Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    Des immigrants incapables d’exercer leur profession

    Robert Dutrisac
    18 mars 2017 |Robert Dutrisac | Québec | Éditoriaux

    C’est la croix et la bannière pour les immigrants qui tentent d’obtenir la reconnaissance de leurs compétences en vue d’exercer une profession régie par un ordre professionnel. Un grand nombre d’entre eux abandonnent leur profession pour occuper un emploi pour lequel ils sont surqualifiés.


    Il y a un mois, le premier ministre Philippe Couillard annonçait qu’il était maintenant prioritaire d’accélérer l’étude du projet de loi 98 concernant l’admission aux professions. Certains ont vu dans cet intérêt soudain une manoeuvre pour repousser aux calendes grecques l’étude du projet de loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État puisque ce sont la même ministre, Stéphanie Vallée, à la Justice, et la même commission parlementaire qui en sont saisies. Il y a du vrai là-dedans.

     

    Quoi qu’il en soit, avec le projet de loi 98, le gouvernement Couillard cherche à remédier, en partie, à une situation embarrassante, voire révoltante, qui entache l’ensemble du régime d’immigration au Québec.

     

    Le Québec sélectionne 70 % de ses immigrants en exigeant diplômes et compétences tandis que nombre de ces nouveaux arrivants peinent à dénicher un emploi pour lequel ils sont formés. Le problème est particulièrement criant chez les immigrants dont la profession est réglementée par un ordre professionnel.

     

    Chaque année, le Québec recrute environ 4500 de ces médecins, infirmières, ingénieurs, comptables ou autres. De ce nombre, quelque 2600 candidats n’obtiennent des ordres qu’une reconnaissance partielle. Ils doivent suivre une formation complémentaire ou un stage, ou les deux, avant de se voir remettre leur permis d’exercice. Or, comme le rapportait Le Devoir jeudi, le Commissaire aux plaintes de l’Office des professions estime que chaque année la moitié d’entre eux renoncent à exercer leur profession au Québec.

     

    En vertu du projet de loi 98, le Commissaire aux plaintes deviendrait un Commissaire à l’admission aux professions. Son mandat ne se limiterait plus à l’examen des procédures de reconnaissance des compétences au sein des ordres, mais s’étendrait à l’ensemble des étapes menant à l’admission aux professions. Il se pencherait sur la nature des formations exigées et les délais qui les affectent ainsi que sur l’accès aux stages.

     

    En commission parlementaire, les ordres, à commencer par le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ), qui les représente, ont rejeté la faute sur les établissements d’enseignement et sur le réseau de la santé. Jaloux de leur indépendance, ils se sont opposés à cette nouvelle « superstructure ». Ils ne font qu’appliquer des règlements approuvés par l’Office et le Conseil des ministres, ont-ils avancé.

     

    Le Commissaire aux plaintes, Me André Gariépy, n’est pas d’accord. Selon lui, les mécanismes de reconnaissance des compétences des personnes dont le parcours est atypique sont confus et complexes. Il critique les ordres qui prescrivent des examens sans même avoir évalué le dossier des candidats et qui imposent des conditions tatillonnes. Les ordres ont trop souvent le « réflexe de considérer ce qui est différent comme étant moins pertinent et ayant moins de valeur » quand ils ne font pas carrément preuve de discrimination, juge le commissaire.

     

    Cégeps et universités sont également à blâmer. Les délais pour obtenir des formations d’appoint sont souvent déraisonnables. Elles sont parfois trop longues et redondantes, le candidat ayant déjà suivi une formation équivalente. En ce qui a trait aux stages, les restrictions budgétaires en réduisent l’accès.

     

    À cela s’ajoute le fait que, dans bien des cas, la profession est contingentée, c’est-à-dire qu’il y a suffisamment de candidats au Québec pour occuper les postes à pourvoir.

     

    Les difficultés qu’éprouvent les professionnels immigrants sont connues depuis longtemps. La commission Bouchard-Taylor en faisait mention en 2008. L’année suivante, le rapport Chicha sur le « mirage de l’égalité » les documentait. La création d’un poste de Commissaire à l’admission des professions est sans doute un pas dans la bonne direction. Mais le gouvernement Couillard ne doit pas attendre ses recommandations pour financer convenablement les formations et les stages. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) doit aussi cesser de sélectionner des candidats dont l’avenir professionnel est bouché ou, à tout le moins, leur dire la vérité sur la possibilité d’exercer leur profession. Il en va de la réputation internationale du Québec. Mais c’est surtout un devoir envers tous ces immigrants condamnés à connaître une amère désillusion.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.