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    Politique étrangère

    Le Québec, porte-voix des droits LGBT

    19 décembre 2016 |Philippe Orfali | Québec
    La défense des droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres fera désormais partie intégrante de la politique étrangère québécoise, a confirmé au «Devoir» la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La défense des droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres fera désormais partie intégrante de la politique étrangère québécoise, a confirmé au «Devoir» la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre.

    La « voix distincte » du Québec à l’étranger sera gaie. Un mois après avoir appelé — en vain — ses homologues à s’attaquer à la discrimination envers les personnes LGBT au sommet de la Francophonie de Madagascar, la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, franchit un pas de plus. La défense des droits des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres fera désormais partie intégrante de la politique étrangère québécoise, a appris Le Devoir.

     

    Dans leurs échanges avec des diplomates ou des politiciens de pays où les personnes LGBT font l’objet de discrimination, Christine St-Pierre et son personnel évoquent maintenant cette question de façon systématique et sans ambages. Et ce, malgré les tensions ou les malaises que cela suscite.

     

    « Il y a des dossiers dans lesquels on veut avoir un leadership, et le dossier LGBT en est un. On va être proactifs», explique la ministre, qui souhaite s’attaquer à la « résistance » de plusieurs États, notamment au sein de la Francophonie internationale, concernant la discrimination basée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

     

    « Il y a des pays qui vont nous dire qu’on se mêle de leurs politiques internes. C’est comme ça. Je n’ai pas peur de créer un malaise, on n’est pas agressifs, mais on l’affirme : nos valeurs démocratiques incluent les droits des LGBT. […] Ça va finir par rentrer. »

      

    Peine de mort

     

    Dans douze pays membres de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), l’homosexualité est passible de prison, voire de la peine de mort. Six autres ne l’ont pas officiellement criminalisée, mais ont signé, en 2008, une déclaration s’opposant aux droits des LGBT. Dans bien d’autres encore, les personnes LGBT font l’objet d’intimidation et de discrimination au quotidien, même si les relations sexuelles entre personnes de même sexe ne constituent pas un crime.

     

    Comme l’OIF constitue l’un des forums internationaux où le Québec a le plus d’influence, on estime, au sein du gouvernement, qu’il s’agit de l’endroit tout indiqué pour intervenir sur cette question.

     

    Tabou

     

    Québec a donc tenté d’inclure, dans la déclaration ratifiée à l’issue du plus récent sommet de l’OIF, à Antananarivo, à Madagascar, un article sur la question LGBT, ce qui a suscité « de très fortes résistances de la part de certains États africains, notamment le Cameroun », révèle une note interne. La proposition n’a finalement pas été retenue par les membres, mais la question a été abordée à maintes reprises.

     

    « Dans nos rencontres bilatérales, je constate avec mes homologues que lorsqu’on en parle entre nous, tout le monde dit avoir un ami, un enfant, une connaissance LGBT. Comme individus, ils admettent qu’il n’y a pas de problème. Mais au moment de poser un geste politique, il y a toute une résistance », observe la ministre St-Pierre.

     

    En coulisse, on reconnaît toutefois que ce dossier ne passe pas toujours comme une lettre à la poste. La question est non seulement taboue dans de nombreux pays, mais elle est, de plus, souvent perçue comme une « importation culturelle » de l’Occident.

     

    « On se fait parfois répondre que, si on veut leur parler d’homosexualité, eux vont parler de polygamie et pourquoi pas d’excision », explique-t-on.

     

    Le Québec entend revenir à la charge lors de la prochaine rencontre des ministres de la Francophonie, en 2017 en Arménie, cette fois en s’entourant de « membres alliés », par exemple la Belgique, le Canada ou la France, pour promouvoir cet enjeu.

     

    Par ailleurs, le gouvernement du Québec a annoncé la semaine dernière qu’il allait octroyer 300 000 $ aux organisateurs de Fierté Montréal (la plus importante de l’espace francophone) afin de piloter la tenue d’une conférence internationale sur la diversité sexuelle et la pluralité des genres dans la francophonie. Près de 250 personnes sont attendues, et Québec souhaite que la secrétaire générale de l’OIF, Michaëlle Jean, y participe.

     

    Un pari risqué

     

    S’il n’est pas inédit, le geste de Québec demeure significatif, estime le politologue Stephen Brown, qui se spécialise dans les enjeux LGBT sur la scène internationale. Hillary Clinton, Justin Trudeau et l’ex-ministre des Affaires étrangères de Stephen Harper John Baird ont tous dénoncé publiquement, dans le cadre de leurs fonctions, les atteintes aux droits des minorités sexuelles. Or, toute l’attention que suscitent de telles interventions de leaders occidentaux peut avoir des conséquences néfastes pour la communauté LGBT, rappelle M. Brown. « C’est une bonne chose, mais ça ne doit pas être la seule action posée. Il faut appuyer les militants locaux, leur demander quelle stratégie serait selon eux la plus efficace. Car c’est eux qui vivent cette réalité au jour le jour et, parfois, l’attention internationale peut empirer la situation. Dans certains endroits, les gens se sont retrouvés encore plus ostracisés à cause de l’attention négative que ça attirait envers leur pays. »

     

    « L’autre danger, c’est que la position du Québec passe pour de l’impérialisme », poursuit le professeur de l’Université d’Ottawa.













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