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    Les «excuses» de Sklavounos

    Un acte de défiance

    Brian Myles
    11 février 2017 |Brian Myles | Québec | Éditoriaux

    Quel sera l’avenir de Gerry Sklavounos ? Le politicien blanchi par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a contribué lui-même à noircir sa réputation jeudi avec ses « excuses » dépourvues de sincérité.


    Gerry Sklavounos a échoué au test imposé par le premier ministre Philippe Couillard. Avant de réintégrer le député de Laurier-Dorion au sein du caucus libéral, M. Couillard a exigé qu’il s’engage dans une démarche sincère de reconnaissance de ses torts. C’était trop lui demander.

     

    Le DPCP a beau avoir conclu que M. Sklavounos n’avait commis aucun acte criminel contre Alice Paquet, il n’en demeure pas moins que de nombreuses femmes ont dénoncé, sous le couvert de l’anonymat, une palette de gestes imputés à M. Sklavounos, du commentaire à connotation sexuelle déplacé jusqu’au harcèlement.

     

    Dans une déclaration publique, Gerry Sklavounos a ramené sa réputation de coureur de jupons à un terrible malentendu. Il s’est décrit comme un homme amical, sociable, volubile, un peu charmeur à ses heures. Rien à voir avec le personnage d’obsédé par les conquêtes dépeint par ses détractrices.

     

    En réalité, M. Sklavounos ne reconnaît aucune faute, comme en témoigne son utilisation répétée du conditionnel (« si jamais »,« peut-être »). Il impute aux femmes le tort d’avoir mal compris ou mal interprété ses propos. Comme l’explique si bien dans nos pages le professeur en communication sociale et publique de l’UQAM Olivier Turbide, « il n’y a aucune reconnaissance de faute. Au mieux, il y a une reconnaissance de ne pas avoir été assez prudent ».

     

    Cette introspection de façade est aux antipodes de « l’expression sincère de sa compréhension des enjeux »exigée par Philippe Couillard. À la limite, Gerry Sklavounos pose un acte de défiance.

     

    Puisqu’aucune accusation n’a été portée contre lui et qu’il banalise la nature des allégations restantes, pourquoi faudrait-il s’inquiéter encore de sa probité ? Sa sortie, bien orchestrée en compagnie d’une poignée de militants et de son épouse passive et muette, visait au fond à forcer la main du premier ministre. Ce n’est rien de plus qu’une mise en scène pour redorer son image à des fins stratégiques.

     

    M. Sklavounos ne cherche pas tant à rassurer les femmes de son innocuité qu’à convaincre ses collègues qu’il est suffisamment inoffensif pour réintégrer le caucus libéral. Faut-il lui donner raison ?

     

    La députée de Québec solidaire Manon Massé, ardente partisane du mouvement de soutien aux femmes victimes d’agression sexuelle, lui demande de démissionner. C’est beaucoup exiger d’un homme à qui la police ne peut reprocher de comportement criminel. Même s’il est difficile pour les victimes d’agression sexuelle d’obtenir justice et d’être crues, il ne faut surtout pas substituer le lynchage à la présomption d’innocence. La primauté du droit doit l’emporter sur les instincts de colère et d’indignation, même les plus légitimes.

     

    Par contre, il n’existe pas une telle chose que le droit inaliénable de siéger au caucus d’une formation dans notre régime parlementaire. De par sa conduite, Gerry Sklavounos a déconsidéré la fonction de député à l’Assemblée nationale et a bafoué les « valeurs libérales » dont le gouvernement rappelle occasionnellement le souvenir. Il gagnerait à terminer son mandat à titre de député indépendant. Libéré des contraintes inhérentes à la discipline de parti, M. Sklavounos pourrait ainsi poursuivre sa réflexion sur le sens profond de sa conduite et les relations de pouvoir dissymétriques qu’il a entretenues avec des femmes. Avec un peu de chance, il comprendra peut-être qu’il n’a plus sa place en politique juste à temps pour la campagne de 2018.













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