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    Idées – Éducation financière en Ve secondaire

    Pourquoi ne pas couper le cours d’ECR?

    Des pétitions demandent le retrait du volet «religion» du cursus scolaire

    23 décembre 2016 | Nadia El-Mabrouk - Professeure à l’Université de Montréal | Québec
    L’amputation du cours Monde contemporain, envisagée pour libérer du temps pour un éventuel cours d’éducation financière, ne fera malheureusement qu’aggraver les lacunes en culture générale de nos jeunes.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’amputation du cours Monde contemporain, envisagée pour libérer du temps pour un éventuel cours d’éducation financière, ne fera malheureusement qu’aggraver les lacunes en culture générale de nos jeunes.

    Le ministre de l’Éducation vient d’annoncer l’implantation, dès l’automne 2017, d’un nouveau cours obligatoire d’éducation financière en Ve secondaire. Le scénario retenu pour faire place à ce nouveau cours est d’amputer la moitié du cours Monde contemporain. Pourtant, ce cours aborde les principaux enjeux et problèmes mondiaux, dont les enjeux économiques. L’autre scénario, finalement écarté, était celui de couper dans les cours à option en arts, en langues ou en sciences.

     

    Comment se fait-il que le cours Éthique et culture religieuse (ECR) n’ait pas été envisagé dans ces scénarios de rationalisation de matières à enseigner ? Pourtant, le ministre vient d’annoncer que ce programme serait revu. Cette annonce faisait suite à une pétition citoyenne signée par plus de 5000 personnes réclamant l’abolition du volet « culture religieuse » et au rapport dévastateur du Conseil du statut de la femme affirmant qu’il contribuait à véhiculer le sexisme des religions. L’occasion était toute trouvée de délester ce cours de sa partie controversée. Il serait même envisageable d’étendre le volet « éthique », qui vise à promouvoir des comportements citoyens responsables, afin d’y inclure le volet « éducation financière » souhaité par le ministre afin d’amener les jeunes à adopter des « comportements responsables » dans la gestion de leurs finances.

     

    Au lieu de cela, le ministre propose de sabrer un cours d’éducation citoyenne sur les enjeux et problèmes mondiaux. Paradoxalement, l’un des arguments maintenant avancés par ceux qui demandent le maintien d’un cours sur les religions est la nécessité, en ces temps marqués par des conflits mondiaux à référent religieux, de fournir des connaissances aux jeunes afin de les armer contre les fausses informations et les prémunir contre la radicalisation. Or, pour atteindre cet objectif, au lieu d’un cours sur le symbolisme et les expressions du religieux, il serait tout indiqué de renforcer des cours permettant de comprendre les problèmes mondiaux, dans une approche critique, à travers les diverses perspectives géographiques, historiques, économiques, politiques, et aussi religieuses. L’amputation du cours Monde contemporain ne fera malheureusement qu’aggraver les lacunes en culture générale de nos jeunes, déjà mise à mal dans un contexte de déclin de l’enseignement de la géographie au collégial, comme le rapportait récemment un collectif d’enseignants et d’étudiants en géographie.

     

    Orienté vers la délibération et la prise de position, le cours Monde contemporain a pour objectif d’amener les élèves à développer leur sens critique dans l’étude de problèmes et d’enjeux du monde contemporain. C’est tout le contraire du volet « culture religieuse » du cours ECR, où l’exercice du jugement critique est banni. Alors que le volet « éthique » est conçu comme une réflexion critique sur les conduites, les valeurs et les normes des membres d’un groupe, la compétence en culture religieuse consiste à comprendre le fait religieux en pratiquant un dialogue de respect orienté vers la recherche du vivre-ensemble. Autrement dit, il s’agit de reconnaître l’existence de croyances et de pratiques religieuses, et de les accepter toutes. Outre le paradoxe de vouloir favoriser le vivre-ensemble en mettant en avant ce qui divise le plus les individus, soit leur religion, comment, sans esprit critique, ce cours pourrait-il constituer un rempart contre l’endoctrinement des jeunes ? Bien au contraire, il contribue à fragiliser les futures générations en les rendant inaptes à reconnaître des manifestations extrémistes des religions pouvant mener à la violence. Rien dans le contenu du cours ECR ne permet de débattre des enjeux mondiaux ni de comprendre l’actualité marquée par les attentats perpétrés par le groupe État islamique.

     

    L’objectif n’est pas ici de me prononcer sur le bien-fondé de la création d’un cours d’éducation financière, mais de discuter de l’impact des coupes envisagées pour lui faire place. Plutôt que d’amputer le cursus des étudiants de Ve secondaire d’une matière permettant aux jeunes de comprendre les enjeux mondiaux dans une approche critique, plutôt que de couper dans des cours optionnels en arts ou en langues qui sont les véritables véhicules du vivre-ensemble, délester le cours ECR de sa partie enseignement religieux que suivent les enfants depuis la première année du primaire me paraît tout indiqué.













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