Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Troublantes contradictions

    Michel David
    17 décembre 2016 |Michel David | Québec | Chroniques

    Les écarts dans les résultats obtenus par les deux grandes firmes de sondage du Québec, Léger et CROP, ont souvent fait l’objet de débats dans le milieu politique, libéraux et péquistes accusant l’une ou l’autre de partialité. Périodiquement, une anomalie survenue à point nommé a pu éveiller les soupçons, mais les courbes finissaient par se rejoindre. Cela fait cependant deux mois de suite que les chiffres sont trop contradictoires pour ne pas être troublants.

     

    Les résultats des élections partielles du 5 décembre avaient déjà laissé planer un doute sur l’avance de 12 points que CROP accordait au PLQ en novembre, alors que Léger plaçait les deux partis à égalité. Dans les quatre circonscriptions, le pourcentage du vote obtenu par les libéraux avait baissé de 10 % en moyenne par rapport à l’élection de 2014, alors que le PQ avait gagné 6 points. Soit, le faible taux de participation pouvait créer une certaine distorsion, mais à ce point ?

     

    Les sondages publiés coup sur coup cette semaine, qui ont été réalisés à l’intérieur d’une période de 10 jours après les partielles, n’arrangeront rien. Selon CROP, l’avance du PLQ serait maintenant de 13 points. Qu’il s’agisse de sa part du vote chez les francophones (28 %) ou de sa soudaine progression en région (34 %), il y a assurément quelque chose qui cloche. Dans les trois circonscriptions situées en dehors de l’île de Montréal, les libéraux ont pourtant fait moins bien qu’à l’élection de septembre 2012.

     

    Il existe un dicton selon lequel une élection vaut mieux que n’importe quel sondage. Dans le cas présent, les partielles ont constitué une sorte de « test de réalité ». En tenant pour acquis que les sondeurs des deux maisons connaissent leur métier et qu’ils le font honnêtement, on peut se demander si la composition de l’un des deux échantillons ne fausse pas les résultats.

     

    Alors que Léger dispose d’un panel Internet de plus de 200 000 répondants au Québec, CROP fait plutôt affaire avec un fournisseur de Toronto, Research Now, qui jouit par ailleurs d’une très bonne réputation. Assez curieusement, en ce qui concerne la CAQ et Québec solidaire, la différence dans les résultats obtenus par les deux maisons se situe dans la marge d’erreur.

     

     

    S’il croyait que les choses vont aussi bien pour les libéraux que le dit CROP, on se demande bien pourquoi le premier ministre Couillard envisagerait un important remaniement de son cabinet et prorogerait la session parlementaire afin de prononcer un nouveau discours inaugural, comme on lui en prête l’intention. Une avance de 13 points à moins de deux ans des élections ne nécessiterait pas un tel rebrassage.

     

    En revanche, si c’est Léger qui a raison, un sérieux redressement s’impose. Seulement 10 % des électeurs francophones croient que M. Couillard est le plus apte à occuper le poste de premier ministre, alors que 23 % lui préfèrent aussi bien Jean-François Lisée que François Legault. Si le PQ réussit à évacuer la question du référendum de la prochaine campagne électorale, comme s’y emploie M. Lisée, cela pourrait bien être la « question de l’urne » en octobre 2018.

     

    Les scénarios d’une coalition PQ-CAQ ou PQ-QS sont pour le moins hypothétiques, mais la faveur qu’ils recueillent chez les francophones traduit un désir manifeste de renvoyer les libéraux dans l’opposition. M. Couillard devra être très convaincant dans la présentation de sa vision de cette identité canadienne qui s’exprime dans la québécitude, qu’il entend développer à l’occasion de la célébration du 150e anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique.

     

     

    Dans son bilan de fin de session, François Legault a attribué à une organisation déficiente les résultats mitigés de son parti aux partielles du 5 décembre. Il est sans doute vrai que la « machine » électorale de la CAQ n’est pas en mesure de rivaliser avec celles du PLQ et du PQ, mais cela ne devrait pas avoir d’effet sur les résultats des sondages, qui traduisent un désespérant surplace, qu’ils soient réalisés par CROP ou par Léger.

     

    Encore faudrait-il savoir où la CAQ loge exactement. Ce n’était pas la peine de dissiper son ambiguïté sur la question nationale si c’était pour commencer à faire de l’acrobatie sur l’axe gauche-droite. La récente pirouette de M. Legault sur l’impôt des contribuables à haut revenu avait de quoi désorienter n’importe qui.

     

    Lundi, il déclarait dans une entrevue à La Presse qu’il fallait les imposer davantage afin de soulager la classe moyenne et les plus démunis. Jeudi, il expliquait dans sa page Facebook qu’il s’était mal exprimé. « En fait, dans l’entrevue, je me suis mis à réfléchir tout haut. Erreur ! »

     

    Voilà un remarquable cas de crampe au cerveau. Après dix-huit ans en politique et cinq ans à la tête d’un parti, M. Legault devrait savoir qu’on ne réfléchit pas tout haut dans une entrevue, surtout pas si c’est pour suggérer le contraire de ce qu’on répète depuis des années. La CAQ a promis une « Loi sur la protection des contribuables », qui interdirait toute hausse de taxe ou de tarifs supérieure à l’inflation, et elle s’est engagée à « diminuer les impôts de chaque Québécois de 500 $, soit une baisse de 1000 $ par famille », sans distinction de revenu. Cette promesse était peut-être inconsidérée, mais elle a bien été faite. Robert Bourassa se plaisait à répéter que le ridicule ne tue pas, sauf en politique.













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.