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    Éducation

    Québec souhaite accélérer la maternelle à quatre ans

    Enseignants, directions d’école et commissions scolaires vantent le projet

    19 novembre 2016 |Marco Fortier | Québec
    Des milliers d’enfants grandissent dans une maison où il n’y a aucun livre.
    Photo: Jacques Grenier Le Devoir Des milliers d’enfants grandissent dans une maison où il n’y a aucun livre.

    Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, compte accélérer le développement de la maternelle à quatre ans dans les quartiers défavorisés pour « accrocher » des enfants qui grandiraient autrement sans stimulation intellectuelle.

     

    Ce virage vers la prise en charge précoce des enfants par le milieu scolaire, en complémentarité avec le réseau de garderies, fait quasiment l’unanimité à Montréal : les enseignants, les directions d’école et la plus grande commission scolaire du Québec appuient l’initiative du ministre Proulx. Les centres de la petite enfance (CPE) préviennent toutefois qu’ils représentent le meilleur moyen pour stimuler les enfants en bas âge.

     

    Que ce soit en service de garde ou à la maternelle, les études récentes démontrent qu’il est crucial de stimuler les enfants défavorisés en bas âge, rappelle Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Le problème, c’est que les services de garde n’accueillent qu’une partie des enfants d’âge préscolaire.

     

    L’avenir en jeu

     

    « Dès la fin de la première année, si un enfant a de la difficulté en lecture, il est à risque pour l’avenir. L’écart ne diminue pas au fil des années scolaires. On n’a pas beaucoup de temps, il faut agir vite et il faut agir bien », a expliqué la spécialiste durant une journée de consultation sur la réussite scolaire tenue vendredi à Montréal. Il s’agissait de la 14e de 18 séances de consultations organisées par le ministre Sébastien Proulx pour améliorer la réussite dans les écoles primaires et secondaires.

     

    Monique Brodeur a rappelé que des milliers d’enfants grandissent dans des familles où il n’y a aucun livre, par exemple. Ou avec des parents qui ne parlent pas le français ou qui maîtrisent mal les codes culturels : sur le seul territoire de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), le quart des élèves sont nés à l’étranger. S’ils ne fréquentent pas un service de garde, plusieurs enfants arrivent en maternelle privés d’aptitudes sociales et de connaissances élémentaires, notamment en matière linguistique. Et ce ne sont pas seulement des immigrants, loin de là.

     

    « Notre défi, c’est de nous assurer que, lorsque les gens arrivent en première année — et c’est l’idée du préscolaire aussi —, on est capables d’atténuer les iniquités et les inégalités. Il faut aller plus rapidement dans les milieux défavorisés, parce qu’on a là des enfants vulnérables. Mme Brodeur l’a dit : si on ne fait pas ce rattrapage-là, les différences vont s’accentuer à l’école, les inégalités vont exploser », a dit le ministre Sébastien Proulx au Devoir.

     

    Une île, mille inégalités

     

    Le ministre de l’Éducation a déjà commencé le virage vers la maternelle à quatre ans : en juin dernier, il a plus que doublé le nombre de classes en créant 100 maternelles à quatre ans en milieux défavorisés. Selon Québec, on compte 188 de ces maternelles à quatre ans à temps plein au Québec, dont 21 dans l’île de Montréal.

     

    Les inégalités sont pourtant beaucoup plus criantes dans l’île de Montréal. La moitié des 300 écoles francophones de l’île desservent une clientèle pauvre (à la CSDM, c’est plutôt les deux tiers des élèves qui sont en milieu défavorisé). La moitié des élèves sont allophones. Et le quart ont des besoins particuliers, que ce soit à cause de l’autisme ou d’un déficit d’attention, par exemple.

     

    Ajoutez à cela que quatre élèves sur dix fréquentent une école secondaire privée à Montréal. Aussi, les écoles publiques qui ne choisissent que les meilleurs élèves se multiplient. Comme le dit le Conseil supérieur de l’éducation : « Les enfants des milieux défavorisés et ceux qui éprouvent des difficultés d’apprentissage sont surreprésentés dans les classes ordinaires des écoles publiques, ce qui peut créer dans ces classes des contextes moins propices à l’apprentissage [et à l’enseignement]. »

     

    La CSDM appuie aussi la maternelle à quatre ans, mais avec des mises en garde. La création de places doit se faire en complémentarité avec les garderies publiques, insiste Catherine Harel-Bourdon, présidente de la plus grande commission scolaire du Québec. « Il y a des secteurs où on manque d’espace pour nos élèves. Il faut penser à un plan sur cinq à dix ans [pour créer des places en maternelle à quatre ans]. Il faut que ce soit en milieu défavorisé. Et il y a des enfants qui sont déjà en CPE. Mon but, ce n’est pas d’avoir le monopole des quatre ans. »













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