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    Libre opinion

    Loi 70: le mépris, encore et toujours

    15 novembre 2016 | Étienne Boudou-Laforce - Québec | Québec
    Plutôt que de s’attaquer à la corruption érigée en système et à l’évasion fiscale, le gouvernement préfère s’en prendre au « BS »…
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plutôt que de s’attaquer à la corruption érigée en système et à l’évasion fiscale, le gouvernement préfère s’en prendre au « BS »…

    On pensait avoir tout vu avec les coupes totalisant plus de 4 milliards de dollars sur le dos de la population et au détriment du tissu social, mais voilà que le gouvernement libéral de Philippe Couillard continue de se déshonorer en s’en prenant lâchement aux personnes assistées sociales. Ainsi, sous l’impulsion du projet de loi 70, plusieurs nouveaux demandeurs d’aide sociale verront leur prestation de base mensuelle de 623 $ fondre à 399 $. Et ce, même s’il est démontré qu’une telle mesure coercitive ne sert pas les objectifs vantés — soit d’encourager la réinsertion sociale et de faire des économies. En effet, parlez-en aux gens du milieu (chercheurs, travailleuses sociales, etc.), une telle mesure coûte plus cher en services sociaux, de même que cela encourage l’itinérance voire contribue au travail au noir et à la criminalité. Les réactions fusent et à raison : « honteux », « inhumain », « abject » !

     

    Alors bien sûr, on nous répète que c’est une question d’argent, en nous servant la « gestion responsable » et la dette comme arguments d’autorités. Le PLQ, celui-ci qui « brilla » dans toute sa laideur à la commission Charbonneau et qui faisait tout récemment face à des allégations de fraude en lien avec des collecteurs de fonds du parti, a ainsi le culot de convier la population à se « serrer la ceinture », les plus démunis n’étant pas épargnés. Ce qu’il ne faut pas entendre ! Plutôt que de s’attaquer à la corruption érigée en système et à l’évasion fiscale (les pertes sont estimées à 3,5 milliards de dollars), le gouvernement préfère s’en prendre au « BS »…

     

    Dans les classes d’école en travail social, les professeurs font souvent faire à leurs élèves un exercice simple et troublant : se mettre dans la peau d’une personne recevant l’aide sociale en faisant un budget pour le mois. Un exercice formateur que tout député devrait faire annuellement. Très vite, l’étudiant se rend compte que vivre avec la somme de 623 $ est très difficile, voire impossible. Après le loyer — qui prend parfois jusqu’à 75 % du revenu mensuel —, l’épicerie, Hydro- Québec, il ne reste pas grand-chose. Des vêtements ? Le téléphone et Internet ? La passe de bus ? Un montant pour les loisirs ? Il faut souvent oublier cela.

     

    Essayez de vivre avec 399 $ par mois !

     

    Rajoutons un système de santé à la déroute sous la gouverne du ministre Barrette et un milieu communautaire plus que jamais sous-financé, et ce n’est rien pour aider la personne en quête d’une existence digne. Car oui, ce n’est pas une affaire d’argent, c’est de dignité humaine qu’il s’agit. Pour paraphraser Mère Teresa, il y a une pauvreté bien plus grande que la pauvreté financière, celle de ne pas se sentir aimé, considérée en tant que personne, et être marginalisé par la société.

     

    Ce que fait présentement le gouvernement, c’est traiter des citoyens en parias, en moins que rien ; il encourage leur disqualification, leur exclusion, leur impose un sentiment persistant de honte et induit une souffrance sociale. Pire, il nie le droit de se loger, de se nourrir, de se vêtir ; ces derniers qui ne sont pas des « privilèges », mais bien des droits fondamentaux. Si le ministre de l’Emploi, François Blais, avait un coeur, ce dernier cesserait aussitôt de battre devant l’ignominie commise.

     

    Ce gouvernement, avec son sourire béat sur le visage et le bien commun nulle part, horripile même le plus insensible. À l’opposé de ceux qui nous gouvernent présentement, le député italien Nichi Vendola affirmait avec grandeur que : « Le but de la politique est la recherche de la beauté. La beauté de faire le bien. La beauté de faire ce qui est juste. […] La beauté de reconnaître la particularité de chaque être humain. La beauté de combattre un système dont la cruauté se cache derrière des statistiques de richesse qui n’ont rien à voir avec le bien-être de ceux et celles qui sont mis à la marge. La beauté d’une vie qui ne se marchande pas. »

     

    Vivement un gouvernement qui n’a pas comme vocation le mépris pour le peuple.













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