Le français en recul chez les travailleurs qualifiés

Les milieux d’affaires insistent pour qu’on accepte les travailleurs qualifiés même s’ils ne connaissent pas le français.
Photo: iStock Les milieux d’affaires insistent pour qu’on accepte les travailleurs qualifiés même s’ils ne connaissent pas le français.

Le gouvernement du Québec peine à recruter des immigrants qualifiés qui se débrouillent en français. Le nombre de recrues répondant aux deux critères est passé de 79,3 % à 64,5 % en à peine un an.

 

Ces statistiques sont d’autant plus décevantes que la cible du gouvernement est qu’au moins 85 % d’entre eux connaissent le français.

 

Pour renverser cette tendance, le ministère de l’Immigration a décidé de revoir la pondération de sa grille de sélection des immigrants, a-t-on annoncé mercredi. On abaissera donc le nombre de points pouvant être obtenus pour les qualifications par rapport au reste des facteurs (connaissances linguistiques, présence de la famille au Québec, situation du conjoint ou de la conjointe, offre d’emploi validée).

 

Au cabinet de la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, on refuse d’y voir un échec. « C’est un ajustement comme il s’en est fait d’autres auparavant », a déclaré son attachée de presse, Gabrielle Tellier.

 

La cible de 85 % serait-elle trop ambitieuse ? « C’est pour cela qu’on fait des modifications à la grille. On pense que ça va nous permettre d’atteindre la cible », dit-elle. Par contre, le gouvernement entend prendre d’autres moyens pour y parvenir, notamment en bonifiant le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui soutient les jeunes étrangers et les travailleurs temporaires.

 

Quant à savoir pourquoi le nombre d’immigrants sélectionnés parlant français est descendu si vite, elle ajoute que les « mouvements migratoires, ce n’est pas quelque chose que l’on contrôle ».

 

Les dernières statistiques qui proviennent du ministère de l’Immigration comparaient les neuf premiers mois de 2016 avec ceux de 2015. Selon les analystes du ministère, le changement pourrait découler du fait que la provenance des travailleurs qui demandent à immigrer au Québec a changé.

 

Ainsi, le nombre de candidats qualifiés en provenance du Moyen-Orient et de l’Asie orientale a beaucoup augmenté, alors que ceux provenant de l’Afrique du Nord (qui compte davantage de francophones) étaient moins nombreux.

 

Les milieux économiques impatients

 

Pendant ce temps, les milieux d’affaires s’impatientent. « À court terme, ce n’est pas très grave [de revoir les critères de sélection]. Mais à long terme, on ne devrait pas se priver de ressources compétentes parce qu’elles ne connaissent pas assez le français », a déclaré le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc. « Le fond de l’histoire, c’est qu’on a un marché du travail qui se resserre à cause du vieillissement de la population. […] On a des entreprises qui commencent à être inquiètes à propos de leur capacité d’aller recruter, dans quelques années, le personnel qualifié dont elles ont besoin, toutes origines confondues. »

 

Ce point de vue est largement répandu dans les milieux économiques. L’an dernier, lors de la commission parlementaire sur les cibles en immigration 2017-2019, le milieu manufacturier avait suggéré qu’on permette d’embaucher des travailleurs immigrants qui ne parlent pas le français avant même qu’ils aient suivi un cours. « Les entrepreneurs préfèrent avoir des gens qui ne parlent pas français, mais sont des travailleurs spécialisés, qu’on met tout de suite en usine quitte à adapter l’offre en français », avait déclaré Éric Tétrault des Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ).

 

Un impact sur toute la moyenne

 

Ces changements ont en outre un impact notable sur la moyenne totale des immigrants parlant le français puisque, en temps normal, le groupe des travailleurs qualifiés (immigrants économiques) est celui qui tire la moyenne des francophones vers le haut. Cela découle du fait que la langue d’arrivée est plus difficile à contrôler pour les autres groupes d’immigrés comme les réfugiés ou encore les personnes accueillies par le biais de la réunification familiale.

 

Ainsi, 46,5 % de l’ensemble des immigrants reçus déclaraient connaître le français en 2016 contre 57,3 % l’année précédente.


