vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 21h41


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Femmes et politique - Députées cherchent électeurs

Mario Cloutier   6 juillet 2002  Québec
Depuis les élections générales de 1998, Le Devoir a suivi le parcours de quatre nouvelles députées à l'Assemblée nationale. À l'approche de la prochaine campagne électorale, Mario Cloutier a tracé avec Linda Goupil, Nathalie Normandeau, Manon Blanchet et Line Beauchamp un bilan de ce premier mandat qu'elles aimeraient renouveler.

Les temps sont durs pour les politiciens, peut-être un peu moins pour les politiciennes. Les sept dernières élections partielles ont vu les électeurs choisir quatre femmes pour les représenter. Cette percée procède sans doute de la même volonté de changement exprimée clairement depuis le début de l'année, un vent qui favorise largement l'ADQ.

Pour quatre députées élues en 1998 — Linda Goupil, Nathalie Normandeau, Manon Blanchet et Line Beauchamp — qui en sont à la fin d'un premier mandat, l'arrivée de collègues féminines est une bonne nouvelle. Cela confirme le renouvellement souhaité par des électeurs qui veulent des élus plus près d'eux, davantage à l'écoute.

«Je fais partie des 125 personnes qui ont l'immense privilège, l'honneur de représenter sept millions de personnes au Québec, lance la députée libérale de Bonaventure, Nathalie Normandeau. On doit être conscient de cette responsabilité pour pouvoir la transmettre. Ça fait partie du travail de réhabilitation de la classe politique. Si on oublie les gens qui nous ont élus, on est perdus.»

La ministre péquiste Linda Goupil confirme. Elle est satisfaite du parcours accompli en quatre ans, mais surtout du lien direct qu'elle dit avoir maintenu avec la population de sa circonscription de Lévis. «La force d'un élu, c'est les femmes et les hommes qui nous choisissent pour les représenter à l'Assemblée nationale. Les gens du comté de Lévis m'ont invitée à déposer ma candidature et m'ont soutenue au cours de ces quatre années.»

De son côté, la représentante libérale de Sauvé, Line Beauchamp, organise depuis trois ans le Tour de Line, une mini-randonnée cycliste dans Montréal-Nord, pour se rapprocher des familles. «On a eu 700 participants cette année et 2400 hot dogs ont été servis. Ce n'était pas qu'un exercice de poignées de main, mais une rencontre avec des parents et leurs enfants. Ce n'est pas vrai que je vais attendre qu'ils m'écrivent une lettre.»

Elle souhaite que les élus soient plus près que jamais des citoyens. Davantage de commissions itinérantes ou d'invitations à certains individus au parlement serait un début, croit-elle. «Le vrai défi reste le contact entre le citoyen et l'institution parlementaire, dit-elle. Il y a un écart, parfois un fossé entre le travail que fait un député dans la machine législative, à étudier des projets de loi article par article, et les gens qu'on représente. Ils ne réalisent pas ce qu'on fait.»

Un peu plus à l'ouest sur l'île de Montréal, dans Crémazie, la députée péquiste Manon Blanchet pense aussi que le malentendu vient du fait que la population ignore trop souvent la tâche accomplie par un député. «Les gens pensent que nous ne faisons que la période de questions et que nous siégeons à Québec pour nous pousser de nos comtés et y faire des mots croisés. Alors je leur montre mon agenda et ils comprennent.»

Sa collègue de l'équipe gouvernementale, Linda Goupil, pense que les politiciens doivent passer plus de temps sur le terrain qu'en gestion. Ministre de la Famille et de l'Enfance au cabinet Landry, elle milite pour la conciliation travail-famille. «J'ai une belle-soeur qui achète les vêtements, une tante qui prépare de la bouffe et un conjoint qui a changé son horaire de travail», dit-elle en ricanant.

Mme Goupil a un avantage sur certains collègues qui viennent de régions éloignées. Même si elle est très sollicitée, elle n'a que le fleuve à traverser et «quinze minutes de pointe» à se taper pour rejoindre le parlement.

«Malgré cela, confie-t-elle, le plus difficile, c'est le manque de temps. Quand des gens me regardent dans les yeux et me parlent de ce qui les touche, j'aimerais avoir plus de temps pour effectuer de meilleurs suivis.»

Apporter sa petite contribution

Veille d'élections chamboulée par la déferlante adéquiste ou préoccupation véritable? Ces quatre femmes ne pensent qu'à ça: leurs électeurs. Elles soulèvent toutes la question du service public spontanément.

«J'aurai pu mettre mon grain de sel, confie Manon Blanchet. Peu importe ce qui arrive lors des élections, j'aurai fait mon bout. La stratégie de lutte contre la pauvreté, par exemple, je sais que ça touche mon monde dans mon coin. [...] Un bon souvenir que je garderai toujours, c'est l'ouverture du centre communautaire dans Crémazie, un projet datant de 15 ans qui s'est fait avec l'aide de Mme Harel et des libéraux aussi.»

