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    Réforme du RRQ

    Beaucoup trop modeste

    Peu de temps avant les Fêtes, Québec a publié un document de consultation pour réformer le régime des rentes (RRQ) en réaction à l’entente intervenue l’été dernier entre Ottawa et les neuf autres provinces. Malgré le fait que la réforme fédérale soit déjà très modeste, Québec vise malheureusement encore plus bas.


    De tout temps, parler de retraite rebute aux moins de 50 ans. Cela fait tellement pingre et croulant ! Pourtant, grâce à l’espérance de vie qui gagne du terrain, une forte proportion d’hommes et de femmes peuvent compter vivre encore 25 ans une fois passée la soixantaine. 25 années à dépendre des épargnes accumulées au cours de ses 35 ans de vie professionnelle.

     

    Contrairement à plusieurs pays d’Europe et d’Asie, notre système public des rentes ne couvre qu’une fraction insuffisante des besoins des retraités, le reste provenant des régimes complémentaires d’entreprise et des REER auxquels trop peu de gens participent.

     

    Depuis quelques années, plusieurs groupes ont fait pression sur les gouvernements pour qu’ils bonifient le régime public. À Ottawa, les conservateurs ont refusé d’agir. Puis les choses ont changé avec l’arrivée des libéraux, qui se sont entendus avec les neuf autres provinces que le Québec pour hausser les cotisations et les prestations du Régime de pension du Canada (RPC), l’équivalent de notre RRQ.

     

    Ce changement très progressif s’échelonnera sur une quarantaine d’années. À terme, la rente d’un retraité ayant cotisé toute sa vie au taux maximum passera de 13 100 $ à 19 900 $ (dollars d’aujourd’hui). Ajoutons à cela la Sécurité de la vieillesse (6900 $), pour un total de 26 800 $. C’est mieux que le statu quo (20 000 $), mais bien loin des 70 % de revenu de fin de carrière reconnus comme nécessaires. D’où la nécessité des REER et surtout des régimes d’entreprises, pourtant de moins en moins populaires à cause des coûts.

     

     

    Cela dit, malgré la modestie du plan fédéral, le gouvernement Couillard refuse d’adhérer et entreprendra cet hiver une consultation pour faire approuver une proposition moins généreuse que le reste du pays.

     

    Selon le document de consultation publié avant les Fêtes, la réforme fédérale pénalise les salariés qui gagnent moins de 27 000 $ puisqu’en augmentant leurs prestations d’un côté, on les privera du supplément de revenu garanti (SRG) (le « BS » du troisième âge) qui s’ajoute à la prestation de base de Sécurité de la vieillesse (SV) de 6900 $ chez les retraités sans autre revenu.

     

    En fait, disons les choses simplement : alors que les libéraux de Justin Trudeau tentent de réduire les coûts du Supplément de revenu garanti à long terme, le gouvernement Couillard tient à ce qu’Ottawa continue de prendre à sa charge les futurs retraités pauvres au lieu de les faire cotiser un peu plus au RRQ, eux et leurs employeurs.

     

    Autre conséquence du projet québécois : puisque la nouvelle prestation supplémentaire ne s’appliquerait au Québec qu’à la partie du revenu de travail cotisable supérieure à 27 000 $ pour tout le monde, il n’y a pas que les bas salariés qui recevraient moins que leurs homologues canadiens. Tous les futurs rentiers du Québec seraient touchés puisqu’ils auront contribué moins que les autres Canadiens au cours de leur carrière.

     

    À terme, la rente maximale d’un Québécois ayant gagné plus de 63 000 $ de salaire serait de 17 730 $, comparativement à 19 900 $ pour son homologue d’une autre province. Et comme Québec souhaite indexer désormais les rentes en fonction de l’indice des prix du Québec, habituellement moins élevé que l’IPC canadien, l’écart irait en s’accentuant avec le temps.

     

    Voilà un projet de réforme qui mettrait fin à l’harmonisation des régimes introduite à leur création pour favoriser la mobilité de la main-d’oeuvre. À tel point qu’il est probable que les salariés qui relèvent de la compétence fédérale, ceux des télécommunications et des banques par exemple, exigent de participer au RPC et non plus au RRQ pour éviter de voir leur pouvoir d’achat diminuer à la retraite, on les comprend.

     

    À cause de la baisse du nombre de travailleurs actifs plus rapide au Québec et de la prise de retraite plus jeune, le RRQ impose des cotisations plus élevées qu’ailleurs pour des prestations équivalentes. Au lieu d’ajuster les cotisations afin de maintenir la parité des rentes avec le reste du pays, le gouvernement Couillard tente d’introduire une réforme moins généreuse à long terme pour la classe moyenne. Un choix peu ambitieux qu’il faut rejeter. Après tout, on ne construit pas une économie et une société plus dynamiques et riches en visant toujours plus bas que son voisin.













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