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    Ménage à trois

    Michel David
    16 mars 2017 |Michel David | Québec | Chroniques

    En 1995, Jean-François Lisée, alors « conseiller à l’ouverture » de Jacques Parizeau, avait dû mettre tous ses talents de diplomate à profit pour négocier l’alliance entre le PQ, le Bloc québécois et l’ADQ en vue du référendum.

     

    Cela n’allait pas de soi. Il avait d’abord fallu faire accepter à M. Parizeau l’idée d’un « partenariat » avec le reste du Canada auquel il ne croyait pas, mais sans lequel Mario Dumont, déjà réfractaire à la social-démocratie péquiste, n’aurait pas embarqué. Après les résultats décevants de l’élection de septembre 1994, Lucien Bouchard jugeait M. Parizeau trop pressé, et ce dernier trouvait les deux autres bien timorés.

     

    Sans parler des relations personnelles entre les trois hommes. Si MM. Bouchard et Dumont entretenaient une véritable relation père-fils, aucun des deux n’avait d’atomes crochus avec M. Parizeau. Le chef de l’ADQ ne voulait même pas être photographié en compagnie du premier ministre péquiste. L’entente tripartite de juin, à laquelle la question référendaire faisait référence, n’aurait sans doute pas survécu à une victoire du oui.

     

    L’expérience de 1995 sera certainement très utile à M. Lisée, qui aura fort à faire pour préserver le nouveau ménage à trois qu’il souhaite former avec Martine Ouellet et Gabriel Nadeau-Dubois, qui s’annonce aussi houleux que celui dont il a été l’architecte il y a 22 ans. De toute évidence, il en est conscient, et il semble disposé à mettre autant d’eau dans son vin qu’il avait jadis conseillé à M. Parizeau de le faire. Encore faut-il que cela demeure du vin.

     

     

    Comme Gilles Duceppe, François Gendron et bien d’autres, le chef du PQ a tout de suite vu l’incompatibilité entre les rôles de chef du Bloc québécois et de député à l’Assemblée nationale, que Martine Ouellet et ses partisans inconditionnels refusent de reconnaître, mais il est prêt à avaler la couleuvre, quitte à subir les sarcasmes de François Legault, qui l’a exhorté à « mettre son pied à terre ».

     

    « Ce n’est pas mon rôle d’alimenter la polémique », plaide-t-il. Il n’a surtout pas intérêt à provoquer sa nouvelle vis-à-vis bloquiste, qui a montré de quel bois elle se chauffe durant la course à la succession de Pierre Karl Péladeau. Mme Ouellet a beau reconnaître qu’il appartient au PQ de fixer l’échéancier référendaire, nul ne peut savoir à quel moment elle redécouvrira qu’il est contrôlé par une bande de « provincialistes » prêts à se satisfaire de la première limousine venue. Mieux vaut la flatter dans le sens du poil.

     

    De toute manière, tant que le PQ est dans l’opposition, les impatients du Bloc n’ont rien à gagner à jouer les matamores. Si jamais M. Lisée devenait premier ministre et qu’une fenêtre s’ouvrait soudainement, par exemple si l’Écosse ou la Catalogne accédaient à l’indépendance, il serait toujours temps de réclamer qu’il presse le pas.

     

     

    La cohabitation avec QS s’annonce encore plus délicate. Gabriel Nadeau-Dubois n’est pas encore officiellement co-porte-parole ni député de Gouin, mais les 4000 nouveaux membres que QS dit avoir recrutés depuis l’annonce de sa double candidature laissent peu de doute sur l’ascendant qu’il exercera sur son nouveau parti.

     

    Qui plus est, M. Nadeau-Dubois et Mme Ouellet semblent faits pour former un couple au sein du ménage à trois, comme c’était le cas de Lucien Bouchard et de Mario Dumont. Non seulement ils partagent la même méfiance envers M. Lisée, mais ils ne sont pas en concurrence sur le terrain électoral, comme le sont le PQ et QS.

     

    À moins de verser dans l’autoflagellation, le chef péquiste ne pouvait pas laisser passer la malheureuse déclaration de GND affirmant que l’ensemble de la classe politique avait trahi le Québec depuis 30 ans, mais il semble prêt à sacrifier beaucoup sur l’autel de la « convergence », quitte à créer des remous au sein de son parti.

     

    Le Journal de Montréal rapportait mercredi les propos du député péquiste de Rimouski, Harold Lebel, qui a partagé dans les médias sociaux l’image d’une pancarte aux couleurs de QS expliquant « comment gagner Rimouski en 2018 ». Furieux, il a lancé : « Voilà la façon de converger de mes amis QS » ! Le problème est qu’il n’y a pas réciprocité d’intérêts dans une éventuelle alliance. Le PQ a besoin de la collaboration de QS pour prendre le pouvoir, mais QS restera dans l’opposition de toute manière. Ses exigences risquent donc d’être disproportionnées.

     

    La CAQ est visiblement déterminée à tirer profit de ce flirt. Depuis le début de la semaine, François Legault évoque le « syndrome GND » dont M. Lisée serait atteint et qui le pousse à s’opposer aux baisses d’impôt qui soulageraient les familles québécoises. La question est aussi vieille que le monde : jusqu’où faut-il pousser le compromis pour sauver son ménage ?













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