Déneigement privé, problèmes publics

Il a été beaucoup question des automobilistes coincés sur l’autoroute 13, mais de nombreuses personnes ont connu le même sort sur la 520.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il a été beaucoup question des automobilistes coincés sur l’autoroute 13, mais de nombreuses personnes ont connu le même sort sur la 520.

Les opérations de déneigement et de déglaçage ont connu de sérieux ratés dans la nuit de mardi, mais les problèmes ne se sont pas limités à l’autoroute 13. De nombreux automobilistes ont également été coincés dans leur véhicule durant de longues heures sur l’autoroute 520, laissés à eux-mêmes. Dans les deux cas, le déneigement était assuré par des entreprises privées, auxquelles Québec a de plus en plus recours.

Nicolas Doré rentrait du travail vers 18 h 30 lorsqu’il s’est retrouvé coincé sur la voie de service de la 520 direction est, entre l’autoroute 13 et la bretelle menant à la 40. Pendant huit heures, la circulation a été complètement bloquée alors que la tempête de neige faisait rage. Pendant qu’il était prisonnier de son véhicule, à la maison, sa conjointe a tenté de s’enquérir de la situation auprès des services de police et du ministère des Transports du Québec (MTQ). Tout ce que Sylvie Bertrand a pu apprendre, c’est qu’un camion bloquait l’accès de la 40. Impossible de parler à quelqu’un au MTQ. « On revenait toujours à la case départ. C’est frustrant parce que cette tempête était prévisible. Il n’y a rien pour aider et réchauffer les gens. Que serait-il arrivé si quelqu’un avait fait une crise cardiaque ou eu un malaise ? » se demande-t-elle.

De son côté, Nadia Sebaï revenait de voyage avec sa famille après avoir atterri à l’aéroport Montréal-Trudeau lorsqu’elle a été prise dans l’immense bouchon de circulation sur l’autoroute 520 : « Ça ne bougeait plus. C’était un stationnement. » Huit heures plus, tard, soit vers 3 h du matin, la circulation a repris et elle a pu rentrer à la maison. « La chance qu’on a eue, c’est qu’on avait fait le plein d’essence, et les enfants ont dormi tout le long. » Mais pendant toute cette attente, les automobilistes ont été tenus dans l’ignorance.

Le ministère des Transports n’a eu vent d’aucune automobile bloquée par la neige sur l’A520 à distance de l’échangeur avec l’A13. « Il n’y a pas eu de bouchon. Est-ce qu’il y a eu des personnes qui ont pu être coincées à un moment ou un autre ? Oui. Mais on ne me rapporte pas de problèmes systémiques comme ç’a été le cas sur la 13 », a expliqué Mathieu Gaudreault, qui fait partie de la garde rapprochée du ministre Laurent Lessard.

Pour sa part, la SQ n’a pas été en mesure de préciser l’ampleur du ralentissement. Pour la période entre 15 h à 20 h, la SQ n’a pas répertorié d’appels à ce sujet, a indiqué la porte-parole Ingrid Asselin.

 

 

Le recours au privé

Le gouvernement libéral a montré du doigt l’entreprise privée pour le cafouillage dans les opérations de déneigement et de déglaçage durant l’ultime tempête hivernale. Pourtant, il s’appuie de plus en plus sur elle.

D’ailleurs, le déneigement et le déglaçage de l’A13 (Montréal, Laval et Boisbriand) et de l’A520 ont été confiés à deux compagnies privées, respectivement Roxboro Excavation et Excavation Loiselle.

Le ministre des Transports, Laurent Lessard, a enjoint à son ministère de faire enquête sur les activités de l’entreprise Roxboro Excavation, après quoi il pourra « mettre fin » au contrat.

Le président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), Christian Daigle, a attribué la sortie de route des deux camions, à l’origine de l’immobilisation de quelque 300 véhicules sur l’A13 sud, aux ratés de l’opération de déglaçage effectuée par Roxboro Excavation.

Les quatre (ou cinq) patrouilleurs du MTQ affectés à la surveillance de la voie rapide ont « demandé des renforts » pour barrer les accès au tronçon entre l’A40 et l’A20 après avoir constaté « une difficulté » vers 20 h, mais en vain. « Des gens ont été avisés en haut lieu. […] À ce moment-là, eux devaient faire le suivi avec leurs gens », a-t-il souligné.

En revanche, les « portions d’autoroute qui étaient entretenues par [les] ouvriers [du MTQ] et les bretelles d’accès étaient bien dégagées », a-t-il insisté.

Le président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), Marc-André Martin, s’est dit préoccupé par la « trop grande dépendance du [MTQ] à l’entreprise privée ». Il a invité, une énième fois, le gouvernement libéral à donner suite à l’une des recommandations du Rapport Charbonneau, en rebâtissant l’expertise du MTQ.

Le nombre d’ouvriers travaillant pour le MTQ a décru considérablement au fil des dernières années, passant de 3114 en 2009-2010 à 1828 en 2015-2016.

Le Conseil du trésor a par la suite chargé le MTQ de retrancher 389 employés équivalents temps plein (ETP) supplémentaires. Néanmoins, 62 personnes ont été embauchées comme conducteurs de véhicules, électriciens, mécaniciens, ouvriers et patrouilleurs réguliers entre 2012-2013 et 2016-2017, a fait remarquer l’attaché de presse de M. Lessard, Mathieu Gaudreault.

Par ailleurs, « il n’y a pas que des mauvais garçons », a-t-il souligné. Pour preuve, 96,6 % des entrepreneurs en entretien hivernal ont bien répondu aux exigences du MTQ en 2015-2016.

