolution sociales. Qui refusera de l'assumer ?