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    Françoise David quitte la politique

    La porte-parole et membre fondatrice de Québec solidaire ne terminera pas son mandat actuel.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La porte-parole et membre fondatrice de Québec solidaire ne terminera pas son mandat actuel.

    Françoise David a officiellement annoncé, jeudi, qu’elle quitte la vie politique, n’ayant « plus la force » pour poursuivre.
     

    La porte-parole et membre fondatrice de Québec solidaire a précisé jeudi matin qu’elle ne terminera pas son mandat actuel, de sorte que le premier ministre Philippe Couillard devra tenir une élection complémentaire dans la circonscription montréalaise de Gouin d’ici six mois. Mme David a aussi indiqué qu’elle ne réclamera pas d’allocation de transition.
     

    Je n'en ai plus la force.
    Françoise David

     

    « J’arrête avant de tomber dans le burn-out ou l’épuisement professionnel », a indiqué Mme David, se disant aux prises avec « une fatigue qui ne me quitte pas ».

    La politicienne a par ailleurs affirmé qu’elle n’a pas de plans dans l’immédiat, qu’elle souhaite d’abord se reposer, mais assure qu’elle ne restera pas silencieuse.

    « Je veux continuer d’être utile à la société québécoise. Je n’ai pas l’intention de me taire devant l’injustice, l’intolérance, le sexisme, le racisme, la destruction de la planète », a-t-elle affirmé.
     

    L’annonce n’a surpris personne dans le milieu politique ; en entrevue à La Presse canadienne au début janvier, Mme David avait laissé entendre que sa retraite politique n’était pas loin.

    Rêver de la majorité

    Bien qu’elle reconnaisse que sa formation, malgré sa présence dans l’enceinte du pouvoir, n’ait pu freiner l’austérité, l’accroissement des inégalités sociales et fiscales ou faire avancer d’autres causes qui lui étaient chères, Françoise David demeure fermement convaincue que Québec solidaire est la solution politique à ces problèmes.

    Plus encore, elle estime que la situation aurait été encore pire sans la présence de sa formation, aussi limitée soit-elle.

    « Nous avons réussi à défendre des idées progressistes, audacieuses, novatrices qui, sans nous, ne se seraient pas frayées un chemin jusqu’à l’Assemblée nationale », a-t-elle affirmé.

    « Imaginez si nous étions 12, 20 ou 63 », a-t-elle laissé tomber, disant rêver du jour où sa formation serait majoritaire tout en invitant la relève à s’investir.

    « Je souhaite que des plus jeunes, plus fous, sachent réinventer la vie politique et redonner espoir à celles et ceux qui croient de moins en moins en notre capacité démocratique de nous attaquer en profondeur au désordre du monde », a-t-elle dit.

    L’ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec n’a pas tracé de grand bilan de son passage en politique, disant avoir « beaucoup aimé le travail de député » et quitter « avec le sentiment du devoir accompli ».

    Sans attaquer qui que ce soit, elle a également lancé un avertissement quant aux risques que représente la montée du populisme.

    « Nous vivons une période politique trouble, morose et guerrière. Les inégalités augmentent en flèche et l’intolérance trouve un terreau fertile dans les populations du monde », a-t-elle dit.

    Réactions

    Présent au Forum économique mondial de Davos, le premier ministre Philippe Couillard a tenu à saluer la contribution politique de Françoise David. « Je voudrais rendre hommage à Mme David, la parlementaire, mais reconnaître également toute la validité et l’importance de la parole de Françoise David, la Québécoise, qui va continuer à parler au Québec au cours des prochaines années. »

    « On peut avoir des différences d’opinion sur les orientations politiques du Québec et même des différences assez fortes parfois, mais on peut garder un ton civilisé, aimable entre les gens et elle a beaucoup contribué à ça »,
    a aussi dit M. Couillard.

    Cette caractéristique a également été soulignée par le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée. « Elle arrivait à adoucir les moeurs politiques », a-t-il dit en point de presse à Montréal, rappelant « l’immense difficulté qu’avaient les chefs des autres partis dans les débats d’essayer de lui lancer une pique ou une critique. […] Ç’aurait été déplacé. »

    M. Lisée a dit avoir appris à connaître au fil des ans chez Françoise David une femme de coeur entièrement dédiée aux causes qu’elle embrassait.

    « J’ai pu constater au quotidien combien cette femme a, dans sa moelle épinière, le besoin de faire avancer le bien commun avec un désintéressement total », a dit M. Lisée.
     

    Le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, a salué la détermination de cette « grande dame de la politique », avec qui il a vigoureusement débattu à l’Assemblée nationale. Mme David avait notamment fait des pieds et des mains afin de convaincre M. Blais d’abandonner son projet de réforme controversée du programme d’aide financière de dernier recours.

    « On a souligné souvent les désaccords que nous avons eus ensemble et, vous savez, on a eu aussi d’excellentes discussions qui nous ont permis d’améliorer le projet de loi [70] sur plusieurs facettes », a-t-il déclaré jeudi avant-midi dans le hall de l’Hôtel du Parlement. « Bien sûr, je tiens à lui rendre hommage comme il faut rendre hommage à tous les hommes et les femmes, qui se livrent au combat politique comme elle l’a fait. »

     

    Le ministre des Finances, Carlos Leitão, a aussi souligné « le style » de parlementaire de la députée démissionnaire. « [Elle était] toujours très posée, toujours très respectueuse. Ce style-là va nous manquer un petit peu. Mais je lui souhaite la meilleure des chances dans ses nouvelles activités », a-t-il dit.

     

    La ministre du Travail, Dominique Vien, a pour sa part fixé les objectifs des caméras de télévision afin de s’adresser directement — ou presque — à Mme David ; « une femme remarquable ». « Salut Françoise ! Merci pour la belle contribution. […] Bonne chance pour la suite des choses », a-t-elle lancé.


    «Un héritage important»
     

    Le Parlement subit la perte d’une « femme exceptionnelle [et] de grande valeur », a souligné le chef caquiste, François Legault. « Son parcours force l’admiration. Déçue par l’offre politique existante, elle a créé en 2006 un nouveau parti. Je suis bien placé pour savoir quels sacrifices, quels immenses efforts ça représente », a-t-il affirmé par voie de communiqué.

    « Françoise David laisse un héritage important. C’est un jour triste pour les électeurs de Gouin, pour les électeurs de Québec solidaire, pour tous ceux et toutes celles qui partageaient ses idées. Elle a fait un choix difficile, mais elle peut partir la tête haute », a-t-il poursuivi.

     

    Françoise David, qui vient tout juste d’avoir 69 ans, a été élue à l’Assemblée nationale pour la première fois en 2012 et représente la circonscription montréalaise de Gouin depuis ses débuts.
     

    Avant de se lancer en politique, elle a notamment été présidente de la Fédération des femmes du Québec de 1994 à 2001. Elle avait entre autres organisé la marche des femmes contre la pauvreté baptisée « Du pain et des roses » en 1995 et la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence en 2000.
     

    Françoise David avait participé à la fondation de la formation politique de gauche en 2006 après la fusion de l’Union des forces progressistes et d’Option citoyenne.













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