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    Arabie saoudite, l’OIF et Couillard

    Couper les ponts

    Antoine Robitaille
    29 novembre 2016 |Antoine Robitaille | Québec | Éditoriaux

    L’Arabie saoudite ne facilite pas la vie à Philippe Couillard. Au sommet de la Francophonie, il a semblé dans un premier temps hésitant quant à l’opportunité d’accueillir ou non la monarchie dans les rangs de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il s’y est clairement opposé par la suite. Il devrait à l’égard de ce pays adopter une doctrine s’apparentant à celle de Mulroney face à l’Afrique du Sud des années 1980.


    L'Arabie saoudite colle aux semelles de Philippe Couillard comme une vieille gomme. Chaque fois que la monarchie wahhabite surgit dans l’actualité et s’impose, il se montre malhabile.

     

    En fin de semaine, c’est la controverse au sujet de la candidature de la monarchie saoudienne pour intégrer l’Organisation internationale de la Francophonie qui l’a embarrassé. Il a dans un premier temps refusé de prendre position publiquement pour ou contre l’admission de Riyad dans l’OIF. Le lendemain, M. Couillard prenait fermement et ouvertement position contre l’adhésion de l’Arabie saoudite.

     

    On peut comprendre, comme l’ont expliqué depuis des membres de son entourage, que son hésitation apparente, au départ, relevait d’une simple prudence à l’égard de discussions diplomatiques confidentielles ; il voulait éviter de tout faire déraper.

     

    Il reste que M. Couillard a hésité et, même s’il a d’emblée parlé du triste sort de Raïf Badawi — blogueur incarcéré dans la monarchie, condamné à un millier de coups de fouet pour ses critiques du régime et dont la famille vit à Sherbrooke —, il avait tout de même formulé cette idée, dans ses interventions initiales : « Il est bon que ces pays s’intègrent aussi. »

     

    Ce n’est pas la première fois que M. Couillard expose cette philosophie d’« ouverture » à l’égard de la pétromonarchie. Et c’est là qu’il erre. Comment un homme si intransigeant, en politique interne, lorsqu’il est question des droits de la personne, qui, au moindre doute, accuse tout un chacun de « souffler sur les braises de l’intolérance » contre les minorités peut-il, sur la scène internationale, défendre une telle politique d’ouverture à l’égard d’un si mauvais élève en ces mêmes matières ? La chose est plutôt paradoxale.

     

    En fait, lorsqu’il prône ainsi « l’intégration » de pays aux moeurs aussi condamnables, il prête flanc à ceux qui lui attribuent des intentions. M. Couillard déteste cela, avec raison. Il ne peut toutefois nier qu’il a fait plus que pratiquer la médecine pendant cinq ans dans cette théocratie. Il a aussi, dans les quelques années qui ont précédé son retour en politique québécoise en 2013, été conseiller du ministre saoudien responsable de la Santé, Abdullah bin Abdulaziz Al-Rabeeah. On n’a jamais vraiment su ce que M. Couillard avait eu comme mandat auprès de ce chirurgien qui, du reste, n’est plus ministre aujourd’hui. Le chef libéral a souvent expliqué qu’il avait seulement à se rendre environ trois jours par année dans le royaume du golfe afin de participer à des rencontres s’apparentant à des colloques. Néanmoins, M. Couillard a été plus qu’un simple expatrié dans ce pays, il a été rémunéré par son gouvernement. Celui-ci est-il d’ailleurs intervenu, en fin de semaine, pour qu’il appuie sa candidature au sein de l’OIF ? « Absolument pas ! », répond son entourage.

     

    Face à l’Afrique du Sud de l’apartheid, l’ancien premier ministre canadien Brian Mulroney, dans les années 1980, avait, le premier dans le Commonwealth, adopté une politique non pas d’inclusion, mais de sanctions économiques à l’égard du pays et du gouvernement de Pieter Botha. Contre l’avis de la première ministre britannique de l’époque, Margaret Thatcher, entre autres. On connaît la suite. Face à l’Arabie saoudite, M. Couillard devrait s’inspirer de cette doctrine sans ambiguïté. La position qu’il a finalement prise samedi va dans ce sens et il faut s’en réjouir.













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