Cela dit, le MTQ a remis pas moins de 95 avis de réprimande à des sous-traitants « pour des manquements ayant compromis la sécurité du public » en 2015-2016. Roxboro Excavation ou encore Excavation Loiselle ont-ils été sermonnés par le MTQ dans le passé ? Le porte-parole du MTQ, Martin Girard, a refusé catégoriquement de transmettre les « avis », invitant Le Devoir à les réclamer en vertu de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. La directrice des communications du MTQ, Colette Duval, n’a pas rappelé Le Devoir.

Enquête « externe »

Après avoir présenté ses excuses aux victimes du « cafouillage majeur » survenu durant la tempête hivernale dans la nuit de mardi à mercredi, le premier ministre Philippe Couillard a chargé l’ex-sous-ministre Florent Gagné de reconstituer le fil des événements avant, pendant et après la bordée.

De son côté, le ministre Lessard a relevé de ses fonctions la responsable de la sécurité civile au MTQ, Anne-Marie Leclerc. Elle demeurera néanmoins sous-ministre adjointe au MTQ.

Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont tour à tour réclamé la tête du ministre Laurent Lessard, l’accusant d’avoir « laissé tomber les Québécois au moment où ils avaient besoin de lui ».

Avec Dave Noël

7 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 17 mars 2017 01 h 34

    L'idéologie néolibérale veut tout privatiser!

    On vous l'a dit mille-cent fois, le recours au privé nous coute plus cher et la qualité n'est pas au rendez-vous. Est-ce qu'on parle en Chinoix? Arrêter de confier les travaux publics aux entreprises privées. Nos cols bleus municipaux sont capables de faire un meilleur travail. C'est l'argent des contribuables qui est gaspillé à cause de l'idéologie néolibérale du gouvernement Couillard!

    • Daniel Bérubé - Abonné 17 mars 2017 10 h 43

      Malheureusement, notre PM doit faire ce que ses "supérieurs" lui ordonne de faire. Il n'est qu'une marionette obéissant aux cordes au dessus de lui ! Le PPP a été mis en place par Charest, alors pas question de l'enlever ! Si elle avait été mise ne place par le PQ, ah ben là ce serait ben différent ! Là c'est vrais que ça ne vaudrait pas de la m.... !

    • Donald Bordeleau - Abonné 19 mars 2017 19 h 48

      Par la responsabilité ministérielle donc il était responsable, il doit être tassé pour avoir manqué à ses responsabilité.

      Il y a plusieurs dossiers questionnable en cours ces anciens du PLQ

      Yvon Nadeau a fait un bon travail pour le financement de 100,000$ pour atteindre et dépasser ses cibles.


      Yvon Nadeau avec des liens Pyrobion est devenu en avril dernier, une filiale du groupe Rémabec.

      Les anciens attachés politique du ministre Lessard comme Pierre-Olivier Lussier et aussi Yvon Nadeau sont très gâtés pour service rendu. Il est logique d'avoir de multiples subventions en retour. Des millions pour un projet probablement utopique pour un procédé qui transforme la matière ligneuse en biocarburant. C'est un projet qui au finale pourrait 100 millions en recherche.

      Cela ressemble étrangement au projet du Centre intégré des pâtes et papier à l'UQTR de Trois-Rivières dirigé par un certains Patrice J. Mangin qui a couté plus de 100 millions pour ne former aucun étudiant comme résultat et causé beaucoup de désagrément à l'UQTR.


      http://www.lapresse.ca/actualites/national/201110/

      http://www.journaldequebec.com/2016/09/08/un-proch

      En fait après tout ses déboires qui pourrait remplacer ce monsieur à la porte tournante du MTQ.

  • André Labelle - Abonné 17 mars 2017 16 h 16

    C'était à prévoir ... !

    Depuis plus d'une dizaine d'années que notre gouvernement réduit les budgets tous azimuts. On ne peut pas continuellement couper sans conséquences. En éducation, en santé on voit clairement les conséquences.

    Le bordel au MTQ et à la Sécurité publique qu'on a observé cette semaine est le résultat de cette politique de réduction des dépenses. Faudrait tout de même arrêter de nous prendre pour des idiots.

    • Luciano Buono - Abonné 17 mars 2017 16 h 55

      Tant que l'on est pas dans la rue avec des balais ou des casseroles, ils nous prendront pour des idiots.

  • Daniel Cyr - Abonné 17 mars 2017 17 h 07

    C'était à prévoir, partie 2

    Entièrement d'accord avec les propos précédents, il est en effet très tentant de voir là des effets de la «rationalisation» à outrance orchestrée par le gouvernement libéral ces dernières années. N'est-ce pas dans l'esprit du leit-motiv principal de l'économie actuelle : privatiser les profits et socialiser les charges? Rassurons-nous, on allègera notre malheur par de belles baisses d'impôt tant espérées par les myopes. Beau marché de dupes!

  • Donald Bordeleau - Abonné 17 mars 2017 21 h 46

    Perte d'expertise vous dira Florent comme à la CEIC.

    C'est la perte d'expertise au MTQ. Selon mon expérience les véhicules du MTQ font un excellent travail. Dès qu'il y a 5 cm de neige, il s'active.

    Mais avec les contrats privés, le MTQ en perd son latin. D'ailleurs d'autres tronçons de route dont l'entretien est à des firmes privées ont été négligé selon qu'ont rapporté plusieurs automobilistes durant le tempête de mardi soir le 14 mars 2017.