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    Vers 2017

    Et la destination?

    Antoine Robitaille
    31 décembre 2016 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux

    Le gouvernement Couillard avait entamé 2016 avec un remaniement majeur. Celui-ci devait être le signe qu’après 20 mois de rigueur budgétaire — alias « austérité » —, le Québec allait « mieux » ; une « destination » se profilait même à l’horizon. Laquelle ? Le remaniement fut raté, est en quelque sorte devenu permanent. Des surplus plantureux — accumulés au prix de coupes parfois douloureuses — ont été exhibés fièrement. Mais où Philippe Couillard veut-il amener le Québec en 2017 ? Un autre remaniement et une distribution de récompenses ne constitueront pas une réponse suffisante.


    Le début de 2017 pourrait bien ressembler à celui de 2016 : marqué par un remaniement ministériel. Cela nous donne une idée de ce qui a, à bien des égards, caractérisé la dernière année au Québec : le surplace. Peut-être que cet immobilisme explique en partie que les (surprenantes) listes de grands disparus de 2016 s’imposent comme unique aspect marquant de cette année !

     

    Sur le plan politique, ce devait pourtant être un grand millésime, si l’on se fie au discours de Philippe Couillard du remaniement du 28 janvier : « Vous m’avez déjà entendu dire que le bateau était au quai et que la traversée serait rude. Aujourd’hui, nous voyons la destination. Nous avons passé le cap qui donne accès à des eaux plus tranquilles. » Ce serait une année post-rigueur ou post-austérité. À travers une année marquée par le spectre du règne Charest, à travers les histoires d’éthique douteuse (Hamad, Daoust, Lessard, etc.), les crises autour du ministère des Transports, du statut d’Uber, celle des délais de la justice, le gouvernement Couillard s’est efforcé d’annoncer des montants, rendant une partie des deniers économisés grâce à ses compressions. Ici aussi, 2017 s’annonce en partie une resucée de 2016. Que promet en effet, dans une entrevue de fin d’année, le ministre des Finances et président du Conseil du trésor Carlos Leitão ? Des « réinvestissements en santé, en éducation, de même qu’en développement économique ».

     

    La stratégie semble cousue de fil blanc. Rien d’original ici, plusieurs gouvernements l’ont appliquée dans l’histoire : on comprime pendant les deux premières années d’un mandat, et ensuite on redistribue. C’est ce que les économistes Pierre Fortin, Jean-Pierre Aubry et François Delorme ont qualifié, dans nos pages (13 juillet), de « stop-and-go budgétaire ». Cela garantit peut-être un succès électoral en octobre 2018, mais « comme stratégie économique, pas sûr que cela aura fait avancer le Québec », écrivaient les mêmes économistes.

     

    À quoi ressemble la « destination » que Philippe Couillard a évoquée en 2014 et au début de 2016 ? L’austérité, le réinvestissement, puis la réélection ? Le pouvoir pour le pouvoir ? Dans un discours inaugural qui viendra peut-être début 2017, il n’a d’autre choix que d’enrichir sa conception de la « destination ».

     

    À cet égard, l’année qui vient recèle des occasions : le 375e de Montréal et le 150e du Dominion, notamment. La métropole se prépare à se célébrer en occultant autant que possible — à l’instar de Québec il y a neuf ans — le fait que des Français l’ont fondée. Qu’en pense M. Couillard, lui qui se dit passionné d’histoire et qui nous rappelle à l’occasion que son ancêtre Guillaume « est arrivé de Bretagne en 1613, a exploité la première ferme de Nouvelle-France » ?

     

    Le 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique s’annonce tonitruant. 2016 a été marquée par le retour des vieilles querelles fédérales-provinciales traditionnelles, malgré les promesses de Justin Trudeau.

     

    Les transferts en santé, la volonté centralisatrice en matière de protection du consommateur pour le secteur bancaire, les nominations au Sénat, etc., le gouvernement Couillard a été contraint de sortir de son bon-ententisme.

     

    Le ministre des Affaires intergouvernementales, Jean-Marc Fournier, a protesté mollement, par missives — on dirait pour la forme —, sans vraiment recevoir d’accusé de réception. Ne ratant jamais une occasion de se quereller, son collègue Gaétan Barrette a ressorti l’expression « fédéralisme prédateur ». Philippe Couillard a gentiment rouspété surtout sur les transferts.

     

    C’est déjà ça, de la part de celui qui affirmait en octobre : « Mon devoir, comme premier ministre du Québec, c’est d’avoir une bonne relation de travail avec la personne qui est premier ministre du Canada. » Faux, son premier devoir est de défendre les intérêts du Québec.

     

    Le statut politique du Québec est encore problématique dans cette fédération. M. Couillard n’hésitait pas à le rappeler en 2013. Depuis, sans doute pour conserver à tout prix une « bonne relation de travail » avec le premier ministre à Ottawa, il a laissé tomber ce sujet. Dommage, à l’occasion du 150e, il y aurait là une occasion d’enrichir sa « destination ».













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