Québec ouvert à l’idée d’élargir la loi sur l’aide médicale à mourir

Sans prendre d’engagement précis, le ministre Gaétan Barrette a ouvert la porte jeudi à la tenue d’un tel débat.
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Sans prendre d’engagement précis, le ministre Gaétan Barrette a ouvert la porte jeudi à la tenue d’un tel débat.

Un consensus est en train de se dessiner parmi les parlementaires québécois quant à l’idée de lancer un débat public sur la pertinence de légaliser l’aide médicale à mourir pour les personnes incapables de donner un consentement éclairé, comme les gens atteints de la maladie d’Alzheimer.

 

Sans prendre d’engagement précis, le ministre de la Santé Gaétan Barrette a ouvert la porte jeudi à la tenue d’un tel débat public réclamé par les deux principaux partis d’opposition, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec.

 

La loi québécoise actuelle sur les soins de fin de vie stipule que la personne admissible, considérée comme à l’agonie et atteinte d’une maladie incurable, doit être lucide et donner elle-même son consentement à obtenir une aide médicale visant à abréger ses jours.

 

Sont donc exclues d’emblée toutes les personnes, de plus en plus nombreuses, souffrant de différentes formes de démence, dont la maladie d’Alzheimer.

 

L’idée qui circule parmi les élus serait d’examiner la possibilité d’élargir l’application de la loi aux personnes ayant donné un consentement préalable, au moment où elles pouvaient le faire, par voie de mandat en cas d’inaptitude.

 

Pour éviter toute dérive, il faudra toujours s’assurer que la demande initiale provienne de la personne elle-même et non des proches, a prévenu la députée péquiste Véronique Hivon, en point de presse. C’est elle qui était à l’origine de la Loi concernant les soins de fin de vie, qui n’avait pas été adoptée à l’unanimité, malgré son champ d’action limité et après des années de consultations et de débats.

 

Mme Hivon réclame la tenue d’une commission parlementaire pour analyser la question, qu’elle a qualifiée d’extrêmement complexe, tant sur le plan médical que sur le plan éthique.

 

Le député caquiste François Bonnardel, dont la mère souffre de la maladie d’Alzheimer à un stade avancé, a réclamé lui aussi que le débat se fasse entre parlementaires sur cette question délicate. Très ému, il a dit en point de presse que lui-même, dans les circonstances, serait prêt à réclamer l’aide des médecins pour mettre fin à la vie de sa mère, si la loi le lui permettait et si elle avait exprimé ce désir quand elle en était capable.

 

Il n’existe que deux pays dans le monde à autoriser le soutien médical en pareil cas, les Pays-Bas et la Belgique.

 

Le débat à ce sujet a été relancé cette semaine, quand on a appris qu’un homme de Montréal, Michel Cadotte, a été accusé du meurtre au second degré de sa conjointe atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis des années. Il soutient avoir agi à la demande de celle-ci.

6 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 23 février 2017 17 h 45

    Une Commission demandée. Maintenant.



    «Mme Hivon réclame la tenue d’une commission parlementaire pour analyser la question, qu’elle a qualifiée d’extrêmement complexe, tant sur le plan médical que sur le plan éthique.»

    Je seconde+++ cette réclamation.
    Le temps est venu.
    Le moment est approprié.
    L'ouverture et de cœur et d'esprit y est.

    Un des bienfaits collatéraux de la future Commission : la diminution du nombre des suicides et des «meurtres par compassion».
    Un autre bienfait : l'augmentation de la sérénité.

    Après sa réussite remarquable et remarquée de sa Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité, le Québec est prêt pour ce travail apolitique, areligieux. solidaire, de compassion et de responsabilité.

    Ce sera un heureux et un fructueux moment de vie parlementaire et sociétale.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 23 février 2017 17 h 52

    … inhumaine !

    « Un consensus est en train de se dessiner parmi les parlementaires québécois quant à l’idée de lancer un débat public sur la pertinence de légaliser l’aide médicale à mourir pour les personnes incapables de donner un consentement éclairé » (Jocelyne Richer, La Presse Canadienne)

    Bien que cette Loi prévoie l’exercice libre et éclairé du consentement, l’idée de légaliser l’aide médicale à mourir chez des personnes « incapables » de consentir relèverait du phénomène de l’eugénisme !

    Lors d’une rencontre d’information pour les organismes communautaires secteur « PH », une rencontre tenue à Montréal au moment où Mme Hivon allait déposer un tel projet de loi, Me Jean-Pierre Ménard nous a assuré que l’aide médicale à mourir visera toute personne, avec ou sans « handicap », capable de consentir, sauf celle qui, possédant un « handicap intellectuel » avancé par exemple, demeurera dans l’impossibilité de livrer un tel consentement !

    De ce qui précède, cette douceur :

    L’idée même d’élargir cette loi nous apparaît dangereuse, insensée et …

    … inhumaine ! - 23 fév 2017 -

  • Danielle Houle - Abonnée 23 février 2017 18 h 11

    Excellente idée!

    Il faut élargir le débat. Inscrire nos volontés dans un mandat d'inaptitude notarié est une excellente idée. La maladie d'Alzheimer est une mort à petit feu, aussi bien décider mourir plutôt que de survivre sans conscience cette maladie. De toute façon, les personnes ne voulant pas avoir d'aide à mourir pourraient le signifier dans leur mandat d'inaptitude. Les démences sont insuportables pour la personne qui le vit et les aidants qui s'épuisent à les maintenir en vie. Une bonne fois pour toutes, mourir dans la dignité pour tous.

  • Michel Lebel - Abonné 23 février 2017 18 h 42

    Prudence!

    La porte pour l'aide médicale à mourir est ouverte. Quelle sera la limite à cette ouverture? Prudence.


    M.L.

  • Claude Gélinas - Abonné 23 février 2017 21 h 21

    Alzheimer et Qualité de vie !

    Ne pas reconnaître ses proches, être incapable de manger seul et de pourvoir à ses besoins élémentaires, être privé des plaisirs de la vie marcher, rire, écrire, lire etc,

    Mais qui souhaiterait souffrir et vivre dans ces conditions en plus de devenir un poids pour ses proches sans aucun espoir de revenir à la santé.

    Partant delà, partir, quitter ce monde en douceur, précédé de volontés testamentaires clairement énoncé visant à autoriser l'aide à mourir lorsque cette condition médicale sera reconnue. Mais, pourquoi pas.

    Vivre à tout prix : Non Merci !