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    Abolition des frais accessoires

    Les dindons

    Antoine Robitaille
    30 décembre 2016 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux

    La fin prochaine des frais accessoires conduit plusieurs médecins à entreprendre des moyens de pression : rendez-vous annulés, menaces de fermeture de cliniques, etc. En négociation avec le gouvernement, les fédérations les y encouragent… Le ministre Barrette a raison de les sermonner, mais il est loin d’être sans responsabilité dans cette autre farce de type « chicane de docteurs » dont il semble que nous soyons les dindons, une fois de plus.


    Dans certains bilans de fin d’année, Gaétan Barrette a obtenu de bons points pour avoir « aboli les frais accessoires ». Les mérite-t-il ? Non, d’abord parce que rien n’est réglé. Le règlement abolissant les frais accessoires (FA) a été prépublié le 28 septembre. Aucune négociation entre le gouvernement et les fédérations médicales n’a eu lieu avant le 16 décembre. Du temps précieux a été perdu. La promesse du ministre ? Que le règlement prendrait effet « au plus tard dans la première ou la deuxième semaine de janvier [2017], et plus tôt si possible ». Pour ce faire, il aurait fallu se mettre à la table dès la fin de septembre. Mercredi, le cabinet de M. Barrette était incapable de dire si les négociations avaient lieu, mais on promettait une abolition effective « bientôt ».

     

    Revenons à la question initiale, à laquelle nous répondons par un deuxième non, car le ministre Barrette, au fond, ne souhaitait pas abolir les FA. Sa solution préférée ? Celle proposée par les lobbies de médecins : légalisation et « encadrement » des frais. En juin 2013, quand les Médecins québécois pour le régime public ont exigé l’abolition des FA, M. Barrette, alors président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, avait rétorqué que les MQRP ne représentaient selon lui à peu près personne et avaient des positions « dogmatiques ». Devenu ministre, son discours n’était pas très différent. Octobre 2015 : il affirme que l’abolition est impossible « à moins d’augmenter les impôts ». La protectrice du citoyen dénonce les frais ? « On est tous pour la vertu. Elle a fait un rapport vertueux, mais à un moment donné, il faut être réaliste. »

     

    Sa décision d’abolir les frais est une volte-face, faite à contrecoeur. Elle lui a été imposée par un recours collectif contre les FA et la démarche de l’avocat Jean-Pierre Ménard, qui a carrément intimé à Ottawa de faire appliquer sa loi au Québec, loi qui interdit les frais accessoires. Sous peine de voir ses paiements de transfert amputés. Déjà en tension avec le fédéral au sujet des transferts, le gouvernement Couillard a dû céder, en septembre 2016, et a annoncé qu’il éliminait l’épine des FA.

     

    La réaction des fédérations est actuellement similaire à… celle du doc Barrette de 2013, version FMSQ : cris d’orfraie, moyens de pression. Dans un courriel à ses membres, le 16 décembre, la présidente de la FMSQ, Diane Francoeur, les a carrément incités à annuler les rendez-vous. Le ministre Barrette (version décembre 2016) a raison de répliquer que, dans une rémunération de quelque 4 milliards de dollars, il y a de l’espace pour régler un problème de quelque 60 millions. La grève des rendez-vous des médecins québécois, ces hyperprivilégiés de notre régime, a quelque chose d’indécent. Des dizaines d’entre eux, en plus, ont arnaqué pendant des années des patients infiniment plus pauvres qu’eux ; patients qui avaient besoin de soins et qui payaient déjà de lourds impôts en espérant en recevoir. Cette cupidité infinie plombe la cote de confiance des Québécois à l’égard de la gent médicale.

     

    À ce sujet, la présidente de l’Association médicale du Québec, Yun Jen, écrivait dans nos pages, fin novembre : « Nous vivons les conséquences de la rupture de notre contrat social, qui exige de notre part un investissement dans les solutions. » Les fédérations devraient en prendre bonne note et régler cette question rapidement. Sinon, les Québécois auront compris qu’ils sont les dindons de cette farce.













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