Connaissance du français chez les immigrants

Travailleurs qualifiés
  • 2012 : 77 %
  • 2013 : 70,9 %
  • 2014 : 75,4 %
  • 2015 : 79,3 %
  • 2016 : 64,5 %

Tous les immigrants
  • 2012 : 62,6 %
  • 2013 : 56,1 %
  • 2014 : 61 %
  • 2015 : 57,3 %
  • 2016 : 46,5 %

Le pourcentage des immigrants (travailleurs qualifiés et l’ensemble des immigrants) qui parlent le français et l’anglais, ou seulement le français. Les chiffres sont pour les neuf premiers mois de chacune des années.
  • Robert Beauchamp - Abonné 9 mars 2017 00 h 55

    Échec?

    Le français a toujours été un échec par ce gouvernement, et quant à l'anglophile président de la Chambre de Commerce de Mtl, son assocition est toujours sous perfusion grâce aux revenus des parcomètres.

  • Denis Paquette - Abonné 9 mars 2017 02 h 52

    n'avons nous pas fait notre part

    C'est toujours la meme chose le cash avant tout, que les millieux anglos-saxons engagent les travailleurs pas foutus de parler francais, n'avons nous pas fait notre part, nous qui étions obligés de parler anglais pour travailler,n'est ce pas légitime que l'on veille avoir des travailleurs qui parlent francais, il me semble que le mépris, est fini , s'ils ne parlent pas francais nous allons leur enseigner,nous avons d'excellents profs de francais, et surtout plus conviviaux

  • Yves Côté - Abonné 9 mars 2017 02 h 56

    Patriotes...

    "Le français en recul chez les travailleurs qualifiés" est le titre d'ouverture d'aujourd'hui de mon journal.
    Mais où donc pourrait être la surprise ?
    Après tout, les travailleurs qualifiés vivent exactement dans le même Québec canadien que tout le monde !

    Le seul moyen qui nous reste pour vouloir demeurer une province dans ce pays, ce n'est plus de fermer les yeux sur la réalité comme certains le font depuis des décennies.
    C'est dorénavant d'accepter que la réalité de notre dépouillement linguistique, culturel, historique et politique de notre peuple est tout à fait légitime.
    Les derniers masques tombent enfin.
    Patriotes, notre peuple n'est pas un déchet jetable d'humanité. Nous sommes un peuple luttant, tant bien que mal, pour sa liberté.
    Restons debout dans la bourasque à lutter collectivement pour le bien de ces générations qui nous suivront.

    Vive le Québec libre !

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 9 mars 2017 09 h 44

      Si seulement... "on ne criait pas dans le désert" d'un monde médiatique, plus souvent qu'autrement, hostile et/ou sans âme, carrément vendu à $$$$$$$$
      Si seulement... on pouvait par magie transposer nos réflexions dans le cerveau de chacun de nos concitoyens.
      Si seulement...si seulement...C'est tellement frustrant parfois.
      Un coup de cafard...mais je n'ai que X4 ans et tout le reste de ma vie devant moi! VLQL

    • Yves Côté - Abonné 9 mars 2017 12 h 19

      Madame Sévigny, en forme de clin d'oeil républicain, SVP persistez toute votre vie à vous tenir debout.
      Vous verez le nombre de personnes qui, fatigués de rester assises ou envieuses du respect que vous attirerai sur vous, finiront par faire de même...

      Mes amitiés et oui, Vive le Québec Libre !

  • Denis Paquette - Abonné 9 mars 2017 03 h 04

    Des omnibulés par le cash

    Q'attends notre gouvernement pour agir, que les multinationalles viennent les solliciter,quel petit monde que l'on peut acheter pour quelques dollars, enfin, une génération que nous avons produit dans le derniers vingt ans, complètement omnibulée par le cash,Trump se prépare a les recevoir

  • Guy Lafond - Inscrit 9 mars 2017 07 h 11

    Et dans le reste du Canada (ROC), alors?


    Nous observons également le même phénomène dans le Rest of Canada (ROC):

    Les communautés minoritaires francophones pèsent pour à peine 4.5% de la population du Canada mise à part celle du Québec.

    Le Reste du Canada (ROC) n'aimerait-il pas accueillir plus de Suisses, de Belges, de Français, de Sénégalais, de Marocains, d'Ivoiriens, d'Algériens, de Tunisiens, d'Égyptiens, de Rwandais, de Burundais, de Vietnamiens, d'Haïtiens,...?

    Après tout, nous avons raison pour le fromage!

    (Un Québécois à vélo et à pied d'oeuvre au Québec et dans le Rest of Canada)