Une meilleure collaboration entre les partis à l'Assemblée nationale, elles le réclament toutes depuis la première rencontre avec Le Devoir. N'empêche, les libérales voudraient changer de côté au Salon bleu.

«Ce n'est pas un manque de respect envers l'institution, dit Line Beauchamp, mais quand on est ici, soumis à l'agenda de quelqu'un d'autre, du gouvernement, c'est moins évident que nos patrons, ce sont les citoyens. [...] C'est clair que je suis en politique pour le pouvoir de changer des choses, mais ce n'est pas le pouvoir pour un trip narcissique.»

Nathalie Normandeau pense que le mandat dans l'opposition a été une très bonne école. Elle se sent prête à passer à la prochaine étape. «Ce qui devient frustrant dans l'opposition, c'est le fait d'être toujours dans une dynamique de confrontation, de critique. On a des solutions, une vision et on souhaite apporter notre petite contribution. On a fait nos classes, on est prêts.»

L'ambition, oui, mais le pouvoir pour le pouvoir, non. Ces députées croient au rôle de député comme moteur de changement et il n'est pas nécessaire d'être ministre pour faire bouger les choses.

«Moi, dit Line Beauchamp, je porte déjà trois chapeaux: députée-ombudsman dans mon comté, législateur ici et militante. Je ne veux pas être ministre à tout prix. C'est un boulot très difficile. Honnêtement, je n'ai pas cette ambition.»

Même son de cloche chez Manon Blanchet, et ce même si, depuis 1976, les députés de Crémazie ont tous été ministres. «Après avoir été ministre, M. Campeau me disait qu'il avait beaucoup plus de fun comme simple député. Personnellement, je travaille pour les gens de Crémazie d'abord et avant tout. Je veux prouver aux gens de chez nous qu'ils ont fait le bon choix.»

Bon gouvernement

Le bon gouvernement, Linda Goupil y croit. Elle devient vite intarissable au sujet des projets et politiques auxquels elle a participé récemment: les garderies et les éducatrices, la lutte contre la pauvreté et les succès auprès des jeunes démunis, les aînés, etc.

«En toute humilité, je suis fière. C'était tout nouveau, la politique pour moi, même si j'ai toujours été engagée dans ma communauté et dans ma corporation. Comme élue, [mon rôle] est de m'assurer que l'appareil gouvernemental prenne la direction que la population souhaite.»

Le programme péquiste, en ce sens, devra aussi s'adapter aux nouvelles réalités et à la vie des gens, souligne Manon Blanchet. «Je suis assommée à chaque fois que je vais dans un congrès par l'espèce de catalogue Sears sur lequel on passe des heures à s'obstiner, à mettre un point au lieu d'une virgule. Il faudrait passer le message autrement; personne ne veut se taper le programme. Il faut s'adapter à la vitesse de la vie, trouver une façon pour que les gens nous écoutent.»

Les premiers visés sont les collègues masculins. Ils devront entendre raison aussi. La méthode virile du hockey, quand le Salon rouge prend des allures de coins de patinoire, n'impressionne plus personne, disent-elles.

«En politique, dit Nathalie Normandeau, les femmes doutent constamment de leurs capacités, mais c'est un doute qui fait avancer. Pour parler sur un projet de loi, on a besoin de préparation; les hommes y vont sans se poser de questions, un peu en cow-boys. [...] Trop souvent, les émotions prennent le pas. Les parlementaires ont des leçons à tirer du désintérêt des gens. Ça reste une game de gars et de ti-coqs.»

Mais ces désagréments ne les empêcheront pas de se présenter de nouveau lorsque le premier ministre voudra aller aux urnes. «Je ne vois pas comment on peut sortir d'une expérience politique en se disant déçu, pense Line Beauchamp. Moi, ça fait en sorte que je me sens plus citoyenne que jamais.»

Nathalie Normandeau croit qu'elle fait «l'un des plus beaux métiers du monde». Même si elle ne pense pas rester politicienne toute sa vie, elle dit conserver des idéaux. Plusieurs autres les partagent, croit-elle.

«La classe politique ne mérite pas d'être méprisée comme elle l'est actuellement. Il y a des gens ici qui travaillent très fort, le ventre à terre, et qui y croient. Il y a des convictions profondes, ce n'est pas vide. Quand on revient à l'essentiel, le service public, c'est enthousiasmant. Il faut que les gens le comprennent, mais encore faut-il le leur expliquer.»

La ministre Goupil acquiesce. La démocratie, c'est précieux, on ne le dira jamais assez. «C'est un métier passionnant, extraordinaire, mais comme on en a une image parfois négative, j'ai peur que ça enlève le goût à certaines personnes de qualité de se joindre à cette profession.»






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
0 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Chronique
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009